Duane michals : l'artiste qui transformait la photographie en poésie

Il n'était pas un photographe comme les autres. Duane Michals, décédé le 9 juin à l'âge de 94 ans, a redéfini les frontières de l'art photographique, insufflant à ses images une narration et une émotion rarement vues. Son approche, décrite par l'ancien mannequin Chris Royer comme une “kinscvadászat” – une chasse au trésor hongroise – révèle l'essence même de son processus créatif : une exploration constante, une découverte inattendue à chaque cliché.

Un voyage initiatique en urss

Né en 1932 à McKeesport, en Pennsylvanie, Duane Michals a d’abord nourri une passion pour la peinture dès son plus jeune âge. Après une formation académique à l'Université de Denver et un passage dans l'armée, il s'est orienté vers le design graphique avant d'être irrémédiablement séduit par la photographie lors d'un voyage en URSS en 1958. Ces premières images, exposées en 1963 à la Underground Gallery de New York, ont marqué une rupture avec la photographie documentaire traditionnelle.

Son passage chez Condé Nast dans les années 1960 a permis à Michals de toucher un public plus large. Sa série de portraits pour Mademoiselle, notamment son portrait singulier de Johnny Cash photographié à travers une fenêtre, reflète déjà sa volonté de s'intégrer à ses œuvres, de devenir partie prenante de l'histoire qu'il raconte. Il ne se contente pas de capturer le sujet, il dialogue avec lui, crée une scène où le regard se croise et l'intimité se révèle.

Philip Gefter, critique d'art, n'a pas hésité à le qualifier de “père de la narration photographique séquentielle”, soulignant ainsi son rôle pionnier dans l'utilisation de multiples images pour raconter des histoires. Michals, ouvertement homosexuel à une époque où l'homosexualité restait largement dissimulée, a également contribué à briser les tabous et à ouvrir la voie à une représentation plus inclusive de la société.

Vogue : une audace créative au service de la mode

Vogue : une audace créative au service de la mode

Son travail pour Vogue dans les années 1970 et 1980 témoigne de son éclectisme et de son talent. Des clichés sur le tournage de Gatsby le Magnifique avec Robert Redford et Mia Farrow aux reportages sur la danseuse Elsa Peretti et le chorégraphe Philip Glass, Michals a su capturer l'essence de ces personnalités et de leurs univers.

Mais c'est sans conteste ses séries pour Vogue en 1976 qui ont marqué les esprits. Pour les collections de printemps et d'automne, il a imaginé deux portfolios radicalement différents. Pour le printemps, il a photographié des mannequins comme si elles étaient “des femmes au travail”, les plaçant dans le bureau de planification de Vogue. L'image emblématique de Chris Royer et d'une autre mannequin examinant des diapositives 35 mm, tandis qu'un membre du personnel passe en flou, est une parfaite illustration de son approche intuitive et spontanée.

Pour l'automne, Michals a choisi le studio légendaire d'Edita Sherman, surnommée la “Duchesse de Carnegie Hall”, un lieu chargé d'histoire. Il a réuni un groupe de mannequins, dont Christiaan, coiffeur sur le plateau, qui se souvient de Michals comme étant “un peu timide, mais avec une détermination amicale”, orchestrant la scène comme un carrousel lent et gracieux. Le résultat est une série de photographies de mode d'une rare intensité émotionnelle, grâce notamment à l'utilisation d'une longue pose créant un flou subtil qui dynamise les images.

Duane Michals nous a quittés, mais son héritage perdure : celui d'un artiste qui a su transformer la photographie en une forme d'expression poétique, capable de capturer l'âme humaine et de raconter des histoires qui résonnent bien au-delà du cadre photographique. Son influence sur les générations futures de photographes est indéniable, et ses œuvres continueront d'inspirer et de fasciner les amateurs d'art du monde entier.