Le Chat

Baudelaire ( 1821 – 1867 ) was a slow and fastidious worker, often sidetracked by indolence, emotional distress and illness, and it was not until 1857 that he published his first and most famous volume of poems, Les Fleurs du mal (The Flowers of Evil).

The principal themes of sex and death were considered scandalous. He also touched on lesbianism, sacred and profane love, metamorphosis, melancholy, the corruption of the city, lost innocence, the oppressiveness of living, and wine. Notable in some poems is Baudelaire’s use of imagery of the sense of smell and of fragrances, which is used to evoke feelings of nostalgia and past intimacy.
Accessed 8 April 2015.

https://www.ladissertation.com/Litt%C3%A9rature/Litt%C3%A9rature/Charles-Beaudelaire-Les-Fleurs-Du-Mal-Le-Chat-155864.html

LI – Le Chat :   Charles Baudelaire

I
Dans ma cervelle se promène
Ainsi qu’en son appartement,
Un beau chat, fort, doux et charmant.
Quand il miaule, on l’entend à peine,

Tant son timbre est tendre et discret ;
Mais que sa voix s’apaise ou gronde
Elle est toujours riche et profonde.
C’est là son charme et son secret.

Cette voix, qui perle et qui filtre
Dans mon fonds le plus ténébreux,
Me remplit comme un vers nombreux
Et me réjouit comme un philtre.

Elle endort les plus cruels maux,
Et contient toutes les extases ;
Pour dire les plus longues phrases
Elle n’a pas besoin de mots.

Non, il n’est pas d’archet qui morde
Sur mon cœur, parfait instrument.
Et fasse plus royalement
Chanter sa plus vibrante corde,

Que ta voix, chat mystérieux,
Chat séraphique, chat étrange,
En qui tout est, comme en un ange,
Aussi subtil qu’harmonieux !

II
De sa fourrure blonde et brune
Sort un parfum si doux, qu’un soir
J’en fus embaumé, pour l’avoir
Caressée une fois, rien qu’une.

C’est l’esprit familier du lieu ;
Il juge, il préside, il inspire
Toutes choses dans son empire ;
Peut-être est-il fée ? est-il dieu ?

Quand mes yeux, vers ce chat que j’aime,
Tirés comme par un aimant,
Se retournent docilement,
Et que je regarde en moi-même,

Je vois avec étonnement
Le feu de ses prunelles pâles,
Clairs fanaux, vivantes opales,
Qui me contemplent fixement.

Lecture audio par Gilles-Claude Thériault 

Translation placed on YouTube by esthetichaos,
and edited here by infrench
I
In my brain walks,
Just as in his apartment,.
A beautiful cat, strong, sweet and charming.
When he meows, one hardly hears him,

So tender and discreet his tone;
Though his voice may calm or scold,
It is always rich and deep.
This is his charm and his secret.

This voice, which drips and filters through,
Into my most secret depths,
Sustains me as would copious poetry,
And cheers me as a potion would.

It anaesthetises the most cruel pain
And holds all means of transcendence;
To utter the longest sentences,
It requires no words.

No, there is no bow which grinds
On my heart, perfect instrument,
And makes more magnificently sing
Its most resounding string,

Than your voice, mysterious cat.
Seraphic and strange cat,
In which everything is, like in an Angel,
Just as subtle as harmonious!

II
From its blonde and brown fur
emanates so sweet a perfume, that on an evening
I was embalmed, by having
Caressed it once, just once.

He is the familiar spirit of the place;
He considers,  presides,  inspires
All things in his empire;
Can it be that he’s a fairy? is he God?

When my eyes to this cat that I love
Drawn as if by a lover,
Return obediently
And I look in myself,

I see with astonishment
The fire of his pale eyes,
Clear lights, living opals,
Steadily contemplate me.

Lecture audio par Gilles-Claude Thériault 

Nicolas Anctil – YouTube 2015 – dit par Alain Cuny

Les Fleurs du mal est le titre d’un recueil de poèmes en vers de Charles Baudelaire, englobant la quasi-totalité de sa production poétique, de 1840 jusqu’à sa mort survenue fin août 1867.

Publié le 25 juin 1857, le livre fait scandale et suscite un procès retentissant qui entraîne la censure de 6 pièces. Il est réédité, dans des versions différentes, en 1861, 1866 puis 1868. La réhabilitation n’intervient qu’en 1949.

C’est l’une des œuvres majeures de la poésie moderne. Ses quelque 150 pièces rompent avec le style convenu, en usage jusqu’alors. Elles rajeunissent la structure du vers par l’usage régulier d’enjambements, de rejets et de contre-rejets. Elles rénovent la forme rigide du sonnet, héritée de la Renaissance. Elles mêlent langage savant et parler quotidien. Elles utilisent d’inédites associations d’images . . . pour chanter, avec une sincérité absolue, la souffrance d’ici-bas . . , l’obsession de la mort mais aussi la possibilité d’accéder à un monde idéal . . .
. . . elles exerceront une influence considérable sur des poètes ultérieurs aussi éminents que Paul Verlaine, Arthur Rimbaud et Stéphane Mallarmé.

