Les étrennes

Les étrennes sont un présent offert en début d’année, au début du mois de janvier.

Depuis quelques semaines déjà, vous avez dû croiser des pompiers au coin de la rue vendant leur calendrier ou des facteurs et des éboueurs qui sonnent à votre porte, leur précieux almanach à la main. Avez-vous pour habitude de leur donner une enveloppe avec quelques euros pour les remercier de leur travail durant l’année qui vient de s’écouler ?

Suis-je obligé de donner quelque chose?
Pas du tout. Il est admis que ce don en fin d’année permet d’entretenir de bonnes relations avec des personnes qui vous rendent service au quotidien. D’ailleurs, faire un don en fin d’année ne semble pas être une chose évidente pour tout le monde.

Combien donner au pompiers?
Contrairement aux concierges, aux facteurs et éboueurs, on ne donne pas forcément aux pompiers pour les services rendus au quotidien mais plutôt parce qu’ils jouissent d’un capital sympathie et qu’ils sont en partie volontaires.
En règle générale, les pompiers reçoivent entre 5 à 10 euros par personne selon FTVI. Cet argent sert souvent de complément de salaire et à un pot commun qui pourra améliorer la vie de la caserne.

Combien donner au facteur?
Selon Le Parisien, il faut compter entre 5 et 15€ en l’échange d’un calendrier qui coûte en moyenne 2€ aux facteurs. Seuls les facteurs titulaires d’une tournée peuvent vendre des calendriers, ils peuvent garder la totalité des bénéfices qu’ils font.

http://www.huffingtonpost.fr/2014/12/20/etrennes-combien-donner-a-qui-le-point_n_6332066.html

Les étrennes des orphelins (une partie)

Ah ! quel beau matin, que ce matin des étrennes !
Chacun, pendant la nuit, avait rêvé des siennes
Dans quelque songe étrange où l’on voyait joujoux,
Bonbons habillés d’or, étincelants bijoux,
Tourbillonner, danser une danse sonore,
Puis fuir sous les rideaux, puis reparaître encore !
On s’éveillait matin, on se levait joyeux,
La lèvre affriandée, en se frottant les yeux…
On allait, les cheveux emmêlés sur la tête,
Les yeux tout rayonnants, comme aux grands jours de fête,
Et les petits pieds nus effleurant le plancher,
Aux portes des parents tout doucement toucher…
On entrait !… Puis alors les souhaits… en chemise,
Les baisers répétés, et la gaîté permise !

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Les Étrennes des Orphelins

I

La chambre est pleine d’ombre; on entend vaguement

De deux enfants le triste et doux chuchotement.

Leur front se penche, encore alourdi par le rêve,

Sous le long rideau blanc qui tremble et se soulève…

–Au dehors les oiseaux se repprochent frileux;

Leur aile s’engourdit sous le ton gris des cieux;

Et la nouvelle Année, à la suite brumeuse,

Laissant traîner kes okus de sa robe neigeuse,

Sourit avec des pleurs, et chante en grelottant…

II

Or les petits enfants, sous le rideau flottant,

Parlent bas comme on fait dans une nuit obscure.

Ils écoutent, pensifs, comme un lotain murmure…

Ils tressaillent souvent à la claire voix d’or

Du timbre matinal, qui frappe et frappe encor

Son refrain métallique en son globe de verre…

–Puis, la chambre est glacée… on voit traîner à terre,

Épars autour des lits des vêtements de deuil:

L’âpre bise d’hiver qui se lamente au seuil

Souffle dans le logis son haleine morose!

On sent, dans tout cela, qu’il manque quelque chose…

— Il n’est donc point de mère à ces petits enfants,

De mère au frais sourire, aux regards triomphants?

Elle a donc oublié, le soir, seule et penchée,

D’exciter une flamme à la cendre arrachée,

D’amonceler sur eux la laine e l’édredon

Avant de les quitter en leur criant: pardon.

Elle n’a point prévu la froider matinale,

Ni bien fermé le seuil à la bise hivernale…

— Le rêve maternal, c’est le tiède tapis,

C’est le nid cotonneux où les enfants tapis,

Comme de beaux oiseaux que balancent les branches,

Dorment leur doux sommeil plein de visions blanches!…

— Et là, –c’est comme un nid sans plumes, sans chaleur,

Où les petits ont froid, ne dorment pas, ont peur;

Un nid que doit avoir glacé la bise amère…

III

Votre coeur l’a compris: — ces efants sont sans mère.

