Louis Aragon 2

Pablo Neruda, (nom de plume) est un poète, écrivain, diplomate, homme politique et penseur chilien, né le 12 juillet 1904 à Parral (province de Linares, Chili), mort le 23 septembre 1973 à Santiago du Chili. Il est considéré comme l’un des quatre grands de la poésie chilienne (avec Gabriela Mistral, Pablo de Rokha et Vicente Huidobro). Mort officiellement d’un cancer 12 jours après le coup d’État du 11 septembre 1973 au Chili, l’hypothèse d’un assassinat est de plus en plus évoquée dans les années 2010 par le gouvernement chilien et les experts

Complainte de Pablo Neruda Auteur : Louis Aragon

Compositeur et interprète : Jean Ferrat

Je vais dire la légende
De celui qui s’est enfui
Et fait les oiseaux des Andes
Se taire au cœur de la nuit

Le ciel était de velours
Incompréhensiblement
Le soir tombe et les beaux jours
Meurent on ne sait comment
R :
Comment croire comment croire
Au pas pesant des soldats
Quand j’entends la chanson noire
De Don Pablo Neruda

Lorsque la musique est belle
Tous les hommes sont égaux
Et l’injustice rebelle
Paris ou Santiago

Nous parlons même langage
Et le même chant nous lie
Une cage est une cage
En France comme au Chili
R:
Sous le fouet de la famine
Terre terre des volcans
Le gendarme te domine
Mon vieux pays araucan

Pays double où peuvent vivre
Des lièvres et des pumas
Triste et beau comme le cuivre
Au désert d’Atacama
R :
Avec tes forêts de hêtres
Tes myrtes méridionaux
Ô mon pays de salpêtre
D’arsenic et de guano

Mon pays contradictoire
Jamais libre ni conquis
Verras-tu sur ton histoire
Planer l’aigle des Yankees
R:
Absent et présent ensemble
Invisible mais trahi
Neruda que tu ressembles
À ton malheureux pays

Ta résidence est la terre
Et le ciel en même temps
Silencieux solitaire
Et dans la foule chantant
R :

~~~~~~~~~~~~~~

Cantu à Pablo Neruda    Aragon,  adattatu da F. Lanfranchi/J. Ferrat

Catégorie – Musique Titre – Cantu a pablo neruda
Artiste – Canta u Populu Corsu Album – Rinvivisce
Concédé sous licence à YouTube par –
[Merlin] IDOL Distribution (au nom de Ricordu)

Vi voddu cuntà a fola
Di quiddu chì sì n’andò
È da l’Andi a parolla
Di l’aceddi si purtò

Era viddutu lu celi
Ùn si sapia parchì
À l’affaccà di li stelli
Muria lu ghjornu quì

Ricantu
Comu creda, comu creda
Comu creda o spirà?
Neruda fà ci la veda
A luci lla libartà

Cù a musica ribedda
L’omi sò pari dinò
L’inghjustizia hè malacedda
Da Parigi à Santiago

Sarà unica la voci
Cantu fratemu par dì
“Dura hè la prighjò,feroci,
In Francia o à u Chili”
R :
Sò i to furesti vechji
Vechji quant’è libartà
È li strazii chì tù spechji
Sò spiranzi à assuvà

Quali sè, lu me paesu
Libaru o à cunquistà
À l’appiattu o à palesu
A to storia si farà!
R :

T’assumiddi sinu à mai
À lu to paesu ma
I tradimentu è li guai
Ti volini fà chità

Neruda,sè di a tarra
È di u celi dinò
È a to rivolta spara
Trà no’tutti par dì : innò!
R :

LE VIEIL HOMME – LOUIS ARAGON

Moi qui n’ai jamais pu me faire à mon visage

Que m’importe traîner dans la clarté des cieux

Les coutures les traits et les taches de l’âge

Mais lire les journaux demande d’autres yeux

Comment courir avec ce cœur qui bat trop vite

Que s’est-il donc passé La vie et je suis vieux

Tout pèse L’ombre augmente aux gestes qu’elle imite

Le monde extérieur se fait plus exigeant

Chaque jour autrement je connais mes limites

Je me sens étranger toujours parmi les gens

J’entends mal je perds intérêt à tant de choses

Le jour n’a plus pour moi ses doux effets changeants

Le printemps qui revient est sans métamorphoses

Il ne m’apporte plus la lourdeur des lilas

Je crois me souvenir lorsque je sens les roses

Je ne tiens plus jamais jamais entre mes bras

La mer qui se ruait et me roulait d’écume

Jusqu’à ce qu’à la fin tous les deux fussions las

Voici déjà beau temps que je n’ai plus coutume

De défier la neige et gravir les sommets

Dans l’éblouissement du soleil et des brumes

Même comme autrefois je ne puis plus jamais

Partir dans les chemins devant moi pour des heures

Sans calculer ce que revenir me permet

Revenir

Ces pas-ci vont vers d’autres demeures

Je ne reprendrai pas les sentiers parcourus

Dieu merci le repos de l’homme c’est qu’il meure

Et le sillon jamais ne revoit la charrue

On se fait lentement à cette paix profonde

Elle avance vers nous comme l’eau d’une crue

Elle monte elle monte en vous elle féconde

Chaque minute. Elle fait à tout ce lointain

Amer et merveilleux comme la fin du monde

Et de la sentir proche et plus frais qu’au matin

Avant l’épanouissement de la lumière

Le parfum de l’étoile en dernier qui s’éteint

Quand ce qui fut malheur ou bonheur ce nomme hier

Pourtant l’étoile brille encore et le cœur bat

Pourtant quand je croyais cette fièvre première

Apaisée à la fin comme un vent qui tomba

Quand je croyais le trouble aboli le vertige

Oublié l’air ancien balbutié trop bas

Que l’écho le répète au loin

Voyons que dis-je

Déjà je perds le fil ténu de ma pensée

Insensible déjà seul et sourd aux prodiges

Quand je croyais le seuil de l’ombre outrepassé

Le frisson d’autrefois revient dans mon absence

Et comme d’une main mon front est caressé

Le jour au plus profond de moi reprend naissance

~~~~~~~~~~~

Titre : J’arrive où je suis étranger
Poète : Louis Aragon (1897-1982)
Recueil : La Diane française (1944).

Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre pour le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger
Un jour tu passes la frontière
D’où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu’importe et qu’importe hier
Le coeur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon
Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l’enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C’est le grand jour qui se fait vieux
Les arbres sont beaux en automne
Mais l’enfant qu’est-il devenu
Je me regarde et je m’étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus
Peu a peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d’antan
Tomber la poussière du temps
C’est long vieillir au bout du compte
Le sable en fuit entre nos doigts
C’est comme une eau froide qui monte
C’est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu’on corroie
C’est long d’être un homme une chose
C’est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous
Lentement plier nos genoux
Ô mer amère ô mer profonde
Quelle est l’heure de tes marées
Combien faut-il d’années-secondes
À l’homme pour l’homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées
Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre pour le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger.