CATHARISME dans le Périgord Noir

L’histoire locale du Catharisme

La région et l’époque :  La zone locale de cette étude est définie comme la moitié sud du Périgord Noir; c’est de Sarlat au château de Biron et de Cadouin au château de Fénelon.
Cette zone était, à l’époque de l’hérésie albigeoise, dans le “diocèse de Périgueux”, comme il l’est aujourd’hui. Le diocèse de Sarlat n’a existé que du XIVe au XIXe siècle.

Les principaux lieux mentionnés seront la ville de Sarlat, le monastère de Cadouin, les châteaux de Biron et Bigarroque et de Cazenac, ainsi que les châteaux de la vallée de la Dordogne en amont de Beynac jusqu’à Castelnaud, Domme, Montfort, Aillac et Fénelon.
Sarlat ; Placée directement sous l’autorité de Rome en 1153, l’abbaye de Sarlat connaît progressivement la décadence. Le pouvoir religieux va laisser peu à peu la place au pouvoir royal et municipal avec la création de la commune de Sarlat en 1223. La cité d’environ 6000 habitants est alors dirigée par 4 consuls.

Le Périgord, avec presque les mêmes frontières que la Dordogne actuelle, existait à l’époque, en tant que comté du Duché d’Aquitaine. Le Périgord Noir aussi est le nom d’une ancienne région, appelée également Sarladais. Aujourdhui il y a six Communautés de communes: « Domme / Villefranche du Périgord », « Pays de Fénelon », « Vallée Dordogne / Forêt Bessède », « Vallée de l’Homme », « Sarlat » et « Terrasson / Thenon / Hautefort au nord ».

Là, nous avons le pays de cette étude. L’èpoch est de 1150 à environ 1250 lorsque l’hérésie albigeoise a commencé, a atteint son apogée et a été en grande partie supprimée. Cela ne veut pas dire qu’il n’y avait pas d’hérésie avant ça.

XIe s. :  Le moine Périgourdin Héribert, contemporain des événements du premier partie du 11ème, nous laisse dans une de ses lettres un témoignage fort intéressant; “en Périgord”, il a écrit, “surgissent des gens qui prétendent mener la vie apostolique, ne mangeant jamais le viande, ne buvant du vin que tous les trois jours, s’agenouillant cent fois par jour, et refusant tout argent. Pour eux l’aumône est sans valeur. La messe n’a pas d’utilité , de même que la communion ( dont l’hostie ) n’est qu’un vulgaire morceau de pain… ils n’adorent ni la croix, ni la face du Christ” …(11)

“Nous ne pouvons pas les garder en prison, meme si nous les arrêtons et si nous les attachons bien, le diable les délivrera … Ils font beaucoup de merveilles, par exemple, si on les attache avec de fortes chaînes de fer sur leurs jambes. si l’on les place sous un tonneau à l’envers, avec de bons gardiens, le lendemain, on ne les trouvera pas là-bas. S’ils reviennent, c’est de leur plein gré. Le tonneau, vidé de vin, est retrouvé plein le lendemain.” (11)

¨Héribert déplorent aussi que la nouvelle hérésie  touche non seulement les laïcs, mais également des clercs, des prêtres, des moines et des moniales (= Religieuse contemplative qui vit cloîtrée) ..(13)

XIIe s. : “L’Eglise semblait  au début du XIIe siècle, sans grande défense et mal préparée à lutter efficacement contre une menace dont elle mesurait assez mal le danger.  Peu à peu cependant, les évêques, celui de Perigueux par exemple, commençaient à s’ inquièter des progrès de l’hérésie”. (11)

En 1143, Évervin de Steinfeld écrit à saint Bernard de Clairvaux  : Sache en effet, Monseigneur, que les hérétiques qui sont revenus à l’Église nous ont dit qu’ils sont une grande multitude, répandue presque dans le monde entier et qu’ils ont, parmi eux, bon nombre de nos clercs et de nos moines.(13)

En juillet 1145, à la demande du pape cistercien Eugène III, Bernard de Clairvaux est missionné pour combattre l’hérétique. Il passe successivement à Bergerac – Périgueux et Sarlat en allant par sarlat a Toulouse. (13)

Geoffroy d’Auxerre écrit « Il y a dans cette région, un lieu nommé Sarlat où, à la fin du sermon, le serviteur de Dieu (Bernard) a été présenté avec une multitude de pain à bénir, comme cela a été fait partout.  En les bénissant de sa main levée et d’un signe de croix fait au nom de Dieu, il dit : – Voici vous apprendrez la vérité de notre doctrine et la fausseté de celle des hérétiques, si vos malades, après avoir goûté de ces pains, recouvrent la santé. ……. ceux qui le goûteront seront guéris, afin qu’ils apprennent par là, que nous sommes les authentiques et sincères envoyés de Dieu ».  Le texte est clair, il y a des hérétiques à Sarlat et à Bergerac en 1145 …(13)

XIIIe s. : En 1207 des nobles périgordins rejoignent encore l’hérésie. Cette année-là, le pape Innocent III intervient dans les affaires du diocèse de Périgueux car, depuis longtemps il reproche à l’évêque Raymond de Castelnau, de graves et énormes choses :   En 1209, … le pape  destitue une dizaine d’évêques qui ne combattent pas efficacement les hérétiques de leurs diocèses. L’évêque de Périgueux, Raymond de Castelnaud, sera lui aussi destitué (privé sa fonction) mais on ne sait pas si cette sanction est directement liée aux progrès de l’hérésie en Périgord.(13)