Plus de mère au logis! — et le père est bien loin!…

— Une vieille servante, alors, en a pris soin.

Les petits sont tout seuls en la maison glacée;

Orphelins du quatre ans, voilà qu’en leur pensée

S’éveille, par degrés, un souvenir riant…

C’est comme un chapelet qu’on égrène en priant:

— Ah! quel beau matin, que ce matin dest étrennes!

Chacun, pendant la nuit, avait rêvé des siennes

Dans quelque song étrange où l’on voyait joujoux,

Bonbons habillés d’or, étincelants bijoux,

tourbillonner, danser une danse sonore,

Puis fuir sous les rideaux, puis reparaître encore!

On s’évellait matin, on se levait joyeux,

La lèvre affriandée, en se frottant les yeux…

On allait, les cheveux emmêlés sur la tête,

Les yeux tout rayonnants, comme aux grands jours de fête,

Et les petits pieds nus effleurant le plancher,

Aux portes des parents tout doucement toucher…

On entrait!… Puis alors les souhaits… en chemise,

Les baisers répétés, et la gaîté permise!

IV

Ah! c’était si charmant, ces mots dits tant de fois!

–Mais comme il est changé, le logis d’autrefois:

Un grand feu pétillait, clair, dans la cheminée,

Toute la vieille chambre était illuminée;

Et les reflets vermeils, sortis du grand foyer,

Sur les meubles vernis aimaient à tournoyer…

— L’armoire é sans clefs!… sans clefs, la grande armoire!

On regardait souvent sa porte brune et noire…

Sans clefs!… c’était étrange!… on rêvait bien des fois

Aux mystères dormant entre ses flancs de bois,

Et l’on croyait ouïr, au fond la serrure

Béante, un bruit lointain, vague et joyeux murmure…

–La chambre des parents est bien vide, aujourd’hui:

Aucun reflet vermeil sous la porte n’a lui;

Il n’est point de parents, de foyer, de clefs prises:

Partant, point de baiser, point de douces surprises!

Oh! que le jour de l’an sera triste pour eux!

— Et, tour pensifs, tandis que de leurs grands yeux bleus

Silencieusement tombe une larme amère,

Ils murmurent <>

V

Maintenant, les petits sommeillent tristement:

Vous diriez, à les voir, qu’ils pleurent en dormant,

Tant leurs yeux sont gonflés et leur souffles pénible!

Les tout petits enfants ont le coeur si sensible!

— Mais l’ange des berceaux vient essuyer leurs yeux,

Et dans ce lourd sommeil met un rêve joyeux,

Un rêve si joyeux, que leur lèvre mi-close,

Souriante, semblait murmurer quelque chose…

— Ils rêvent que, penchés sur leur petit bras rond,

Doux geste du réveil, ils avancent le front,

Et leur vague regard tout autour d’eux se pose…

Ils se croient endormis dans un paradis rose…

Au foyer plein d’éclairs chante gaîment le feu…

Par la fenêtre on voit là-bas un beau ciel bleu;

La nature s’éveille et de rayons s’enivre…

La terre, demi-nue, heureuse de revivre,

A des frissons de joie aux baisers du soleil…

Et dans le vieux logis tout est tièdes et vermeil:

Les sombres vêtements ne jonchent plus la terre,

La bise sous le seuil a fini par se taire…

On dirait qu’une fée a passé dans cela!…

–Les enfants, tout joyeux, ont jeté deux cris… Là,

Près du lit maternal, sous un beau rayon rose,

Là, sur le grand tapis, resplendit quelque chose…

Ce sont des médaillons argentés, noirs et blancs,

De la nacre et du jais aux reflets scintillants;

Des petis cadre noirs, des couronnes de verres,

Avant trois mots gravés en or:

<<À NOTRE MÈRE!>>

Merci à   galilean-library.org  (French text and translation).

Part of Verse III

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par Arthur RIMBAUD (1854-1891)

I.

The room is full of shadow; you vaguely hear

Two children whispering, sadly, softly.