Voir wikipedia

Les Fleurs du mal
– un fichier audio fait sur le site http://www.fromtexttospeech.com/


Le chat dans la litterature et la poesie

sa mort survenue = his death which occurred (ppf survenir)
quasi-totalité = almost all
susciter = provoquer, faire naître = to arouse or create.
un procès retentissant = a sensational trial
qui entraîne la censure de 6 pièces = resulting in censorship of 6 pieces.
n’intervient = does not intervene
rompent avec le style convenu en usage jusqu’alors = break with the agreed style used hitherto
par l’usage régulier d’enjambements = through regular use of crossovers i.e two or more lines in a poem that compliment, complete, or correspond with each other.
la souffrance d’ici-bas = the suffering of this world
des poètes ultérieurs aussi éminents que Paul = subsequent poets as eminent as Paul Verlaine
enjambements = In classical verse there are three kinds of enjambment: rejet is the placement of the end of a clause or sentence at the beginning of the following line, contre-rejet the placement of the beginning of a sentence at the end of the preceding line, and double-rejet the placement of the beginning of a sentence at the end of one line and its conclusion at the start of the following line.
L’usage d’enjambements dans le poeme “le Chat” => [les verifier !]
Dans ma cervelle se promène -> Ainsi qu’en son appartement
Cette voix, qui perle et qui filtre -> Dans mon fonds le plus ténébreux
Non, il n’est pas d’archet qui morde -> Sur mon cœur, parfait instrument.
Et fasse plus royalement -> Chanter sa plus vibrante corde,
De sa fourrure blonde et brune -> Sort un parfum si doux, qu’un soir -> J’en fus embaumé, pour l’avoir ->Caressée une fois, rien qu’une.
Il juge, il préside, il inspire -> Toutes choses dans son empire
Je vois avec étonnement -> Le feu de ses prunelles pâles,

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XXXIV – LE CHAT
Viens, mon beau chat, sur mon coeur amoureux ;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux,
Mêlés de métal et d’agate.

Lorsque mes doigts caressent à loisir
Ta tête et ton dos élastique,
Et que ma main s’enivre du plaisir
De palper ton corps électrique,

Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tien, aimable bête
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,

Et, des pieds jusques à la tête,
Un air subtil, un dangereux parfum
Nagent autour de son corps brun.

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The Cat

Come, superb cat, to my amorous heart;
Hold back the talons of your paws,
Let me gaze into your beautiful eyes
Of metal and agate.

When my fingers leisurely caress you,
Your head and your elastic back,
And when my hand tingles with the pleasure
Of feeling your electric body,

In spirit I see my woman. Her gaze
Like your own, amiable beast,
Profound and cold, cuts and cleaves like a dart,

And, from her head down to her feet,
A subtle air, a dangerous perfume
Floats about her dusky body.

— William Aggeler, The Flowers of Evil (Fresno, CA: Academy Library Guild, 1954) – from https://fleursdumal.org/
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LXVI – LES CHATS
Les amoureux fervents et les savants austères
Aiment également, dans leur mûre saison,
Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,
Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires.

Amis de la science et de la volupté,
Ils cherchent le silence et l’horreur des ténèbres;
L’Èrèbe les eût pris pour ses coursiers funèbres,
S’ils pouvaient au servage incliner leur fierté.

Ils prennent en songeant les nobles attitudes
Des grands sphinx allongés au fond des solitudes,
Qui semblent s’endormir dans un rêve sans fin;

Leurs reins féconds sont pleins d’étincelles magiques,
Et des parcelles d’or, ainsi qu’un sable fin,
Etoilent vaguement leurs prunelles mystiques.

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Cats
Both ardent lovers and austere scholars
Love in their mature years
The strong and gentle cats, pride of the house,
Who like them are sedentary and sensitive to cold.

Friends of learning and sensual pleasure,
They seek the silence and the horror of darkness;
Erebus would have used them as his gloomy steeds:
If their pride could let them stoop to bondage.

When they dream, they assume the noble attitudes
Of the mighty sphinxes stretched out in solitude,
Who seem to fall into a sleep of endless dreams;

Their fertile loins are full of magic sparks,
And particles of gold, like fine grains of sand,
Spangle dimly their mystic eyes.

— William Aggeler, The Flowers of Evil (Fresno, CA: Academy Library Guild, 1954) – from https://fleursdumal.org/

A Voir : Le Chat

notes to be added

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A Voir : Les Chats

Le sonnet : 14 vers distribués en 2 quatrains et 2 tercets.
Le type classique est de forme : abba – abba – ccd – eed- (ou – ede-).
Les 2 quatrains sont embrassés sur 2 rimes ;
les 2 tercets sur 3 rimes.
Le sonnet a été illustré par la Pléiade (Ronsard, du Bellay)
puis ressuscité par Baudelaire et Verlaine qui en ont varié les formes (60 types de sonnets chez Baudelaire).