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Renoir

Auguste Renoir peintre (1841 – 1919)

Pierre-Auguste Renoir dit Auguste Renoir, né le 25 février 1841 à Limoges (Haute-Vienne) et mort le 3 décembre 1919 au domaine des Collettes à Cagnes-sur-Mer, est l’un des plus célèbres peintres français.

Membre à part entière du groupe impressionniste, il évolue dans les années 1880 vers un style plus réaliste sous l’influence de Raphaël2. Il a été peintre de nus, de portraits, paysages, marines, natures mortes et scènes de genre. Il a aussi été pastelliste, graveur, lithographe, sculpteur et dessinateur.

Peintre figuratif plus intéressé par la peinture de portraits et de nus féminins que par celle des paysages, il a élaboré une façon de peindre originale, qui transcende ses premières influences (Fragonard, Courbet, Monet, puis la fresque italienne). Pendant environ soixante ans, le peintre estime avoir réalisé à peu près quatre mille tableaux.

Enfance et premiers apprentissages

Pierre-Auguste Renoir, dit Auguste Renoir, naît à Limoges en 1841. Son père, Léonard Renoir est tailleur, sa mère, Marguerite est couturière. La famille vit alors assez pauvrement. En 1844, la famille Renoir quitte Limoges pour Paris, où le père espère améliorer sa situation. Ils s’installent au 16 rue de la Bibliothèque mais doivent déménager en 1855 au 23 rue d’Argenteuil. Pierre-Auguste y suit sa scolarité.

À l’âge de 13 ans, il entre comme apprenti à l’atelier de porcelaine Lévy Frères & Compagnie pour y faire la décoration des pièces. Dans le même temps, il fréquente les cours du soir de l’École de dessin et d’arts décoratifs jusqu’en 1862. À cette période, il suit des cours de musique avec Charles Gounod qui remarque cet élève intelligent et doué.

Débuts dans la peinture

En 1858 à l’âge de 17 ans, pour gagner sa vie, il peint des éventails et colorie des armoiries pour son frère Henri, graveur en héraldique. En 1862, Renoir réussit le concours d’entrée à l’École des beaux-arts de Paris et entre dans l’atelier de Charles Gleyre, où il rencontre Claude Monet, Frédéric Bazille et Alfred Sisley. Une solide amitié se noue entre les quatre jeunes gens qui vont souvent peindre en plein air dans la forêt de Fontainebleau.   Voir :  https://fr.wikipedia.org/wiki/Auguste_Renoir

A partir de 1864, il expose ses premières toiles aux Salons officiels puis participera au Salon des Impressionnistes en 1874 en présentant son tableau, “Le Bal du moulin de la Galette”. Changeant plus ou moins de style à chaque décennie, s’approchant puis s’éloignant des Impressionnistes, Renoir connaît le succès à partir des années 1890, alternant portraits, nus et natures mortes. Jusqu’à sa mort en 1919, Auguste Renoir a continué de peindre malgré des crises de rhumatismes articulaires qui lui déformaient de plus en plus le corps et le paralysaient.       voir :  https://www.radiofrance.fr/personnes/auguste-renoir?p=2

Video :    https://www.youtube.com/watch?v=XMa9-u7-izU

Audio :  https://www.radiofrance.fr/franceculture/jean-renoir-si-l-on-pouvait-caracteriser-auguste-renoir-il-faudrait-employer-le-mot-de-pudeur-4936829

https://www.rivagedeboheme.fr/pages/arts/peinture-19e-siecle/auguste-renoir.html

 

 

 

Marguerite Duras et L’Indochine

L’INDOCHINE DANS L’ŒUVRE DE MARGUERITE DURAS

0 . . . Une Introduction :

0.1 L’Indochine Francaise était composée des trois pays qui s’appellent aujourd’hui le Vietnam, le Cambodge et le Laos.  Marguerite Duras est née la-bas, partant pour la France à l’âge de 18 ans. Après ses études universitaires à Paris, elle est employée par le ministère des colonies.

0.2 – Dans son œuvre textuelle, on trouve bien sûr de la fiction littéraire mais aussi un livre contenant de la propagande officielle.  Ce dernier s’appelle L’Empire français, un livre de 230 pages écrit par Marguerite Duras en collaboration avec Philippe Roques et publié en ‘40.  Cet ouvrage a été commandé par le ministère des Colonies, et contient le discours colonialiste officiel de l’époque.  L’objectif du texte était “d’apprendre aux Français qu’ils disposaient d’un immense domaine outre-mer”.  Aussi, face à la menace d’une invasion allemande, la France possédait dans les colonies des “forces jeunes et fraîches”.  Des années plus tard, Duras elle-même dénoncera ce livre comme “une erreur de jeunesse “.