Heavy with sleep, their heads are bowed

Beneath the long white curtain that trembles and rises…

— Outside, birds huddle against the cold;

Wings benumbed beneath the sky’s grey shade;

And the New Year, trailing mist,

Drags the folds of her snowy train behind her,

Smiling through tears, shivering as she sings…

II

But beneath the fluttering curtain, the little ones

Speaks as one does in the dark of night, softly.

Lost in thought, they listen as if to a distant murmur…

How they tremble at the clear golden voice

Of the morning bell, its metallic refrain striking

The glass globe again and again…

— Then… on the floor … strewn around their beds

In this frozen room, you notice mourning clothes:

The bitter winter wind wailing at the threshold

Blows its grim breath into the house.

You sense something missing in all of this…

–Where is their mother? Where is her triumphant

Maternal stare, her warm absolving smile?

She forgot, one night, alone, bent over them

To kindle a fire from a dying ember,

To tuck a blanket and quilt around them

Before leaving, while crying out: forgive me.

She couldn’t have known how cold the next morning would be,

Nor how to keep the winter wind behind the door…

— This maternal dreams is a warm blanket,

A cottony nest where children hide,

Like beautiful birds on swaying branches,

Sleeping a soft sleep brimming with white dreams…

— And here, the nest is featherless and cold,

And the little ones are cold, restless, afraid;

A nest frozen solid by bitter winds.

III

Your heart has understood: these are motherless children.

No mother near! — And father far away…

— So an old servant cares for them.

The little ones are all alone in this frozen house;

Four-year-old orphans who slowly

Awaken to a happy memory…

Like a rosary, a prayer made bead by bead:

Oh what a beautiful morning! New Year’s Morning!

During the night, each dreamt of his heart’s loves,

Strange dreams of dancing toys

Gowned in gold, glittering jewels

Dancing a musical dance, disappearing

Under curtains and appearing again!

The next morning, they rose happily,

Mouths watering, rubbing their eyes…

With tousled hair and sparkling eyes

They made their way, brimming with holiday joy,

Little bare feet skimming across the floor,

Until softly tapping at their parents’ door…

And in they went with nightshirted welcomes…

Endless kisses and every joy.

IV

Such a charming story, repeated how many times?

— How the old house has changed since then.

A great fire crackled brightly in the hearth,

Illuminating the old bedroom;

Vermilion reflections from the fireplace,

Dance over the furniture…

— The armoire was unlocked! Unlocked!

They had to stare at its dark black door…

Unlocked…! How strange… they so often dreamt

Of mysteries that slept within its ribs,

They seemed to hear through keyhole’s depths,

A joyous, barely audible murmur…

— Now the parents’ bedroom is empty:

No vermilion reflections beneath the door;

No parents, no hearth, no keys to steal:

And no kisses when they leave, no sweet surprises!

How sad their New Year’s Day will be!

— Lost in thought, while bitter tears fall…

Silently from big blue eyes, they murmur:

“When will mother return?”

V

Now the little ones are sleeping, sadly:

If you could see their puffy eyes and laboured breaths

You’d say they were crying in their sleep…

Little children have such fragile hearts!

— But a guardian angel dries their eyes,

And slips a wonderful dream into heavy sleep,

A dream so wonderful that, smiling, their parted lips

Seem to murmur out loud…

— Resting on their little round arms, they dream

Of lifting their heads with morning’s sweet motions

Until sleepy glances finally alight

On what must be a paradise of roses…

Fire sings merrily from a glowing hearth…

And a boundless blue sky peeks through the window;

Nature awakens, drunk with daylight…

The earth, half-naked, happily reborn,

Shivers with joy under sunbeam kisses…

And in the old house, everything is vermilion, and warm:

Dark clothes no longer carpet floors,

And the wind at their doorstep has finally fallen silent

As if a fairy had come…! — Perfectly happy,

The children cheer twice for joy… And there,

Near the maternal bed, beneath a beautiful rosy sunbeam,

There, on the great rug, something wonderful shines…

Silvery medals, one black, one white,

Both glittering, one jet, one mother-of-pearl;

Little black borders, little glass wreaths,

Each with three words, graven in gold:

“TO OUR MOTHER!”