Le mall renaît : l'art s'installe là où le shopping agonise
Le Hudson Valley Mall, autrefois temple de la consommation et repère de l'adolescence, sombrait dans l'oubli. Les enseignes emblématiques ont disparu, laissant derrière elles un paysage de vitrines vides. Pourtant, un collectif d'artistes a vu là non pas une fin, mais une opportunité unique : transformer les vestiges du commerce en un vibrant espace d'expression.

Une galerie d'art inattendue au cœur d'un décor désuet
Marly Hammer, Kate Asmus, et John Richey, à travers leur collectif Jasper Richmus, ont saisi l'aubaine. Le cadre décrépit du mall, jadis symbole d'une Amérique consumériste, se mue en une galerie d'art éphémère, une invitation à repenser l'espace public et l'art contemporain. L'initiative, présentée dans le cadre de l'Upstate Art Weekend, s'impose comme une bouffée d'air frais dans le paysage culturel de la région.
L'idée est née d'une simple soirée au cinéma, un moment de contemplation des espaces abandonnés qui ont germé en leur esprit. Le résultat ? Des anciens magasins Hot Topic, GNC et GameStop se transforment, non pas en espaces sanitized, mais en lieux de création brute, où l'histoire du mall se mêle à l'effervescence artistique.
L'esprit du lieu, chargé de souvenirs d'adolescence, est préservé. Les murs peints, les sols nettoyés, mais l'âme du mall reste intacte. C'est précisément cette tension entre le passé commercial et le présent artistique qui rend le projet si fascinant. L'exposition « Off Topic », installée dans l'ancien Hot Topic, témoigne de cette démarche en explorant la culture adolescente des années 90 à travers des œuvres qui rendent hommage à la musique, aux films et à l'angoisse de l'adolescence.
Des installations plus audacieuses ponctuent également le parcours. Stuart Lantry a érigé une roue de fortune faite de produits alimentaires et de biens de consommation, un clin d'œil ironique aux excès du consumérisme. Linda Colletta, quant à elle, a reconstitué son salon d'enfance, avec ses meubles d'époque et son téléviseur diffusant inlassablement le film « Johnny Dangerously », un vestige précieux de son passé.
L'ambition de Hammer, Asmus et Richey est claire : briser les barrières entre l'art contemporain et la vie quotidienne. Ils souhaitent que les visiteurs, qu'ils soient amateurs d'art ou simples passants, se sentent à l'aise et curieux dans cet espace hybride, où la contemplation artistique côtoie le tumulte d'un centre commercial en mutation.
“Nous voulions exploiter l'histoire du mall”, explique Hammer, “le consumérisme, la culture pop, la nostalgie, la communauté…”. Un projet qui, pour une semaine au moins, transforme l'espace autrefois dédié à l'acquisition en un lieu de réflexion et de création.
En fin de compte, le Hudson Valley Mall, loin de disparaître, se réinvente. Il devient un laboratoire artistique, un miroir de notre société, et surtout, un espace d'imagination renouvelée. Le commerce a peut-être périclité, mais l'art lui donne une nouvelle vie, une seconde chance de captiver et d'inspirer.