0.3 -Ses textes de fiction qui se rapportent à l’Indochine, se composent principalement de trois livres : Un Barrage contre le Pacifique (1950), L’Amant (‘84) et L’Amant de la Chine du Nord (‘91). Dans ce “Cycle indochinois”, on raconte trois fois la vie d’une famille pauvre de colons français à l’apogée de l’empire c.1930.   La géographie, la campagne, la ville et les villages, les forêts et les montagnes, les océans et les rivières, le climat, les moyens de transport et la société coloniale de l’Indochine constituent le cadre du drame familial.   Quelle représentation de l’Indochine coloniale d’avant-guerre est constituée par ces textes ?   Et quels contrastes entre le livre de la propagande officielle de l’Empire français et les œuvres de fiction ?

0.4 – L’Indochine française, est une construction de la puissance coloniale française. Cette vaste zone de 740 000 km carrés située entre l’Inde et la Chine était une société multi-ethnique, avec beaucoup de formations politiques précoloniales, qui était depuis longtemps sous l’influence de la Chine.  Ainsi, avec l’affixe “français” disparaît toute trace symbolique des civilisations précoloniales.

1 . . .  l’Empire Français :

1.1 – Dans la propagande de l’Agence générale des colonies, on retrouvera un présentation séduisante de l’œuvre coloniale, comme L’Empire français de Marguerite Duras et Philippe Roques. Mlle Duras est appelée en ‘39 par le ministre Georges Mandel pour écrire l’Empire Français.  Duras s’engage dans cette tâche en collaboration avec son supérieur Philippe Roques, qui corrige et réécrit.  On peut se demander dans quelle mesure le contenu pro-colonial de  ce livre correspond aux convictions personnelles de Duras.   Dans le chapitre consacré à “L’Indochine, carrefour des peuples”, plusieurs motifs thématiques et éléments géographiques évoqués avec admiration dans ce chapitre reviendront dans son roman “Le Barrage .. ” avec des connotations bien différentes.

1.2 – Quelle est donc la représentation de l’Indochine, ce pays que Duras connaît bien depuis son enfance ?   Le ton de ce chapitre est nettement plus créatif et admiratif que les chapitres précédents, qui traitent d’autres parties de l’Empire français. La géographie, les habitants et les villes de la péninsule sont décrits dans un langage, inspiré par “sa position admirable au centre de la mer de Chine et, au-delà, sur le Pacifique, […] ” Les mots faisant référence aux grands fleuves indiquent la beauté et la violence de ces voies d’eau.  Les grandes plaines fertiles ont toujours attiré “les marées du genre humain”. Les crues fréquents fertilisent le sol, et toutes les matériaux que le fleuve se déposent se transforment en terre fertile. Cependant, pour rendre pleinement cultivables les terres salées du Cambodge, proches de la mer, il faudra “attendre quelques centaines d’années”.  C’est la réalité bien connue de Marguerite car elle a été élevée là-bas pendant quelques années.

1.3 – Les populations ont également été décrites : l’Annamite, qui vivait au Vietnam du nord, avait le goût de la vie sédentaire, calme et assuré, une vie de fonctionnaire lui convient bien. Il laisse le monopole du commerce aux Chinois. Le paysan annamite est conservateur, bon travailleur et épargne l’argent qu’il gagne. Longtemps sous l’influence de la culture chinoise, les Annamites ont hérité du goût de la musique, de la belle littérature et des mots éloquents. Il ne fait donc aucun doute que la place de l’Annamite est au sommet de l’échelle des races indigènes. Les Cambodgiens manquent de culture intellectuelle, mais ils sont passionnés de musique et de danse.  Leurs villages sont pauvres et paisibles comme les habitants. Les Laotiens sont insouciants et indolents, gais et hospitaliers.  Derrière cette description de la passivité des Indochinois, on reconnaît la stratégie d’un discours colonial visant à justifier la nécessité de guider, protéger et civiliser ces peuples colonisés.