En 1214, Simon de Montfort entre pour la deuxième fois en Périgord dans le cadre du negotium pacis et fidei, de “l’affaire de la paix et de la foi”. Il soumet …certains châteaux du diocèse de Périgueux qui abritaient des ennemis de la foi, Domme, Montfort, Castelnau, Beynac, où était le siège de Satan depuis cent ans et plus, et d’où l’iniquité s’était répandue sur toute la terre. Ces châteaux sont confiés à la garde du vicomte de Turenne avec l’arbitrage de Raoul de Las Tours, évêque de Périgueux, et de Constantin, abbé de Cadouin. Bernard de Casnac, seigneur de Domme, Montfort, Castelnau et Aillac était  dépossédé de ses biens …à cause de graves et énormes délits (faits prohibés) envers Dieu et la sainte Église,  crimes dont il est certain qu’ils touchent à l’hérésie (13)( 2)

Devant cette poussée (force) de l’hérésie, qui atteint son apogée à la fin du XIIe siècle, le pape va engager l’ordre de Cîteaux pour la reconquête du monopole de la parole(13)

Cadouin et l’hérésie
L’abbaye de Cadouin est fondée vers 1115 .. A l’origine de Cadouin figurent des clercs qui ont abandonné leurs communautés pour vivre au fond des forêts ou  devenir prédicateurs itinérants. Ceux-ci, tant clercs que laïcs parfois, réclamaient vivement un retour à une vie plus évangélique. Leur prédication était surveillée de près par l’autorité épiscopale ..(13)

Il a écarté de Citeaux  en 1124, mais le Pape Innocent III a ordonné leur retour aupres des cistercians en 1201.  Il semble en revanche qu’une grande partie des moines, soutenue par l’aristocratie locale, résiste encore à la volonté de leurs abbés de suivre la règle de saint Benoît à l’imitation des cisterciens.(13)

En 1214 .. Simon de Montfort a revenu en Périgord .. pour prendre possession des châteaux de Castelnaud, Beynac, Domme et Montfort, surnommés siège de Satan par Pierre des Vaux-de-Cernay. C’est à cette occasion, dans un acte où Simon de Montfort octroie (grants)  donne  à Cadouin certains revenus saisis à Bernard de Casnac dans le cadre de la croisade contre les cathares, que le saint Suaire est évoqué pour la première fois. Les historiens s’accordent pour replacer l’invention de cette relique dans le mouvement de collaboration cistercienne à la lutte contre l’albigéisme, c’est à dire bien plus sûrement au début du XIIIe siècle que du XIIe. Cette relique contribue au rassemblement des fidèles, à l’enrichissement de l’abbaye, mais elle est également une arme dirigée contre l’hérésie. On sait que les hérétiques périgordins dénoncés par Héribert un siècle auparavant rejetaient déjà la croix ou les traits [images] du seigneur..(13)

Il est donc probable que l’apparition du suaire de Cadouin procède d’un souci de reconquête des âmes séduites par l’iconoclasme et l’anticléricalisme des cathares, comme en procédait aussi le miracle des pains opéré par saint Bernard en 1145 à Sarlat     Cadouin s’associe donc à sa façon à la lutte anti cathare conduite par Cîteaux ….(13)

Mais, en 1226 l’abbé Constantin est déposé par le pape qui lui reproche encore de nombreuses choses …… En 1234, l’abbé de Pontigny, ordonne un rapport sur de mauvaises choses que l’on attribue à Cadouin et à Gondon, abbaye fille de Cadouin, et des corrections sont jugées nécessaires. L’abbé Constantin de Cadouin, réhabilité en 1232, est convoqué au Chapitre général de Cîteaux au sujet de ces nombreux maux. ..au diocèse de Périgueux les Prêcheurs (inquisiteurs) sont installés en 1241 (13)

Alerté par le risque d’inquisition couru par toutes les maisons de l’ordre en 1236, Etienne de Lexington adresse une lettre à l’abbé Jean de Pontigny. Elle commence par une pieuse exhortation à traiter avec attention le laxisme des frères de Cadouin et de ses maisons filles, mais il passe rapidement à des choses inouïes (unheard of) d’une plus grande importance. Dans l’abbaye de Gondon, fille de Cadouin, il y a, dit-on, sept moines hérétiques et ce au moment où le pape nommait des praedicatores pour rechercher l’hérésie dans toute l’église (13)

Il y a donc quelques raisons de penser que le vague reproche de graves et énormes choses que l’on fait aux moines de la congrégation de Cadouin peut ne pas se résumer à de simples déviances liturgiques, culinaires ou vestimentaires, mais qu’il concerne bien plus sûrement des hérétiques dont la prise d’habit n’est que de façade.(13)

