Pauvre Rutebeuf

« Pauvre Rutebeuf », la célèbre chanson de Léo Ferré (1955) d’apres Rutebeuf, un poète du 13ème siècle :

Son œuvre, très diversifiée, sera en rupture totale avec la tradition de la poésie courtoise des trouvères. Rutebeuf sera ainsi un des premiers poètes à parler de ses misères et des difficultés de la vie.
Parmi ses vers les plus célèbres, on trouve notamment ceux qui sont tirés des Poèmes de l’infortune : « Que sont mes amis devenus, que j’avais de si près tenus, et tant aimés … » et que Léo Ferré choisira, comme fil conducteur, de sa célèbre chanson « Pauvre Rutebeuf ». De fait, cette chanson est davantage un assemblage de vers choisis que Léo Ferré a tiré de toute l’oeuvre poétique de Rutebeuf plutôt qu’un poème déjà constitué. C’est donc Léo qui lui a donné le sens qu’on lui connaît.

Il existe de très nombreuses versions de cette chanson devenue célèbre, au fil des ans: Léo Ferré, lui-même, en aura enregistré au moins quatre versions différentes; les « chantres » de Léo que sont les Catherine Sauvage et Jacques Douai, seront évidemment les premiers à intégrer la chanson à leur répertoire; ensuite viendront les Hugues Aufray, Hélène Martin, Philippe Léotard, Marc Ogeret et, finalement, Joan Baez qui internationalisera la chanson.

Aujourd’hui, nous limiterons toutefois notre appétit à deux interprétations de « Pauvre Rutebeuf » ».

Je vous propose d’écouter et de voir, en tout premier lieu, Léo Ferré interpréter sa chanson devant public (j’ignore toutefois le lieu et la date). Ensuite, je ne peux résister à l’idée, de vous faire réentendre une version que vous avez, sans doute, autant aimé que moi, celle de Jacques Douai, l’homme à la voix de velours et dont le timbre de voix, si particulier, convenait admirablement bien à cette merveilleuse chanson.
memoirequichante.com

Pauvre Rutebeuf

Que sont mes amis devenus
Que j’avais de si près tenus
Et tant aimés ?
Ils ont été trop clairsemés,
Je crois le vent les a ôtés.
L’amour est morte.
Ce sont amis que vent me porte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta
Avec le temps qu’arbre défeuille
Quand il ne reste en branche feuille
Qui n’aille à terre.
Avec pauvreté qui m’atterre
Qui de partout me fait la guerre.
Au temps d’hiver
Ne convient pas que vous raconte
Comment je me suis mis à honte,
En quelle manière.
Que sont mes amis devenus
Que j’avais de si près tenus
Et tant aimés ?
Ils ont été trop clairsemés,
Je crois le vent les a ôtés.
L’amour est morte.
Le mal ne sait pas seul venir
Tout ce qui m’était à venir
M’est advenu.
Pauvre sens et pauvre mémoire
M’a Dieu donné, le roi de gloire,
Et pauvre rente.
Et droit sur moi quand bise vente
Le vent me vient, le vent m’évente
L’amour est morte
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta
Les emporta
L’espérance de lendemain
Ce sont mes fêtes.


Pauvre Enseignante

Que sont mes élèves devenus
Que j’avais de si près tenus
Et tant aimés ?

Ce sont élèves que temps me porte,
Mais il passait devant ma porte
Les emporta.

Ils ont été trop clairsemés,
Je crois ce temps les a ôtés –
Fermez la porte.

Le mal ne sait pas seul venir,
Tout ce qui m’était à venir
M’est advenu.

Poor Rutebeuf

What became of my friends
who I had held so close
and loved so much?
They became too scarce,
I think the wind took them from me.
Love is undone.
Friends are what the wind brings me
and the wind was blowing in my doorstep
and took them away.
The weather shakes the trees
until every leaf from the branch
falls down to earth.
Since poverty drags me down
and overwhelms me
in winter time
I shall not tell
how I disgraced myself,
in which way.
What became of my friends
who I had held so close
and loved so much?
They became too scarce,
I think the wind took them from me.
Love is undone.
A misfortune never comes alone.
All I was fated to endure
has befallen me.
God, the king with glory crowned,
gave me little sense, little memory
and little wealth.
And when the wind blows,
it comes right at and through me.
Love is undone.
Friends are what the wind carries away
and the wind was blowing in my doorstep
and it took them away.
It took them away
Hope for the future
That’s my feast day.


Le terrorisme toujours m’atterre,
Qui de partout me fait la guerre,
Ah, quelle misère !

Ne convient pas que vous raconte
La pire tristesse que donc j’affronte,
En quelle manière.

Mais des élèves que temps emporte
Il vas passer devant ma porte
Les rapporta.

L’espoir qui reste de lendemain
Ce sont mes fêtes, je suis humain,
Ouvrez la porte.

Adaptation par Infrench