1.4 – Saigon, ville de grande importance dans les romans du ” cycle indochinois “, n’est décrite dans l’Empire que par quelques détails : “Construite sur une vaste échelle, composée de villas et de jardins, entrecoupée de larges avenues rectilignes. Cholon, banlieue de Saigon, “véritable ville dans la ville, peuplée de 150 000 Chinois” est présentée comme un site touristique attractif avec ses “immeubles-restaurants”, création de la Chine moderne, ses boutiques de soie et de jade, le vacarme de ses rues et ses fêtes nocturnes.”

1.5 – Duras décrit l’Indochine comme “la plus belle des colonies françaises”.  Tout en faisant l’éloge de l’œuvre coloniale de la France en Indochine, elle omet de mentionner que les années ‘30 ont été une période turbulente dans la colonie.  Cette période a été marquée par des mouvements nationalistes, des manifestations paysannes, des châtiments brutaux infligés aux insurgés, la répression des étudiants vietnamiens, le communisme naissant et de mauvaises récoltes de riz, même la famine.

1.6 – Comment comprendre que Duras ait voulu collaborer au projet de propagande du ministre des Colonies.  Il faut se rappeler qu’elle avait 25 ans à l’époque, et qu’elle a reçu son éducation formatrice dans les écoles françaises d’Indochine. Cette commande était aussi un moyen de subsistance, un tremplin pour l’avenir, peut-être, à une époque où il n’était pas facile de trouver du travail.

 

2 . . . Un barrage contre le Pacifique :

2.1 – Le “Cycle indochinois” est souvent lu comme un récit autobiographique de l’adolescence de Marguerite Duras en Indochine. Cependant, le nom de la protagoniste est Suzanne, et non Marguerite, la mère du livre meurt à la fin, mais la mère de Marguerite est restée en vie.  Il y a un ou deux frères dans les livres et les noms changent.  Il est mieux de lire les livres comme des romans.

2.2 – Duras a commencé à écrire Un barrage en ‘47.  C’est l’année de la décolonisation de l’Inde et, en Indochine, les nationalistes en Vietnam sont en guerre contre la France depuis ‘46. La France veut rester une puissance coloniale.  Marguerite Duras, qui a participé à la Résistance française, était toujours membre du parti communiste.  Même lorsqu’elle a quitté le parti plus tard, elle a déclaré : “Je reste profondément communiste, je ne vois pas comment je pourrais être autrement ». Le Barrage est une violente dénonciation des effets et des abus de la colonisation en Indochine et contient des allusions à une possible future révolte des populations colonisées.

2.3 – Le livre raconte l’adolescence en Indochine coloniale d’une jeune Française, Suzanne, dans une famille composée de sa mère veuve et de son frère aîné, Joseph. Il est divisé en deux parties. L’action de la première partie se déroule dans la plaine de Kam au Cambodge, où la mère a acheté un terrain au cadastre français, près de la piste entre deux villes Ram et Kam, qui mène à la capitale, distante de huit cents kilomètres. La seconde partie est principalement située dans cette ville qui semble être Saigon, la capitale de la Cochinchine, un partie du Viet Nam aujourd’hui.  Le passage entre un milieu rural et un milieu urbain nous donne une perspective plus large sur cette colonie française.  Les personnages du livre rendent visible le régime colonial.

2.4 – Peu à peu, nous faisons connaissance avec la mère, Suzanne et Joseph, une famille qui appartient à cette strate surnommée « les petits blancs ».  Les parents de Suzanne ont cherché des postes d’enseignants en Indochine après avoir été séduits par la propagande coloniale – comme celle à laquelle Duras elle-même avait contribué.  La famille vit dans une plaine de marais salants au Cambodge, au bord de la mer de Chine, qui fait partie de l’océan Pacifique.    La mère avait acheté le terrain aux autorités coloniales pour y planter du riz.  Comme elle n’a pas payé de pot-de-vin, personne ne lui a dit qu’elle serait inondée d’eau salée chaque année.  Donc ses économies de dix ans se noyaient.

2.5 – Elle décide alors de construire un barrage pour bloquer l’océan.  Dans ce projet insensé d’arrêter les vagues de l’océan afin d’obtenir des terres cultivables pour elle-même et les paysans de la plaine, la mère se révèle séduite par l’idée coloniale de la mission civilisatrice. Elle avait prêché aux paysans que “tout le monde serait riche, ou presque. Les enfants ne mourraient plus. Nous aurions des médecins » .   En fait, lorsque les barrages se sont effondrés, les paysans sont retournés à leurs villages et à leur passivité.   Les enfants avaient continué à mourir de faim.    Ces enfants étaient comme les pluies, les fruits, les inondations. Ils arrivaient chaque année, par marée régulière, ou comme la récolte.  Cela se passait régulièrement, à un rythme végétal.  Un grand nombre mouraient chaque année, surtout du choléra.