Dans  l’ensemble de la province ecclésiastique de Bordeaux qui comprenait, avant 1317, les diocèses de Bordeaux, Agen, Perigueux, Angoulême, Saintes, Poitiers, les Cathares ou Albigeois ne sont vraiment actifs que dans Le Périgord et L’Agenais. Ils vont se heurter au début du X111e siècle à de fortes personnalités, comme l’archevêque de Bordeaux, Guillaume Amanieu ( 1206-1227) et comme l’évêque de Perigueux, Raoul de la tour (1211 vers 1220) Ces derniers se lançaient avec fougue dans la croisade contre les Albigeois. Ils s’inquiétaient de l’afflux en Périgord de nombreux hérétiques chassés de Toulouse par Simon de Montfort. Ces hérétiques rencontraient dans notre région un terrain favorable. Ils pouvaient s’appuyer sur quatre châteaux : Montfort, Domme, Castelnaud  et Beynac, qui, selon L’expression du moine Vaux de Cernay, chroniqueur des croisades,”ètaient infestés par les hérétiques” L’archevêque de Bordeaux et l’évêque de Perigueux précisaient leur pensées dans une lettre envoyée au pape Innocent 111, pour le remercier d’avoir organisé la croisade contre les Albigeois. Cédant à de pressants appels émanant de seigneurs et d’ecclésiastiques comme l’évêque de Perigueux, Simon de Montfort conduisit deux expéditions punitives en Périgord.(11)

 

Simon de Montfort se dirigea ensuite vers ce que les textes appellent “arca satanae” (l’arche de Satan): ce château de Beynac eut un commencement de démolition ainsi que la fameuse tour appelée des Sarrazins, qui fut brûlée. Mais Beynac, forteresse-clé à la frontière entre le royaume de France et la Guyenne anglaise, était d’une grande importance stratégique. Aussi le seigneur de Beynac , fidèle serviteur du roi de France, pût-il conserver ses biens en dépit de ses errements religieux et moyennant amende honorable.(11)

Nous pouvons conclure sur une phrase du chanoine Tarde: “Après que les trois châteaux (Domme,Monfort, Beynac) furent rasés et la garnison laissée à Castelnaud, la paix et le repos s’ensuivirent non seulement au détroit Sarladais mais aussi en tout le Périgord et Quercy”(11)

Faire du catharisme un des éléments fondamentaux de la civilisation des pays de langue d’oc, si riches de leur littérature, de leur poésie, de leur traditions, relève de la pure utopie. Cette attitude ne peut s’expliquer que par le curiosité, que par l’attrait qu’exerce l’épopée cathare. Dans l’histoire du Périgord, le catharisme n’est qu’un épisode parmi d’autres qui a eu une importance toute relative. Il faudrait bien se garder de voir du catharisme dans tout comportement politique ou culturel de nos régions. (11)

Simon de Montfort, qui répandit en Languedoc tant de sang et tant de ruines, a mené deux fois en Périgord sa redoutable armée; il a, dans chacune de ces deux expéditions, infligé de terribles réprésailles aux puissants seigneurs qui, dans notre province, avaient embrassé la cause de l’hérésie et persécuté leurs tenanciers restés fidèles à la foi.    L’illustre chef de la croisade des Albigeois n’eut pas besoin de porter la guerre au delà des rives de la Dordogne ; il ne frappa qu’un très petit nombre de châtelains.
 
 En ce moment l’armée des hérétiques comprenait plus de deux cent mille combattants (3) { Chanson de la Croisade, vers 1953, chiffre fort exagéré, croyons-nous}.  En apprenant cette redoutable concentration de troupes, Simon de Montfort s’empressa de rappeler ses fidèles croisés.( (11)
 

L’un des premiers qui répondit à son appel fut un autre seigneur d’Aquitaine, Martin d’Algays, que Jean-Sans-Terre avait fait sénéchal de Gascogne et du Périgord (4) { Bulletin de la Soc. arch. du Périgord}.  Le troubadour Hugues de St-Cyr raconte que ce puissant chàtelain n’était autre chose qu’un routier, pouvant mener avec lui mille brigands (=robbers) à cheval et deux mille à pied (1) { Razo d’un sirventés de Bertrand de Born AI dous nou }.  Martin d’Algays, châtelain de Bigarroque et de Biron, avait épousé la fille de Henri de Gontaut, l’un des plus puissants barons du Périgord  (11)

Simon de Montfort, après avoir rassemblé son armée, la dirigeait de nouveau vers Toulouse, lorsque dans les champs de Saint-Martin (2) Un grand combat s’engagea, pendant lequel Martin d’Algays se tenait constamment au repos derrière un bois épais. Les croisés  étaient victorieux. (11)

Appelé à justifier son attitude dans cette bataille, le seigneur de Bigarroque et de Biron affirma qu’il n’était pas resté dans l’inaction; mais qu’il avait poursuivi des routiers (=mercenaries), à la téte de sa cavalerie. Peu de jours après, il cessa de dissimuler ses sentiments en faveur (=he ceased to conceal his feelings for the h.) des hérétiques, car il a passé ouvertement dans l’armée de Raymond VI. Le comte de Toulouse lui a fait un chaleureux accueil et a l’envoyé tenir garnison dans son château de Biron, avec la mission de recruter des partisans en Périgord.( 11)

Martin d’Algays revenait en toute hâte dans son repaire (=den), dont il augmentait les moyens de défense ; il était très activement impliqué,  à répandre l’hérésie autour de Biron et jusque sur les bords de la Dordogne, où se trouvait la châtellenie de Bigarroque; il persécutait tous ceux qui étaient assez hardis (=bold) pour résister à sa propagande manichéene et trop faibles pour résister à ses violences ; on lui attribue l’incendie de nombreux édifices religieux et notamment celui de l’église de Belvès. ( 11)
 

