Maurice Carême

Maurice Carême est né le 12 mai 1899, à Wavre, dans une famille modeste. Son père, Joseph, est peintre en bâtiment, sa mère, Henriette Art, tient une petite boutique. Maurice Carême passe à Wavre une enfance campagnarde si heureuse qu’elle sera une des sources d’inspiration de son œuvre. Il fait des études primaires et secondaires dans sa ville natale.

En 1914, il écrit ses premiers poèmes, inspirés par une amie d’enfance, Bertha Detry, dont il s’est épris. Élève brillant, il obtient, la même année, une bourse d’études et entre à l’École normale primaire de Tirlemont. Son professeur, Julien Kuypers, l’encourage à écrire et lui révèle la poésie française du début du XXe siècle. C’est à Tirlemont également que Maurice Carême découvre les grands poètes de Flandre. Il est nommé instituteur en septembre 1918 à Anderlecht-Bruxelles, où il passera le reste de sa vie.

Il habitera surtout, avenue Nelly-Melba, une maison dite « La Maison blanche » à Anderlecht, aujourd’hui Musée Maurice Carême. Il meurt le 13 janvier 1978 à 79 ans. Il a fait, en 1930, une découverte qui va s’avérer essentielle pour toute sa démarche poétique (voire romanesque) celle de la poésie écrite par les enfants. C’est, pour Maurice Carême, une remise en question fondamentale au cours de laquelle il revient à une grande simplicité de ton. Il publie d’ailleurs deux essais consacrés à ces textes d’enfants dont il fut l’éveilleur : en 1933, “Poèmes de gosses” et, en 1936, “Proses d’enfants”.

En 1943, Maurice Carême quitte l’enseignement pour se consacrer entièrement à la littérature. Il se lie la même année avec Jeannine Burny pour laquelle il écrit “La bien-aimée” en 1965. Secrétaire du poète jusqu’à la mort de celui-ci, elle préside à présent la Fondation Maurice Carême. Les années 1950-1951 sont marquées pour Maurice Carême par une nouvelle remise en question de son art. Il tente d’allier la simplicité complexe de ses vers à la magie de l’image.

À la Pentecôte 1954, Maurice Carême fait un premier séjour à l’abbaye d’Orval. C’est le début d’une période d’intense créativité, doublée d’une patiente mise au point de l’œuvre, qui ne s’interrompra qu’avec la mort. L’œuvre de Maurice Carême comprend plus de quatre-vingts recueils de poèmes, contes, romans, nouvelles, essais, traductions. De nombreuses anthologies de ses poèmes ont été publiées. Des essais, des disques, des films lui sont consacrés. L’œuvre, couronnée par de nombreux prix littéraires, est traduite dans le monde entier et mise en musique par plus de deux cents artistes.

En 1933 il fait construire, avenue Nellie Melba, à Anderlecht, la Maison blanche, à l’image des maisons anciennes de son Brabant. Elle deviendra, en 1975, le siège de la Fondation Maurice Carême et le Musée Maurice Carême, en 1978. Le musée a gardé, intact, le cadre de vie du poète. Ses nombreuses oeuvres d’art (peintures, dessins, sculptures) sont liées à la personnalité et aux ouvrages littéraires de Maurice Carême. La bibliothèque personnelle du poète présente la collection privée la plus riche en poésie de Belgique et couvre le monde entier. Elle n’a cessé d’être actualisée.

La Maison Blanche.

Dans ma blanche maison, j’ai songé bien des fois
A un monde plus généreux qu’une corbeille
Pleine de noix dorées, de raisins et de pêches :
Où chacun puiserait pour l’autre de la joie,
Où le pain quotidien luirait comme un soleil.

Et il faudrait si peu pour que ce monde naisse :
Une nappe fleurie de bleuets sur la table,
Une bonne parole, un élan de tendresse,
Des mains d’hommes unies sous la paix des érables.

    (c) Fondation Maurice Carême
La Maison Blanche
La Maison Blanche

The White House

In my white house, I thought many times
Of a world more generous than a basket
Replete with golden nuts, grapes and peaches :
Where people would harvest joy for each other,
And the daily routine would sparkle like the sun.

And it would take so little to generate this world:
A cloth flowery with blueberries on the table,
A good word, a surge of tenderness,
Hands joined in peace under the maple trees.

La Maison_blanche

Des autres Poèmes

Le Goûter.

On a dressé la table ronde
Sous la fraîcheur du cerisier.
Le miel fait les tartines blondes,
Un peu de ciel pleut dans le thé.

On oublie de chasser les guêpes
Tant on a le coeur généreux.
Les petits pains ont l’air de cèpes
égarés sur la nappe bleue.

Dans l’or fondant des primevères,
Le vent joue avec un chevreau ;
Et le jour passe sous les saules,

Grave et lent comme une fermière
Qui porterait, sur son épaule,
Sa cruche pleine de lumière.

The Snack

We dress the table all round
Under freshness of cherry tree.
Honey transforms the bread to blonde,
A drop of sky rains in the tea.

With a heart so generous
One forgets to chase the wasps
The scones appear as cepes
Lost on the blue cloth.

In molten gold of primroses,
Wind plays with a frisky kid;
And day melts away under the willows

Grave and slow as a farmer’s wife
Who transports on her shoulder,
Her pitcher of light.

Adjectifs:
la table ronde f. s.
les tartines blondes f. pl.
le coeur généreux m. s.
Les petits pains m. pl.
la nappe bleue f. s.
l’or fondant m. s.
le jour grave m. s.
le jour lent m. s.
sa cruche pleine f. s.