2.6 – La seule solution que la mère imagine pour elle et ses deux enfants est de trouver un riche mari pour Suzanne. Et ce nouveau projet sera baser sur un certain M. Joe.  Suzanne a dix-sept ans, son frère est un peu plus âgé qu’elle. Ils s’ennuient dans cette plaine, et décident d’aller à Ram dans la vieille Citroën de Joseph.  Le texte de Marguerite Duras fait passer le lecteur de la plaine à cette petite ville coloniale endormie où le père Bart sert le pernod aux officiers de marine et aux trois fonctionnaires des postes. Le père Bart était devenu riche et obèse, en buvant et en faisant de la contrebande.  Il avait adopté un enfant de la plaine qui l’aidait à la cantine. Sa contrebande est devenue ” légale ” car ” cette action généreuse lui assurait une parfaite tranquillité dans son activité de contrebande “.

2.7 – Ils rencontrent M. Joe à Ram, avec sa magnifique limousine et son diamant.  M. Joe, est le fils unique d’un riche spéculateur immobilier et planteur de (rubber) caoutchouc, qui a fait sa fortune en Indochine. M. Joe s’intéresse à Suzanne, qui est intéressée un peu. La mère voit en lui le riche mari, qu’elle espère pour sa fille et pour ses finances.   M. Joe apporte trois bagues en diamant au bungalow, Suzanne en choisit une que M. Joe veut bien laisser là, comme appât. La mère rêve toujours d’un mariage avec M. Joe pour sa fille, un mariage impossible, selon le père de M. Joe, car le père pense que sa fortune exige une femme riche pour son fils.

2.8 – La famille représente les colonisateurs qui n’ont pas trouvé la fortune promise par la propagande coloniale. Pourtant, la mère présente une image du colonisateur idéal, du bâtisseur colonial – en elle, deux des trois éléments du discours colonial de Jules Ferry sont réunis : la vision économique du développement et la vision humanitaire et civilísatrice.  Elle marche devant les paysans sans tenir compte de leur expérience ou de leur voix. En tant qu’institutrice d’enfants indigènes, elle leur inculque la culture du colonisateur. Néanmoins, tout en regardant les paysans comme des masses d’hommes anonymes et passifs, elle réalise que leur misère leur avait donné l’habitude d’une passivité, qui était leur seule défense face à leurs enfants affamés ou à leurs récoltes brûlées par le sel.

2.9 – Il y a une forte ambiguïté dans la situation et le comportement de la mère. Elle est à la fois dominée et dominante. Elle a enfin compris que sa misère venait des crimes et de la corruption de l’administration coloniale et elle explique même aux paysans comment l’exploitation forcée de leurs terres a profité aux Chinois et aux Blancs. Mais les concessions vendues aux colons blancs, et donc à la mère, étaient aussi le résultat de l’expropriation des terres indigènes. La richesse rêvée de la mère reposait également sur l’accès à une main-d’œuvre indigène abondante.

2.10 – La mère avait pris un caporal sourd et sa femme avec elle par pitié, et pour tous les services qu’ils lui rendaient. La grande joie du caporal était de servir comme radiateur et comme phare sur la Citroën de Joseph.  L’histoire du caporal et de sa femme illustre la réalité de la construction du réseau routier en Indochine comme l’une des manifestations du développement de la colonie.  Le caporal avait travaillé pendant six ans sur la piste de Ram à Kam.   Il avait été battu et enchaîné et sa femme qui l’avait suivi avait été violée.

2.11 – Lorsque le projet de marier Suzanne à M. Joe n’a pas abouti, ils sont tout de même très heureux d’avoir son diamant. Pour Suzanne, le diamant signifie le succes de son rêve d’échapper des plaines et d’aller à la grand ville.   Là, Suzanne va se promener, toute seule, libre et sans la surveillance de sa mère. C’est au cours de ces promenades qu’elle prend conscience de sa place dans la société coloniale en tant que femme blanche, jeune et pauvre. C’est à travers ses observations de l‘urbanisme colonial qu’elle prend conscience d’un monde colonial et patriarcal divisé selon des critères de race, de classe et de sexe.