Pendant que le célèbre routier accomplissait tous ces méfaits, Simon de Montfort continuait sa marche victorieuse il s’emparait de Thouels, Cahuzac, St-Antonin, Moissac, et venait mettre le siège devant le château de Penne (1) {Chanson de la Croisade, v. 2,420.} défendu par Ugo d’Alfar. Cette puissante forteresse, qui dominait la vallée du Lot, passait alors pour imprenable; le chef des croisés dut, pour s’en emparer, l’investir rigoureusement de tous côtés et priver ainsi les assiégés de toute relation avec l’extérieur; c’était au plus fort de l’été. Penne résista pendant cinquante deux jours, du 4 juin au 25 juillet 1212 mais la chaleur accablante (=overwhelming), la soif et les épidémies forcèrent les Albigeois à livrer la place. (11)

Tandis que les croisés poursuivaient avec de grandes fatigues un long et pénible siège de Penne, de nombreux seigneurs du Périgord et de la Saintonge (2) {Chanson de la Croisade, v. 2,450 et suivants.} sont venus porter leurs clameurs auprès de Simon de Montfort, et lui représenter que Martin d’Algays, après avoir honteusement trahi la cause de Dieu et mis entre les mains des hérétiques, ses forteresses de Bigarroque et de Biron, dérangeait tout le pays riverain de la Dordogne et commettait d’épouvantables {=terrible) actes de cruauté contre les monuments religieux et contre tous ceux qui ne voulaient pas servir les Albigeois. Ils le supplièrent Simon, de venir au plus vite, chatiér ce tyran suivant l’énormité de ses crimes. (11)

Alors eut lieu la première expédition de Simon de Montfort en Sarladais (3) { Biron et Bigarroque faisaient partie du diocèse de Périgueux. (11)

l e chef de la croisade, après avoir établi une garnison dans le château de Penne, se dirigea vers Biron ; il emmenait avec lui son frère Guy, comte de Montfort, Foucaud de Merlis, monté sur un cheval liard (=grisâtre), Jean de Merlis, son frère, qui portait un mantel gris et vairé (=veiled), le chantre (=cantor) de Paris Nicolas de Vitré, et foule d’autres barons. Le comte et ses barons s’en vont par la grande route au chàteau de Biron, l’oriflamme (=flamme doré) levé (1) { Chanson de la Croisade, v. ??} St-Dominique, l’illustre fondateur de l’ordre des Frères prêcheurs, était avec eux. (11)

Pierre de Vaux-Cernay raconte qu’il faisait aussi partie de l’expédition, ainsi que Guy, évêque de Carcassonne, accompagnant la comtesse Simon de Montfort (2) { Recueil des Historiens de la Gaule, tome XIX, page 65. i.}  (11)

La prise de Biron n’arrèta pas longtemps les croisés. Les habitants du pays, effrayës par les menaces de Simon de Montfort, et peut-être aussi peu sympathiques à leur chàtelain, remettent à l’armée de la Foi le traître et sa forteresse. Ce rapide succès nous semble démontrer une fois de plus que la croisade n’était pas alors considérée dans le pays comme une guerre de conquête; car les seigneurs du Périgord, dont les sentiments d’indépendance se montraient en ce temps-là dans de nombreuses circonstances, n’auraient certainement pas facilité par leur concours (=concurrence) la victoire des croisés, si le comte Simon de Montfort avait eu l’attitude d’un conquérant. (11)

Après s’ètre ainsi facilement emparé du château de Biron, Simon voulait infliger à Martin d’Algays un châtiment qui servît d’exemple à tous ceux qui, dans la suite, pourraient être tentés d’abandonner l’armée des croisés pour embrasser l’hérésie. il l’a condamné au cruel supplice des traîtres, . . . afin que tous les habitants du pays puissent bien voir quel était le supplice réservé à ceux qui trahiraient leur foi (aoùt 1212).  Les châteaux de Biron et de Bigarroque furent placés sous la garde d’Arnauld de Montaigut, qui les rendit peu après au seigneur de Gontaut, et les croisés ont repris la route de Toulouse. (11)

C’etait la première expédition de Simon de Montfort en Périgord qui  est racontée par la Chanson de la Croisade des Albigeois et par Pierre de Vaux-Cernay;  la seconde expédition, plus longue et beaucoup plus importante que la première, n’est même pas mentionnée dans la chanson, tandis que Pierre de Vaux-Cernay nous la donne en tous ses détails.  D’où provient la regrettable lacune de la chronique rimée ?(11)

Il est aujourd’hui parfaitement établi que la Chanson de la Croisade a été composée par deux auteurs différents de style et de jugement. Le premier, dont l’œuvre s’arréte à l’an 1213, était favorable à Simon de Montfort; le second, qui continue le récit à partir de 1214, était, suivant l’expression du traducteur, M. Paul Meyer, « un ennemi acharné de la croisade (1) {Chanson de la Croisade, Introduction P. XXXVIII }. (11)

Il est possible que le continuateur n’ait repris l’oeuvre interrompue qu’après un délai de quelques mois, pendant lesquels aurait eu lieu la seconde campagne de Simon de Montfort en Périgord.Il est aussi possible que cet « ennemi acharné de la croisade ait voulu laisser ignorées des lecteurs toutes les épouvantables cruautés qui appelèrent les croisés en Sarladais. Si l’autorité des renseignements du poète manque à notre récit, le silence absolu qu’il a gardé sur cette audacieuse expédition ne doit cependant pas faire révoquer en doute l’intéressante chronique du moine de Vaux-Cernay. (11)

La seconde expédition des croisés en Sarladais.

