Les maîtres de genet : une mise en scène moderne qui dérange

Le théâtre de Jean Genet continue de fasciner, et la nouvelle adaptation de Les Maîtres par Kip Williams ne fait pas exception. Plus qu'une simple reprise, c'est une plongée vertigineuse dans les dynamiques de pouvoir, le désir et la folie, réinventée pour notre époque obsédée par les réseaux sociaux et l'influence.

Un héritage théâtral inébranlable

Depuis plus de quatre décennies, Les Maîtres a captivé les esprits et les talents. Des icônes comme Cate Blanchett, Isabelle Huppert et Elizabeth Debicki ont déjà incarné ces personnages complexes, explorant les relations toxiques entre Claire et Solange, deux sœurs et domestiques, et leur maîtresse, Madame, dont elles fantasment sur le meurtre. Lydia Wilson, qui partage la scène avec Phia Saban et Yerin Ha, témoigne : « On m'a dit que chaque metteur en scène rêvait de monter Les Maîtres – pour certains, c'est leur Hamlet. »

Madame, l

Madame, l'influenceuse décadente

Kip Williams modernise radicalement le texte, transformant Madame en une héritière devenue influenceuse, une caricature de privilège et de superficialité. Claire et Solange, quant à elles, jonglent entre les tâches ménagères, l'assistance personnelle et, comme dans l'œuvre originale, constituent les seuls liens significatifs de Madame avec le monde extérieur. Mais cette proximité engendre une violence psychologique insoutenable, où les personnages s'infligent des comportements horribles. Et le spectateur, lui, devient un voyeur complice.

La mise en scène audacieuse de Williams place le public au cœur de l'action, derrière des rideaux transparents qui dévoilent la chambre luxueuse de Madame. Le regard du spectateur devient alors un moteur de la tragédie, une force qui pousse les personnages vers leur destin funeste. « C'était une révélation », confie Lydia Wilson, évoquant la lecture du texte modernisé. « J'ai éclaté de rire en lisant ça, tellement c'était audacieux et pertinent. »

Yerin ha, entre théâtre et star de bridgerton

Yerin ha, entre théâtre et star de bridgerton

Le succès de cette production londonienne a naturellement conduit à une transposition à New York, sans que l'équipe ne se disperse. Yerin Ha, qui retrouve Kip Williams après Lord of the Flies en 2019, exprime sa joie de revisiter le rôle de Madame. « Revenir à la répétition, c'était comme si j'étais prête, mais aussi désireuse d'explorer plus en profondeur ce que nous avions déjà découvert. C'est un cadeau rare. » Son ascension fulgurante avec le rôle de Sophie Baek dans la quatrième saison de Bridgerton a indéniablement enrichi sa compréhension du personnage. « La façon dont je comprends Madame a évolué », explique-t-elle à Vogue, soulignant que cette expérience lui a permis d'aborder le rôle avec une nouvelle perspective, mettant en lumière les thèmes de la matérialisme, de la jeunesse et de la beauté.

L'œuvre de Genet, revisitée par Williams, n'hésite pas à explorer ces thèmes avec un humour noir et absurde, sans jamais juger ses personnages. « C'est fou d'être acteur », s'exclame Phia Saban, également connue pour son rôle dans House of the Dragon. « Si vous avez la chance de faire quelque chose qui attire l'attention, il y a cette étrange dissonance entre présenter une image séduisante et, en même temps, explorer les aspects les plus sombres de la nature humaine. »

Kip Williams, avec son talent pour colorer chaque mot d'une intention précise, a permis à Yerin Ha de se transformer, tant sur le plan personnel que professionnel. « Nous avons atteint un point où nous pouvons créer quelque chose de vraiment amusant, sans aucune censure », conclut-elle.