Francesco risso : un vent de fraîcheur italienne chez uniqlo gu
L'alliance improbable entre l'avant-garde créative et la démocratisation de la Mode prend une nouvelle dimension. Francesco Risso, figure emblématique du design, quitte les rangs de Marni pour s'intégrer à l'écosystème Fast Retailing, et plus précisément à la marque Uniqlo GU. Un pari audacieux qui pourrait bien redéfinir les codes de l'accessibilité stylistique.
Un créateur « un peu bizarre » dans l'équation
Risso, connu pour son approche expressive et passionnée, s'inscrit en faux semblant dans la rigueur méthodique qui caractérise Fast Retailing. Loin de se conformer, il assume son statut d'exception : « Je suis un peu bizarre dans la recette », confie-t-il, soulignant l'intérêt de ce contraste avec Tadashi Yanai, l'architecte de l'empire japonais. Cette dichotomie, paradoxale et stimulante, pourrait bien être la clé d'une nouvelle esthétique.
Le designer, après huit années passées chez Prada et une expérience enrichissante chez Marni, ambitionne aujourd'hui de rendre la Mode plus accessible. « Les prix de la Mode flambent. Le luxe, qu'est-ce que cela représente encore ? », s'interroge-t-il, conscient de l'opportunité qu'offre GU pour répondre à une demande croissante de vêtements de qualité à des prix abordables. Des shorts bermuda à 29,90 € et des t-shirts en coton à 9,90 € illustrent parfaitement cette volonté de démocratisation.

Six personnages pour définir un univers vestimentaire
Loin de se contenter d'une simple ligne de vêtements, Risso a conçu un véritable univers narratif autour de six personnages distincts : l'Existentialiste, Grungella, Woody Allen, Agassi, Frog et Kitten. Chaque personnage incarne un style, une attitude, offrant ainsi aux consommateurs la possibilité de s'identifier et d'explorer différentes facettes de leur propre personnalité. L'Existentialiste, avec ses tons neutres et ses coupes épurées, côtoie Grungella, débordante de couleurs vives et de motifs audacieux. Le sportif Agassi dialogue avec l'utilitaire Frog, tandis que Kitten évoque le confort et l'intimité.
Cette approche, qui rappelle la méthode d'acteur, permet à Risso de structurer sa créativité et de garantir la cohérence de la collection. Loin d'imposer un style unique, GU encourage l'expérimentation et le mélange des genres, invitant chacun à créer son propre look, à se réinventer au quotidien.
L'arrivée de Risso chez GU ne se limite pas à un simple changement de direction artistique. C'est une véritable stratégie de conquête mondiale. Avec un seul magasin en Occident, à SoHo, New York, GU est sur le point de s'étendre à de nouveaux marchés, tout en affichant une croissance de 3,7 % sur le dernier trimestre fiscal, pour un chiffre d'affaires de 1,6 milliard de dollars.
« Le spectacle se déroulera dans les rues, automatiquement », souligne Risso, insistant sur le fait que l'objectif premier est de concevoir des vêtements pour les gens, et non pour satisfaire son propre ego créatif. Finie l'arène impitoyable de la Mode, place à une collaboration entre le créateur et le consommateur, une sculpture en constante évolution.
La patience est de mise. Risso explique qu’il souhaite “écouter, observer, voir comment les gens intègrent ces vêtements dans leur vie”. Le futur de GU, semble-t-il, se forge dans l'interaction, dans la capacité à saisir les aspirations d'une génération en quête d'authenticité et de style à prix raisonnable. Une nouvelle ère pour la Mode démocratique s'annonce, et Francesco Risso en est le maître d'œuvre.