Entraînés par Martin d’Algays, sénéchal du Périgord, quelques châtelains riverains de la Dordogne avaient embrassé l’albigéisme. Soit pour obéir à quelque mot d’ordre de leur société secrète, soit pour venger la mort si dramatique du seigneur de Bigarroque et de Biron ils exerçaient autour d’eux sur les églises et sur les chrétiens les plus cruelles représailles; ils faisaient subir les plus redoutables supplices à ceux de leurs voisins ou tenanciers qui manifestaient leur attachement à la cause des croisés; ils livraient leurs biens au pillage ou à l’incendie. Ils soulevaient ainsi parmi les défenseurs de la Foi une bien légitime indignation.(11)

Irrités par toutes les infamies (= actes honteux) que commettaient les hérétiques, les châtelains restés fidèles à l’Église et les moines du Sarladais envoyèrent des députés à Simon de Montfort pour le supplier de venir châtier les coupables. Le chef de la croisade était alors en Agenais, assiégeant Casseneuil pour la seconde fois. Les députés le trouvèrent sous les remparts de la ville, dont il allait s’emparer dans un dernier assaut. Les Sarladais étaient conduits par Raymond III, vicomte de Turenne, qui rendit hommage à Simon en présence de toute son armée et jura de le servir tous les ans, pendant un mois, avec dix chevaliers et dix servants d’armes. (1) { Bibl. nat. Coli. Doat, p. 7o}. (11)

Aussitôt que les portes de Casseneuil eurent été livrées aux croisés (=delivered to the crusaders) (18 août 1214), Simon de Montfort se dirigeait en toute hâte vers Sarlat. Il a s’arrèté sur les bords de la Dordogne, en face du puissant chàteau de Domme, qui couronnait une colline escarpée (=steep), dont les rochers se dressent à pic jusqu’à cent vingt-cinq mètres au-dessus du niveau de la rivière. (11)

C’était aux premiers jours de septembre 1214. Le pays où s’étaient arrêtés les croisés présentait un coup d’oeil superbe ; la plaine, riche et fertile, arrosée par un beau fleuve aux eaux claires, et limpides comme une eau de source, constituait pour ces guerriers le plus beau gite d’étape, qu’ils aient jamais rencontré. (11)

La ville de Domme, dont on voit aujourd’hui les rues désertes alignées au cordeau (=des rues bien droits), n’existait pas encore sur ce plateau rocheux, Philippe-le-Hardi devait (=must have), quelques années plus tard, en 1280, édifier une importante place d’armes (=fortified), bien souvent assiégée, mais qui n’a cependant pas perdu dans ces luttes féodales son enceinte fortifiée, ses trois portes monumentales, ses embrasures (=openings) casematées (barricadées) et sa tour du gal. (11)

La puissante forteresse que Simon de Montfort allait assiéger s’élevait entre le plateau sur lequel est bâtie la ville de Domme et les ruines du château royal qui dominent la plaine de Cénac. Elle s’élevait sur une plate-forme occupée aujourd’hui par un moulin à vent; les derniers vestiges de sa seconde enceinte se voient encore au nord du moulin. Quand l’hérétique châtelain apprit que Simon de Montfort, maître de Casseueuil, conduisait son armée vers Domme, il se rappela le châtiment infligé à Martin d’Algays et prit la fuite. (11)

Les croisés, en arrivant en vue de sa citadelle, ne trouvèrent que de fervents catholiques, groupés sous la protection du prieur de Notre-Dame de Cénac, monastère bénédictin récemment construit par l’abbé de Moissac. (11)

Simon gravit (=grimpe) la pente escarpée (=climbs the steep slope) qui menait au château de Domme. “C’était une forteresse noble et très puissante, dominant le fleuve appelé Dordogne et bâti sur le site le plus merveilleux qu’on puisse voir. Aussitôt notre comte fit miner et détruire a détruit la tour du château, qui était extrêmement élevée, admirablement belle et fortifiée jusqu’à son sommet » (1). {Receuil des hist. de la Gaule l. 19 P. 98} (11)

Le comte de Montfort établit son armée dans le château découronné (=beheaded) et sur le plateau environnant. De ce camp retranché, il dominait toute la vallée et surveillait tout le pays environnant. Il reçut, peu de jours après, au milieu de ses troupes, le serment de fidélité des habitants de La Roque Gageac et de leur suzerain (=overlord) Hélie de Union, abbé de St. Sauveur et chapelain du cardinal de Saint-Laurent (2) {B.N. fonds Perigord, LXX }. (11)

Il alla visiter a visité  ce vénérable abbé dans son monastère de Sarlat, où il était accueilli avec la plus grande joie. Tant de crimes étaient commis chaque jour dans ce pays sarladais, que l’arrivée des croisés fut regardée comme un bienfait (=blessing) du Ciel. (11)

L’abbé Hélie a fait visiter au chef de la croisade l’hôpital, où les victimes des Albigeois avaient été recueillies (=gathered) et soignées à ses frais. (11)  printed to P9- to here

A une demi-lieue de Domme, se trouvait une autre forteresse d’une puissance remarquable, qui s’appelait Montfort; le châtelain, Bernard de Cazenac, seigneur d’Aillac, de Montfort et de Castelnaud, avait épousé Alix de Turenne, sœur de Raymond III, vicomte de Turenne, et veuve de Guillaume de Gourdon. (11)