2.12 – Le narrateur nous invite à découvrir avec Suzanne la grande ville aménagée selon l’idéologie coloniale du début du 20e siècle.  La séparation raciale entre Blancs et indigènes est “comme dans toutes les villes coloniales”, tout comme la division en différents quartiers pour les Blancs très riches et les moins riches.   Dans la ville, Suzanne se regarde à travers les yeux des Blancs du quartier supérieur.  Elle a l’air indigne, un regard qui semble dire « d’où vient cette malheureuse, égarée sur nos trottoirs » ?  Elle n’avait pas le droit de marcher sur les trottoirs du haut quartier.

2.13 – Retour à la plaine et à la lettre au cadastre :  Avec l’argent obtenu grâce au diamant, la mère se rend à la banque pour payer une partie de ses dettes, et pour demander un nouveau prêt.  Ses demandes sont refusées par les banques.  Après le retour, elle prend de plus en plus de pilules et dort presque toute la journée.

2.14 – Une nuit, elle commence à écrire une dernière lettre à l’agent du cadastre de Kam. La lettre est donnée à Joseph pour qu’il l’envoie.  Joseph l’a fait lire à Suzanne.  Dans la lettre, elle demande à nouveau une concession définitive des cinq hectares cultivables qui entourent son bungalow, le reste de la concession étant incultivable à cause des marées salines annuelles. Elle répète qu’elle sait que, déjà avant elle, quatre pauvres qui n’avaient pas les moyens de corrompre le cadastre, ont payé cher la concession incultivable qu’ils ont dû quitter. La mère ne se voit pas seule :  elle a écrit ” Je vous dirai toujours ce que vous m’avez fait, ce que vous faites tous les jours aux autres”.

2.15 – Puis, dans un élan presque révolutionnaire, elle menace d’utiliser les paysans comme témoins. Elle expliquera aux paysans “la vérité” de la mort de leurs enfants : « Pourquoi il n’y a pas de médecin, pas de poste de santé ?  Pas une seule vaccination ?”  La vérité ferait réagir des centaines de paysans et “j’en connais qui se frottent les mains par anticipation à l’idée qu’un jour d’inspection ils pourraient vous tuer, vous les trois agents de Kam”.  C’est le spectre de la révolution que la mère évoque lorsqu’elle lance son “J’accuse” et sème le doute sur la réalité de l’idéologie coloniale de la France. Mais la lettre n’a jamais été envoyée.

  1. Postscript.

3.1 – Pour finir – un mot de Marguerite Duras : Moi, je n’ai pas de pays natal ; ..mais le pays où j’ai vécu c’est l’horreur. C’était le colonialisme …

3.2 – Finalement un mention de les deux autres livres de la Cycle Indochinois:   Même si dans L’Amant et dans L’Amant de la Chine du Nord le cadre principal de l’action est encore l’Indochine coloniale des années ’30 on n’y trouve pas, comme dans Un Barrage contre le Pacifique, une critique explicite et virulente du système colonial. Si le colonialisme dans Un barrage contre le Pacifique est vu à travers une perspective de classe dans une interprétation marxiste, L’Amant et L’Amant de la Chine du Nord montrent la colonie dans une autre optique. La relation amoureuse de la jeune fille française avec un Chinois est étudiée comme une transgression des convenances sociales, morales et raciales.

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  1. Addendum – un bilan

4.1 La représentation de l’Indochine française dans Un barrage contre le Pacifique.

Marguerite Duras quitte l’Indochine, son pays d’enfance et d’adolescence, en ‘31 pour s’installer en France. En ‘47 elle se met à écrire Un Barrage qui paraît en ‘50, vingt ans après avoir quitté l’Indochine pour ne jamais y retourner.  L’éloignement – géographique, temporel et mémoriel – l’expérience de la guerre et son engagement politique dans le Parti communiste ont certainement influencé sa représentation de la colonie.

4.2 – En ‘47 Jean-Paul Sartre proclame sa foi en une « littérature engagée ». Duras a côtoyé le milieu de Sartre et de Beauvoir sans nouer de liens très amicaux avec ces derniers, mais on peut croire que la théorie de la littérature engagée a influencé Duras comme bien d’autres intellectuels.

