Un Jour

Louis Aragon est un écrivain et poète français. Il entreprit des études de médecine après un baccalauréat obtenu en 1915. Il fit la connaissance d’André Breton, avec qui il se lia d’amitié.

Après avoir publié un premier recueil de poèmes, il cherchera sa voie en participant à quelques manifestations du mouvement Dada, puis s’engagera dans des recherches littéraires, qui l’amèneront à exprimer sa propre conception du surréalisme. Il deviendra d’ailleurs l’un des chefs de file du surréalisme.

En 1927, année charnière de sa vie, il adhère au parti communiste. Sa rencontre avec Elsa Triolet marquera sa vie et l’amènera à se placer au service de la révolution.

En 1932, il rompra pourtant avec ce surréalisme. Il va alors écrire de nombreux romans, ne ménageant pas la bourgeoisie décadente dont il était issu.

Mobilisé en 1939, et communiste français, il n’a pas d’autre choix que de devenir clandestin en 1941. Il organisera un réseau de résistance en zone sud. Il revient alors à la création littéraire, et fait paraître sous le manteau des poèmes où se conjuguent patriotisme et élans amoureux (Le Crève-Cœur, Les Yeux d’Elsa, La Diane Française…).

À la Libération, il publiera son roman le plus célèbre, Aurélien (1945), grand roman d’amour presque autobiographique, le quatrième volume de la fresque du Monde réel, qui est sans doute une des oeuvres majeures du XXe siècle.

Le dernier volet de la fresque du monde réel sera l’oeuvre la plus militante d’Aragon : il deviendra membre du comité central du parti communiste jusqu’à la connaissance des atrocités commises par Staline. Il reviendra alors à son oeuvre.

Il prend la direction de “Lettres françaises” en 1953 et conservera ce poste jusqu’en 1972. Après la mort d’Elsa en 1970, Il publie Henri Matisse, roman qui témoigne de son inspiration pour la peinture de son siècle.

Il repose en paix auprès d’Elsa dans la fondation qui avait été sa dernière volonté. A Voir :

Poème / Chanson sur l’exécution de Federico García Lorca pendant la guerre civile espagnole.


Un jour, un jour Text: Louis Aragon

Tout ce que l’homme fut de grand et de sublime
Sa protestation ses chants et ses héros
Au-dessus de ce corps et contre ses bourreaux
À Grenade aujourd’hui surgit devant le crime

Et cette bouche absente et Lorca qui s’est tu
Emplissant tout à coup l’univers de silence
Contre les violents tourne la violence
Dieu le fracas que fait un poète qu’on tue
Refrain :
Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Ah je désespérais de mes frères sauvages
Je voyais je voyais l’avenir à genoux
La Bête triomphante et la pierre sur nous
Et le feu des soldats porté sur nos rivages

Quoi toujours ce serait par atroce marché
Un partage incessant que se font de la terre
Entre eux ces assassins que craignent les panthères
Et dont tremble un poignard quand leur main l’a touché
Refrain
Quoi toujours ce serait la guerre, la querelle
Des manières de rois et des fronts prosternés
Et l’enfant de la femme inutilement né
Les blés déchiquetés toujours des sauterelles

Quoi les bagnes toujours et la chair sous la roue
Le massacre toujours justifié d’idoles
Aux cadavres jetés ce manteau de paroles
Le bâillon pour la bouche et pour la main le clou
Refrain

Un jour, un jour – Louis Aragon lu par Yvon Jean

Original Title: “Un jour, un jour”

All created by man noble and so sublime
Solemn declarations his songs and his heroes
Beyond mere body now defying his cruel foes
In Granada today surges right past the crime

And that absent mouth and Lorca now muted
Suddenly filling the universe with silence
Against the violent ones turns the violence
God the racket a poet makes when executed
Refrain
One day withal a day will come coloured orange
One day of palms a day of heads crowned with laurel
One day of bare shouldered lovers without quarrel
One day when a songbird thrills on the highest branch

Ah I was despairing of my feral brothers
I saw, I clearly saw the future on its knees
The all triumphant Beast and the stone thrown over us
And the fire of armies carried onto our shores

What Always would it be through atrocious trade
A neverending sharing that they make of the earth
Among each other those assassins feared by panthers
For whom daggers trembled when they manhandled them
Refrain
What always would it be war and quarrels savage
Manners of Royalty and prostrated forehead
And offspring of woman born and futilely bred
The shredded wheat devoured by grassshopper ravage

What always forced labour and flesh crushed by the wheel
And always the slaughter discarded cadavers
By idols justified shrouded with palaver
The muzzle for the mouth and for the hand the nail
Refrain

Ajoutée sur YouTube, juin 2015 par Bruno Carlier.

Ramses (posteur) a écrit :

Mais attention, je ne suis pas prof de français mais prof d’espagnol à le retraite. . . . . Mais tu peux te servir de mes explications comme d’une béquille (= a crutch => un soutien) pour dégager un plan (créer une stratégie) et faire ensuite ton commentaire.

Louis Aragon, après des études de médecine devint une figure de prou (advantageous to) du mouvement surréaliste. A l’instar de (=comme) ses amis, il lutta activement contre le fascisme.