Bertrand de Gourdon, frère de Guillaume, et Raymond III de Turenne étaient restés fidèles à leur foi, tandis que Bernard et Alix, devenus hérétiques, mettaient, comme tous les parjures, une violence diabolique à la propagande de leurs erreurs (=and, like all perjurers, put a devilish violence propagating their errors).  (11)

La dame de Montfort, dont le troubadour Raymond Jordan, vicomte de St-Antonin, a bien souvent chanté la beauté, était la sœur de Maheut de Montignac, qui fut la dame aimée de Bertrand de Born. L’illustre troubadour d’Hautefort a comme Raymond Jordan, célébré dans des vers harmonieux les qualités d’Alix de Turenne –  dans une de ses chansons amoureuses, bien connue sous le nom de La domna soisseubuda (1){Poésies de Bertrand de Born, Thomas}., il a poétiquement vanté la douceur d’Alix. (11)

Mi donz n’Aelis deman / Son adreit parlar gaban : Quem do a mi donz ajuda / pois non er fada ni muda. [Trad.] => A madame Alix je demande / son doux parler spirituel / qu’elle m’accorde cette faveur / et ma dame ne sera ni folle ni muette. (11)

Mais  la chanson était composée en 1185, et nous sommes en 1214. Ces trente années ont singulièrement transformé le caractère de celle qui était alors la dame de Gourdon, et qui depuis est devenue dame de Cazenac et châtelaine de Montfort. Le moine Pierre de Vaux-Cernay, dans son Histoire des Albigeois, parle d’elle en ces termes. (2) {Histoire des Albigeois.} (11)

Le sire de Montfort et sa femme étaient les plus malfaisants seigneurs de la contrée ils volaient et pillaient les églises; ils dépouillaient les pèlerins (3); ils attaquaient les veuves et les orphelins ils mutilaient sans aucun motif les gens les plus paisibles, à tel point que, dans un monastère tenu par les moines noire, à Sarlat, nous avons pu voir cent cinquante hommes ou femmes, à qui l’on avait scié les mains ou les pieds, crevé les yeux ou coupé d’autres membres, sur les ordres du tyran de Montfort et de sa femme car la femme de ce maudit tyran, ayant elle-mème perdu toute compassion, faisait arracher les mamelles aux pauvres femmes, ou leur faisait enlever les doigts des mains pour les mettre dans l’impossibilité de gagner leur vie. (3) {De très nombreux pèlerins traversaient alors ce pays, allant de Cadouin à Rocamadour où on venait de découvrir le corps de Zachée.} (11)

Ainsi que le seigneur de Domme, Bernard de Cazenac n’osa pas affronter la justice du chef de la croisade. Il  a prit la fuite la desrobée et laissa sa maison vide et sans deffense (1). { Chronique du chanoine Tarde, p. 72.} (11)

Simon de Montfort, établi sur le plateau de Domme, chargeait l’évêque Guy de Carcassonne de faire raser sous ses yeux les tours et les remparts de Montfort.  C’était ce même évêque guerrier que nous avons déjà vu suivant, ainsi que Pierre de Vaux-Cernay, la première expédition des croisés en Périgord. Il se mit aussitôt en mesure d’exécuter l’ordre de Simon.

Les murs étaient tellement solides et les pierres étaient liées entr’elles par un ciment tellement parfait, qu’on ne pouvait pas procéder à la démolition aussi vite que le souhaitait le chef de la croisade. Il fallut de longs jours pour mener cè travail à bonne fin les croisés, qui en avaient été chargés, partaient le matin de Domme et revenaient tous les soirs au camp car l’armée était restée sur l’emplacement du château de Domme d’où s’exerçait plus utilement la garde du pays (2) {Pierre de Vaux-Cernay.}

Le château de Montfort fut donc ruiné de fond en comble par les croisés. Bernard de Cazenac a quitté momentanément le Périgord et il est allé a servir Raymond VI, comte de Toulouse.

La Chanson de la Croisade ne décrit pas le deuxieme lutte en Périgord mais il y a un mention de Bernard de Cazenac en Languedoc : Il arriva avec bonne compagnie et cœur vaillant pour défendre la ville et combattre avec ses défenseurs. Jamais vous ne vites son pareil pour la droiture, ni chevalier d’un mérite plus accompli. Il a sens et largesse et cœur d’empereur. Il dirige parage (tuerie)  et guide valeur (comportement digne ?) (3) {Chanson de la Croisade, v. 7688 et s. Ne pas oublier que l’auteur de la seconde partie de la chanson est ennemi acharné (=amer) de la croisade. »

Il servait encore dans les rangs des Albigeois lorsque Simon de Montfort a été tué fut tué sous les remparts de Toulouse  (4) {Chanson de la Croisade, v. 8599}.  Les cris de guerre qui s’étaient fait le plus souvent entendre pendant le siège étaient  Toulouse  Comminges  Cazenac  Creixel  Villemur

Bernard de Cazenac avait donc échappé par la fuite au châtiment que méritaient ses innombrables forfaits crimes énormes; mais le chef de la croisade le punit dans sa fortune et celle de sa race, en le dépouillant de ses fiefs de Montfort et d’Aillac, qui étaient donnés à Raymond III vicomte de Turenne, à la charge de servir une rente viagère (a life annuity) aux victimes de son beaufrère (1){Le comte de Gourgues. Le Saint Suaire de Cadouin, p. 253}.