4.3 – Le poste d’attente de Suzanne à l’ombre du pont près de la piste dans la plaine est  « stratégique » et politique : de là elle observe l’oppression coloniale d’en bas, de là elle observe les enfants de la plaine se noyer dans l’eau boueuse, jouer et mourir de faim, de maladies, ou être écrasés par les automobiles des Blancs sur la piste. De là elle entend la mère hurler ses accusations contre la corruption des représentants de l’Administration coloniale, de là elle observe la mère dans ses efforts de construire des barrages contre l’océan, de là elle observe Joseph et ses efforts de sauver le cheval moribond qui était son espoir d’établir un système de transport.   Et c’est aussi là qu’elle lit la lettre de la mère à l’Agent du cadastre, une lettre qui est une dénonciation des promesses fausses des affiches coloniales et de toute la rhétorique coloniale de mission civilisatrice et de progrès pour la population colonisée.

4.4 – Suzanne ne pas vu d’autre moyen de sortir de la plaine que de trouver un mari – mais même dans cette colonie avec une petite minorité de blancs, l’homme blanc et riche ne peut pas se marier avec une fille pauvre.  Con meme, avec le diamant, la famille part à la ville pour le vendre, et Suzanne est libre à quitter son poste d’attente dans la plaine et découvrir la ville coloniale. Dans ces promenades elle découvre les conventions et les exclusions inhérentes à la colonisation – classe, race et sexe sont les dimensions qui déterminent sa place dans la colonie.

4.5 – C’est par la voix d’un Joseph agitateur que semble venir une sortie de ces cercles : la révolution. Joseph assume à la fin du roman un rôle » proto-revolutionnaire » en exhortant les paysans à la révolte contre les agents du cadastre. Même si le livre ne peut donner aucune allusion à la guerre d’indépendance des années ‘50, le geste de Joseph en est tout de même un présage. Dans Un Barrage, l’Indochine, la plus belle des colonies françaises, est une colonie moribonde et décadente. Les Blancs de la ville sont dépeints dans un état de décadence physique et morale, bien loin de l’idéal. L’image de l’Indochine dans Un Barrage est un contraste de l’image d’Eden présentée par les affiches de propagande coloniale.

4.6 – La mise en valeur des territoires colonisés et la mission civilisatrice motivent la mère, bien qu’elle soit située au plus bas de la hiérarchie des colonisateurs. L’achat de la concession est fait dans le double but d’enrichir sa famille et de distribuer une partie du profit aux paysans en établissant une sorte de ferme coopérative. Le visage « humanitaire » de la mère voile tout de même l’inégale relation entre la mère qui, pareille à un chef d’entreprise capitaliste et paternaliste, dirige la masse des paysans indigènes.

4.7 – Dans L’Empire Français les paysans sont caractérisés par leur passivité, leur indolence, leur calme et leur insouciance. Ces stéréotypies et traces de préjudice racial du discours colonial sont retenus dans Un Barrage:  D’abord parce que depuis des millénaires que la mer envahissait la plaine ils n’auraient jamais imaginé qu’on pût l’empêcher. Leur misère leur avait donne aussi, l’habitude d’une passivité.

4.8 – Cependant, c’est aux paysans indigènes que Joseph, avant de partir de la concession et en leur laissant ses fusils, propose le rôle de révolutionnaires en leur incitant à assassiner les agents du cadastre. Une allusion à une révolte future par les centaines de milliers d’indigènes travaillant dans les plantations à caoutchouc au profit des colonisateurs blancs est transparente dans le passage suivant :  Le latex coulait. Le sang aussi. Le sang se perdait. Mais le latex seul était précieux, recueilli,  et, recueilli, payait. Le sang se perdait.

4.9 – De ‘47 à ‘50 qui est la période d’écriture d’Un Barrage contre le Pacifique, Duras était encore membre du Parti communiste. Son intérêt pour l’analyse marxiste transparaît dans le portrait de l’Indochine et du système colonial, avec la division et la ségrégation raciale entre colonisateurs et colonisés, l’existence d’une classe de petits colons blancs méprisés, l’oppression, l’exploitation et la misère des paysans et des travailleurs indigènes.

On pourrait aussi lire Un Barrage comme une façon de s’excuser pour la propagande coloniale exprimée par l’auteur dans L’Empire Français.

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J’utilisait un thèse de Bodil Prestegaard pour aborder et inspirer cette exposé pour un groupe d’étude de retraités.