Ce poême, dont les quatrains sont des alexandrins, déroule chronologiquement la tragédie qui commença avec la guerre civile espagnole pour finir par l’embrasement général de tous les pays attaqués par les puissances fascistes. Cependant, même pendant les heures les plus obscures de cette peste, le poête ne perd pas la foi en un avenir meilleur pour l’humanité et la même strophe se répête trois fois pour maintenir l’espérance en un monde meilleur au cœur de ceux qui luttent et souffrent.

Dès la première strophe, Aragon énumère tout ce qui a fait la grandeur de l’humanité en opposition la guerre civile qui ravage l’Espagne et que symbolise le corps d’un homme assassiné par des bourreaux. Le ton est vigoureux et constitue une vraie exhortation. L’absence de ponctuation est typique du mouvement surréaliste.

Le poête nous apprend dès le premier vers de la 2ème strophe qui a été la victime du crime odieux. L’image de cette bouche absente évoque tout de suite le fameux tableau « Le cri » et suggère l’effroi (=dread). Pour faire taire (= to silence) les opposants, les fascistes assassinent ou brûlent les livres de ceux qui osent (dare) s’opposer. L’oxymore du 6ème vers est employée à dessein (= on purpose) ici: le silence qui suit l’exécution est si fort que cette absence totale de bruit est encore plus assourdissant que le bruit de la fusillade : c’est l’ensemble de (=the whole) l’univers qui est affecté par la mort de Lorca car tuer un poète est un sacrilège. Le vers 7 est une réminiscence de la prédiction biblique qui enseigne à l’homme que « celui qui vit par le glaive périt par le glaive » et Aragon prédit que cette violence génèrera plus de violence encore contre ceux qui ont osé assassiner Lorca . L’allitération en t y en q du vers suivant évoque le bruit de la mitraille (= machine gun) lors de l’exécution de Lorca et le fracas s’oppose au silence du vers précédent.

Le ton change soudain. La fluidité des vers, la césure à l’hémistiche, la répétition du mot jour au début de chaque vers est là pour bien ancrer l’idée que l’espoir survit malgré la barbarie. « couleur d’orange » évoque d’abord la couleur du soleil levant pour la renaissance de l’espoir. C’est aussi un symbole de rondeur, souvent employé par les surréalistes comme Paul Eluard, qui évoque la douceur de la féminité.

« un jour de palme de feuillages au front » car les palmes dans la bible s’utilisaient en signe de paix comme le rameau d’olivier. Les couronnes de feuillages étaient destinées dans l’antiquité à récompenser le gagnant d’une confrontation sportive, c’est à dire d’une confrontation pacifique et loyale (=fair / honest). Dans le 2ème vers, la sensualité d’une « épaule nue » (qui est encore ici un symbole de rondeur, de féminité) et l’amour renaîtront enfin entre les gens. Le dernier vers enfin symbolise la paix avec un oiseau qui ne se cache pas et se montre sur la plus haute branche.

Le premier vers du quatrain suivant commence par une interjection pour souligner le désespoir d’Aragon devant tant de sauvagerie. La guerre n’est plus localisée à l’Espagne, et la France est à son tour attaquée. « la bête triomphante » désigne évidemment les puissances fascistes qui nous ont agressés pour nous mettre à genoux, nous réduire à la servitude. Le dernier vers décrit probablement la déroute (= the rout) des armées anglo-françaises qui s’embarquèrent à Dunquerke sous un déluge d’obus (= shell) et peut être aussi au débarquement de Normandie.

Aragon manifeste son incompréhension face à tant de douleur (=pain) avec une nouvelle interjection. Les barbares se partagent les territoires sans scrupules. L’auteur accumule à dessein les mots les plus forts pour montrer son rejet (=rejection).

Le 6ème quatrain est la répétition du 3ème car l’espoir en l’humanité ne peut pas s’éteindre.

Les deux quatrains suivants commencent eux aussi par une interjection. Aragon s’interroge sur la destinée de l’homme en se référant à l’histoire de l’humanité. Faut il que règnent (=reign) toujours la violence, les despotes pour plier (= bend to their will) les hommes ? Les plaies (= plagues) bibliques avec la perte des récoltes de blé à cause des sauterelles, la mort des nouveaux nés seraient elles une fatalité pour l’humanité ? Continuera t-on à condamner les gens aux travaux forcés, à les écraser (=crush), à justifier tous ces morts par de simples discours ? L’homme est il condamner à être baillonné (= gagged) avant la crucifixion ?

Le poême finit enfin par la répétition du 3ème quatrain pour finir sur l’espoir qui ne meurt pas et qui laisse entrevoir (= glimpse) enfin l’avènement (= coming) de la paix.

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A voir aussi : La parole poétique, analyse de deux poèmes de Louis Aragon

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Conclusion : (Wikipedia)

Aragon’s poetry is diverse and varied. He favoured equally poetic prose and fixed-form verse, to which he brought a renewed sensibility. After a very free early period, marked by surrealism and its subversive language, Aragon returned to more classical forms (measured verse; rhyme, even). He felt that this was more in keeping with the national emergency during World War II. After the war, the political side of his poetry gave way more and more to lyricism for its own sake. He never went back on that embrace of classicism. He did however integrate a certain formal freedom with it, sometimes recalling the surrealism of his early days.
Countless poems by Aragon have been set to music and become popular as songs.
As a novelist he encompasses the whole ethos of the twentieth century: surrealist novel, socialist realism, realism, nouveau roman. Indeed, he was one of the founding personalities of the novel of his time.
He was nominated for a Nobel Prize in Literature four times between 1959 and 1965.