Schiaparelli: l'art de la mode révélé au victoria & albert

Le Victoria & Albert Museum consacre une exposition magistrale à Elsa Schiaparelli, et la vision de la créatrice italienne, amplifiée par la direction artistique actuelle de Daniel Roseberry, nous frappe de plein fouet. Oubliez les présentations conventionnelles – ici, la Mode transcende son statut pour devenir une véritable expression artistique.

Un voyage au cœur de l'atelier schiaparelli

La visite commence de manière saisissante : on se retrouve face à une image monumentale de Schiaparelli assise dans son salon du 21 Place Vendôme, le Colonne Vendôme se dressant derrière elle à travers des rideaux de dentelle ruisselants. Une véritable plongée dans l'univers de la créatrice. Les murs sont recouverts de coupures de journaux de 1935, témoignages de son audace et de ses innovations, publiées dans des éditions comme Women’s Wear Daily. Une galerie de pulls tricotés par des femmes arméniennes, ornés d'un trompe-l'œil de foulards, illustre ses premiers succès.

L'exposition a été méticuleusement pensée par Sonnet Stanfill, dont le travail est tout simplement remarquable. Chaque pièce est révélée avec une théâtralité savante, au milieu d'amas de vestes, de chapeaux, de flacons de parfum et de robes qui racontent l'histoire d'une maison.

L'une des pièces maîtresses, une robe pour l'actrice Ruth Ford, sœur du surréaliste Charles Henri Ford, est d'une modernité stupéfiante. Cette simple robe en jersey noir, recouverte de structures osseuses, est directement inspirée par les croquis de son ami Salvador Dalí, qui a déclaré : “Chère Elsa, j'aime énormément cette idée d'‘os à l'extérieur’”. Le placement stratégique de la robe permet de la redécouvrir plus tard, sous un angle différent, révélant le rembourrage osseux à l'arrière. Cette pièce, que Andrew Bolton avait désiré ardemment pour son exposition Schiaparelli et Prada, n'a pu être empruntée en raison de sa fragilité – il s'agit probablement de sa dernière apparition publique.

Collaboration et excentricité : le duo schiaparelli-dalí

Collaboration et excentricité : le duo schiaparelli-dalí

La relation entre Schiaparelli et Dalí est au cœur de l'exposition. Ruth Ford elle-même commanda plusieurs créations issues de cette collaboration, grâce au soutien d'Edward James, collectionneur surréaliste et amant de Ford. La robe “Tears”, avec son tissu déchiré aux teintes chair et rouge sang, et le chapeau orné de “larmes” tridimensionnelles, témoignent de cette alliance artistique unique. La robe “Lobster”, créée en 1937, avec son homard peint par le designer Paul Sache, est une autre pièce emblématique. Wallis Simpson, la Duchesse de Windsor, la porta avec élégance, immortalisée par Cecil Beaton dans les jardins du Château de Candé.

Edward James enrichit également le vestiaire de la mère de Ruth, avec une veste en jersey rose shocking ornée de chevaux de cirque prancés et de plumes d'autruche, portée avec une robe couleur prune. Ruth acquit également une veste brodée noire en crepe, recouverte de sequins multicolores et de miroirs, évoquant une artiste de cirque. Un véritable feu d'artifice d'embroidery Lesage.

Un héritage vibrant

Un héritage vibrant

L'exposition ne s'arrête pas là. Une série de vestes, dont une veste noire du printemps 1947 avec un pan de taffetas rose shocking, contraste avec la présentation des épaules douces du “New Look” de Christian Dior, qui allait bientôt révolutionner la Mode. On découvre également un portrait à l'huile de Nusch Éluard par Pablo Picasso, portant une veste Schiaparelli à col large et boutons distinctifs. Un hommage à l'élégance extrême.

L'aviary de chapeaux est tout aussi captivant, avec le chapeau “chaussure” noir à talon rose shocking, convoité par Gala Dalí et Helena Rubinstein. La robe “Tears” et la nouvelle création “Lobster” sont exposées côte à côte, tandis qu'une élégante robe de soirée en satin bleu profond révèle, sur sa face arrière, deux portraits en profil se rejoignant pour former un urne, surmontés d'une profusion de roses, inspirée par Jean Cocteau. La collection de bijoux et de boutons de Schiaparelli, ainsi que ses parfums – Zut, Sleeping et Shocking – témoignent de son génie créatif.

Les costumes, comme la robe en crepe camouflage portée par Millicent Rogers, avec ses trois fermetures éclair moulantes, et le costume gris anthracite à quatre poches carrées, illustrent la versatilité de la créatrice. On découvre même six costumes Schiaparelli, dont un en crepe à motifs imitant le tweed. Enfin, une salle consacrée aux robes du soir, dont une robe en crepe figue couleur noisette, avec une étole assortie en crepe crêpé, et une cape courte en plumes de coq émeraude, clôture cette exposition avec une débauche de couleurs et de textures. Une invitation à courir, et non à marcher, pour ne rien manquer de cette célébration de l'art de Schiaparelli.