Raymond III doit avoir reconstruit peu après, le château de Montfort, car au milieu des ruines fort intéressantes de ce puissant manoir, on distingue encore de très belles constructions du treizième siècle..Dans un acte de partage, daté de 1251, et parvenu jusqu’à nous, le vicomte de Turenne est décrit comme seigneur d’Aillac et de Montfort, qui sont restés dans cette même famille jusqu’a 1664 :  … 

La troisième forteresse du terrible albigeois, Castelnaud, située à une lieue en aval de Domme, est décrite par Pierre de Vaux-Cernay « Arche de Satan, arca Satanœ. » Cette place forte et bien munie, a été prise le lendemain et le comte de Montfort a décidé de la garder et y mettre une garnison, pour arrêter ceux qui voudraient susciter une révolte (2){ Chronique du chanoine Tarde}.  Mais il ne la garde pas longtemps. Bernard de Cazenac la reprit par surprise en 1215.  Castelnaud passe peu d’années après, par un mariage dans la famille de Caumont La Foree, qui l’a conservé jusqu’à la Révolution de 1789. Ses ruines imposantes et pittoresques, présentent encore des vestiges importants de la forteresse conquise par Simon de Montfort.

Au cours de cette seconde expédition des croisés en Périgord, Domme, Montfort et Caslelnaud ont été abandonnés sans résistance au  chef de la croisade, leurs chatelains avaient échappé par une fuite rapide au juste châtimment infligé sous les murs de Biron à Martin d’Algays.

Il avait auprès de Castelnau un quatrième chateau-fort assez puissant, qui s’appelait Baynac. Le seigneur était le pire de tous ;  il était » le plus terrible des routiers et le plus violent des oppresseurs d’églises. Notre comte lui a donné le choix entre ces deux propositions ou bien restituer dans le délai fixé par le comte et par les évêques tout le produit de ses nombreuses rapines, ou bien voir raser, les tours de sa forteresse.

Un delai de plusieurs jours lui a accordé pour lui permettre de fixer son choix.  A l’expiration du délai, le chàtelain de Baynac n’avait pas fait aucune restitution; Simon de Montfort pouvait aussitôt démolir ses remparts. Le tyran prétendit que sa forteresse devait être respectée, parce que, seul dans la province, il avait soutenu le roi de France contre le roi d’Angleterre. Le comte savait bien que son allégation était fausse et frivole et il ne voulut pas modifler ses ordres.  Alors le sire de Baynac portait ses plaintes devant le roi de France mais il ne pouvait pas rien obtenir (1) { Pierre de Vaux-Cernay}.

Une autre chronique dit : La fameuse tour, appelée des Sarrazins, été brûlée, malgré la reccommandation de Philippe-Auguste au comte de Montfort de ménager en la personne de Gaillard de Baynac l’allié du roi de France. (2){ Bib. nat fonds Périgord. Domme-Baynac}.

Il paraît assez vraisemblable que le roi de France intervenu en faveur du sire de Baynac; car, plus heureux que Martin d’Algays, Bernard de Cazenac et le seigneur de Domme, il pouvait conserver la chatellenie et la transmettre à ses héritiers naturels, qui la possèdent encore aujourd’hui.   (1) Chronique du chanoine Tarde, p. 72.  La puissante forteresse de Baynac est l’une des plus remarquables du Périgord par son style féodal, par son excellent état de conservation et par son style merveilleux.

Ces quatre chàteaux (Domme, Montfort, Castelnaud et Baynac avaient été la retraite de l’hérésie et tyrannie par l’espace de plusieurs ans mais après que les trois étaient rasés et la garnison laissée à Castelnaud, la paix et repos s’en suivirent, non seulement auxdétroit (strait = environs  sarladais, mais aussi en tout le Périgord et Quercy. (1){ Chronique du chanoine Tarde, p. 72.}

Simon de Montfort partit vers Rodez, en passant par Rocamadour, où il a arreté pour délibérer sur l’extirpation définitive des Albigeois et la répression des routiers (= mercenaires) (2) { Lettre pastorale de l’évêque de Cahors sur l’histoire de Rocamadour, p- 09}.

Cette étude a été faite d’après les documents contemporains publiés jusqu’à ce jour et notamment d’après la Chanson de la Croisade, la chronique de Guillaume de Puylaurens et l’histoire de la croisade par Pierre de Vaux. Cernay.

Depuis que Simon de Montfort « a rétabli la paix et repos en tout le Périgord et Quercy, » avec la sauvage énergie qui parfois a terni sa mémoire, d’autres guerres nationales ou civiles ont maintes fois ravagé les riches campagnes arrosées par la Dordogne.

Toutes ces transformations sociales ou politiques ont bouleversé le Périgord, en laissant subsister dans l’énergique langage du pays des souvenirs inconscients et cependant assez remarquables des quelques années pendant lesquelles l’albigéisme fut propagé parmi nos ancétres. Il n’est pas rare d’entendre encore dans nos campagnes les paysans jurer par ces deux blasphèmes manichéens Doublé Diou ou Millo Doublé.

Il est cependant très juste d’ajouter que l’hérésie n’a subsisté que sous cette forme peu dangereuse.