Les autres ressources utilisées comprennent :

 

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Moi, je n’ai pas de pays natal ; je ne reconnais rien ici autour de moi, mais le pays où j’ai vécu c’est l’horreur. C’était le colonialisme et tout ça, hein ?
Marguerite Duras dans Les Parleuses (1974:136)

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Je suis quelqu’un qui ne sera jamais revenu dans son pays natal », dit Marguerite Duras dans La Vie matérielle

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Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’un article paru fin mars 2009 dans Le Monde informe qu’en 2009 « A Prey Nup, un système de digues, de vannes et de canaux permet de réguler l’irrigation et de bloquer l’eau de la mer. La mère de Marguerite Duras en avait rêvé. Dans le sud du Cambodge, les polders de Prey Nup sont désormais convertis en rizières. » Dix ans d’efforts conjoints entre des ONG françaises, les pouvoirs publiques cambodgiens et l’Agence française de développement ont abouti à ce développement – mais »La réussite des polders de Prey Nup, c’est que les gens peuvent se gérer eux-mêmes, en coopération. Le grand pari, c’est que ça dure.». « Voilà comment les barrages contre le Pacifique sont en train de devenir une réalité, pas loin d’un siècle après avoir été’ le rêve fou’ d’une institutrice éprise de justice et de revanche sociale »

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Quelques Airs Irlandais

EASTER SNOW
Source: Stanford/Petrie – Complete Collection, No. 1123 (1905)

The air : Easter Snow may have been composed by blind piper, Jimmy Fallon from Dysart in south Roscommon around the end of the 1800s. Caoimhin Mac Aoidh explains the title is an English version of the Gaelic place-name Diseart Nuadhain (St.Nuadhan’s hermitage or church). Although it should be said that the term is also used for the Hawthorn blossom that whitens the hedges in late spring.

The lyrics : “Eastersnowe” here is of unknown origin and age but was a favourite of the late Florry Brennan of Lanesboro, who got it from Seamus Ennis, who collected the tune from the Donegal traveller fiddlers, the Gallaghers.

Eastersnowe
In the twilight of the morning as I roved out upon the dew,
With my morning cloak around me intending all of my flocks to view.
‘Twas there I spied a fair one and oh, she was a beauty bright,
And I took her for Diana or the evening star that rules the night.



Mareka Naito 内藤希花 (fiddle)
Junji Shirota 城田純二 (guitar)


The Mountains of Pomeroy

Dr George Sigerson (1836-1925), a physician, scientist, writer and poet from Co Tyrone, wrote words to the tune, and they were published in 1869 in The Harp of Erin: A Book of Ballad-Poetry and of Native Song (p.229). The poem cites “The Mountains of Pomeroy” as the melody, so it is reasonable to assume that the tune existed under that name before Sigerson wrote words to it.


The morn was breaking bright and fair
The lark sang in the sky
When the maid, she bound her golden hair
With a blithe glance in her eye
For, who beyond the gay green-wood
Was a-waiting her with joy
Oh, who but her gallant Renardine
On the mountains of Pomeroy –>>

Harp: Mareka Naito
guitar: Junji Shirota

CHORUS
An outlawed man in a land forlorn
He scorned to turn and fly
But kept the cause of freedom safe
Up on the mountains high . . .


Kitty O’Neil’s

Kitty O’Neil (1855 – April 16, 1893) was one of the most celebrated American variety theatre dancers of the late 19th century. From around 1863 until 1892, she performed in New York City, Boston and elsewhere in the United States, and at her death was acclaimed by The New York Times as “the best female jig dancer in the world.” Kitty’s name is remembered today chiefly because of “Kitty O’Neil’s Champion,” a “sand jig” named in her honor that was first published in 1882 and revived starting in the 1970s by fiddler Tommy Peoples and other Irish traditional musicians. Here played as a barn dance, it is named “Kitty O’Shea’s” – should be “Kitty O’Neil’s”

Edel Fox, concertina — Niall Byrne, fiddle.


fiddle: Mareka Naito —  guitar: Junji Shirota


Little Bird

Tim Edey …  playing  “Little Bird” – a tune, which he wrote for Irish Traditional accordeon player, Sharon Shannon.   Forefront productions produced this series in 2009 for RTE television in Ireland.  Tim Edey originally from Kent  is filmed live in Dingle, Co Kerry.


Little Bird · Sharon Shannon · Alan Connor In Galway
Provided to YouTube by The Orchard Enterprises
Music Publisher: Sharon Shannon/New Recordings