Nos populations n’ont méme pas, comme celles de Languedoc, gardé au fond du cœur une haine traditionnelle contre Simon de Montfort et sa croisade. Les deux expéditions faites par le célèbre capitaine au pays sarladais n’ont laissé dans les chroniques locales que des souvenirs confus.

Cette indulgence du Périgord pour le chef de la croisade des Albigeois nous paraît justifiée; car les représailles rigoureuses exercées par les croisés contre les hérétiques n’ont ordinairement frappé que des traîtres odieux ou des tyrans bien dignes des plus cruels supplices. Elles ont toujours porté sur les plus puissants parmi les coupables. La croisade a livré d’une bien redoutable persécution les monastères, les églises, les chatelains paisibles, les bourgeois et le menu peuple, bien souvent victimes des cruautés atroces de ces Albigeois.

Les historiens modernes reviennent presque tous aujourd’hui sur l’appréciation défavorable à Simon de Montfort qui longtemps a prévalu (=prevailed) dans l’Université de France.

Le jugement définitif à porter sur la croisade des Albigeois nous parait être parfaitement rendu dans cette phrase de l’Hislôire de l’Europe, par Lavisse et Rambaud :  Organisés en sociétés secrètes, les Albigeois en vinrent aux pires excès. Des évêques furent expulsés de leur siège, des abbés chassés de leurs monastères, des prêtres égorgés. Les progrès de l’hérésie  devinrent inquiétants (1) { Histoire générale de l’Europe, i. II, p. 272.}

Un jour viendra bientôt où Simon de Montfort, mieux connu, sera, malgré quelques incontestables abus de la force, regardé par tous les hommes de bonne foi comme un grand capitaine et comme un grand chrétien.

P.S.  Chateau de Fenelon
L’hérésie s’étend dans le Périgord tandis que les seigneurs de Fénelon épousent ce nouveau dogme. En 1208 le pape innocent III lance la croisade contre les cathares dont Simon de Montfort prend la tête. Assez curieusement Fénelon passe à travers les mailles du filet dans un premier temps et, au début de l’inquisition, en 1233, le château de Fénelon est le dernier refuge des “Parfaits”. mais cette situation ne pouvait durer, les inquisiteurs qui siègent à Gourdon traduisent devant leur tribunal le seigneur Amalvin de Fénelon et son épouse Lucie, ils sont alors condamnés pour avoir accueilli et adoré des “Parfaits” et participé à leur culte. Obligés d’abjurer leurs fautes pour échapper à le sentence fatale, ils doivent partir en pèlerinage a Constantinople avec obligation d’y résider trois ans et de porter , en signe de pénitence , l’emblème de la croix cousu sur leurs vêtements.
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Bibliographie :

Des textes médiévaux :
1.  * La Chanson de la croisade albigeoise ou Canso de la Crosada ;
Chanson de geste de 9 578 vers composée en occitan. La première partie de 130 laisses est l’œuvre de Guillaume de Tudèle, troubadour navarrais. Installé à Montauban, il commence son récit en 1210 et le complète au fil des évènements. Bien renseigné, il est proche de Baudouin de Toulouse et favorable aux croisés. Il cesse d’écrire en 1214. Son continuateur est resté anonyme. Il est au contraire adversaire des croisés. Il retrace les grands épisodes de 1213 à 1218. Son style éloquent et passionné est d’une qualité poétique incontestée.
2  * Histoire de l’hérésie albigeoise de Pierre des Vaux de Cernay ;
La chronique est écrite en latin. Pierre, qui a participé à la quatrième croisade (1202-1204), rejoint son oncle Guy des Vaux-de-Cernay devenu évêque de Carcassonne en 1212. Il assiste au parlement de Pamiers et au concile de Lavaur, mais n’est pas témoin de la bataille de Muret. Il rejoint Simon IV de Montfort en avril 1214 et suit l’armée des croisés. On perd sa trace après 1218. Il est considéré comme l’hagiographe officiel de la croisade.  Pierre est le chroniqueur de L’Historia Albigensis qui fera une bien triste réputation à Bernard de Casnac seigneur périgordin de Castelnaud, Domme et Aillac.
3  * La Chronique de Guillaume de Puylaurens.
Né vers 1200, Guillaume est au service de l’évêque de Toulouse Foulques en 1228. Il reçoit la cure de Puylaurens. Il s’est certainement inspiré de Pierre des Vaux-de-Cernay, qu’il complète par ses propres souvenirs de jeunesse et la consultation des obituaires et des textes officiels. Son ton est plus modéré que celui de son prédécesseur. Par ses qualités historiques, la chronique de Guillaume de Puylaurens est un texte essentiel non seulement de l’histoire « albigeoise » ou française, mais aussi de l’histoire européenne. Traduit, présenté et annoté par Jean DUVERNOY.

Des textes modernes :

11.   R. de Boysson, Les deux expéditions de Simon de Montfort en Sarladais (p. 357-367 B.N.F.)  Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord,  1900
12.   Jean-Jacques Despont : – Eglise, hérésie et catharisme en Périgord au Moyen-Age, n° 14, 1983, p. 4-7.   La Société d’Art et d’Histoire de Sarlat et du Périgord Noir – SAHSPN

13.  Richard BordesLes cathares en Périgord Agenais et leurs rapports avec les cisterciens.      XVIII ° Colloque 2011 “Cadouin et l’hérésie cathare”

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