Camus L’étranger

L’Étranger est le premier roman d’Albert Camus, paru en 1942. Il prend place dans la tétralogie nommé « le cycle de l’absurde » qui décrit les fondements de sa philosophie. Cette tétralogie comprend également l’essai intitulé Le Mythe de Sisyphe ainsi que les pièces de théâtre Caligula et Le Malentendu. Ce roman, le plus lu en France, a été traduit en plus de soixante langues. C’est le troisième roman francophone le plus lu dans le monde, après Le Petit Prince de Saint-Exupéry et Vingt Mille Lieues sous les Mers de Jules Verne.

Résumé : http://salon-litteraire.linternaute.com/fr/

L’Étranger lu par Albert Camus

Épinglé par The Spinneur le 17 août 2017
Catégorie : Éducation

Première Partie
25:06 Chap. II
33:46 Chap. III
46:16 Chap. IV
54:40 Chap. V
1:03:13 Chap. VI
Deuxième Partie
1:21:57 Chap. I
1:33:59 Chap. II
1:48:18 Chap. III
2:11:34 Chap. IV
2:26:31 Chap. V

Le style :
L’usage quasi-systématique de la première personne du singulier, tout au long du roman, incite le lecteur à s’identifier au personnage. Le ton détaché de son monologue restitue le paysage mental de Meursault >>>

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Le premier roman de Camus a été traduit en anglais quatre fois. Dans la version naturalisante de Stuart Gilbert (1946), Meursault devient prolixe, moins aliéné. La version très britannique de Joseph Laredo (1982) est plus familière et fidèle à la lettre ; celle de Kate Griffith (1982) n’est pas fiable. Le poète Matthew Ward (1988) présente un Meursault taciturne et rend son aliénation plus évidente.

Les retraductions de L’Étranger révèlent que la version la plus contemporaine semble plus ouverte à l’altérité. Des exemples tirés des traductions et de l’original montrent que la retraduction contribue à rétablir le projet philosophique de Camus, porté par une prose concise et la parcimonie des dialogues.

Texte integral de cette article (2004): https://journals.openedition.org/palimpsestes/1583

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de http://www.anthropomada.com/bibliotheque/CAMUS-Letranger.pdf
Premiere partie Ch 1

Cela ne veut rien dire – that doesn’t mean anything
je pourrai veiller – I could watch or wake my mother
je n’aurais pas dû lui dire cela – I should not have said that to him
En somme, je n’avais pas à – In short, I did not have to apologise
une affaire classée et tout aura revêtu une allure plus officielle
a classified case and everything will have a more official look
Ils avaient tous beau coup de peine – they were all very upset
J’étais un peu étourdi – I was somewhat stunned
pour lui emprunter un brassard – to borrow from him an armband
ajouté aux cahots, . . que je me suis assoupi
added to the bumps. . that I fell asleep
il m’a serré la main .. comment la retirer.
he shook my hand .. how to remove it.
il me reprochait quelque chose –
he was reproaching me for something
Vous n’avez pas à vous justifier – You do not have to . .
Vous ne pouviez subvenir – you could not support (meet)
Il lui fallait une garde – for her was needed a carer
elle devait s’ennuyer avec vous – she must be bored with you
à me suivre des yeux – to watch me
Je me suis levé – I got up
ne pas impressionner les autres – to not affect the others
Chaque fois qu’un pensionnaire meurt – .. time a resident dies
les conversations reprenaient – the conversations were resuming
On aurait dit d’un jacassement assourdi de perruches
It seemed like a muffled chatter of parakeets
En principe – in theorie, normally
.. mère a, paraît-il, exprimé – mother has, it seems, expressed
n’avait jamais pensé de son vivant – never thought in her lifetime
recouverte d’une verrière – covered with a glass roof
chevalets – easels
recouverte de son couvercle – a bier covered with its lid
se détacher sur les planches passées au brou de noix –
– to stand out on the boards passed to the walnut husk
en sarrau / de couleur vive – in lab coat / brightly coloured
Il a bégayé un peu – He stammered a little
Il s’approchait de la bière – He was approaching the bier
Il s’est interrompu et j’étais gêné –
– He stopped and I was embarrassed
comme s’il s’informait – as if he were inquiring
Il avait de beaux yeux – He had beautiful eyes
et un teint un peu rouge – a slightly red complexion
C’est un chancre qu’elle a – It’s a chancre she has
sous les yeux un bandeau – was wearing a blindfold
. . me gênait – This presence in my back bothered me
bourdonnaient – were buzzing against the glass roof
le sommeil me gagner – sleep taking me over
en lui disant qu’il finirait concierge à l’asile –
– saying that he would end up as a caretaker of the asylum
on ne s’est pas fait à l’idée – we did not realize
.. courir derrière le corbillard – we must run behind the hearse
s’était excusé – he apologised
J’étais intervenu pour dire – I intervened to say
. . ce qu’il racontait juste – I found what he was saying right
il était entré comme indigent – he had entered as a pauper
Comme il se sentait valide, il s’était proposé pour cette place ..
– As he felt qualified, he applied for the position of concierge
J’avais déjà été frappé par la façon qu’il avait de dire “ils”
– I had already been struck by the way he had of saying “they”
la nuit s’était épaissie – the night had thickened
a tourné le commutateur et j’ai été aveuglé par l’éclaboussement
turned the switch and I was blinded by the sudden splash of light
Je n’ai plus beaucoup fait attention à lui –
– I did not pay much attention to him
Il a disposé des chaises – he arranged chairs
il a empilé des tasses – he piled cups
Il faisait doux – It was mild
Je crois que j’ai somnolé un peu – I think I dozed off a bit
C’est un frôlement – it was a rustling
D’avoir fermé les yeux – After having had my eyes closed
sans qu’aucune chaise grinçât – without any chair creaking
portaient un tablier – wore an apron
qui les serrait à la taille – held them tight around the waist
faisait encore ressortir leur ventre bombé –
made their big tummy bulge even more
à quel point – at what point
ont hoché la tête avec gêne – nodded the head embarrassed
les lèvres toutes mangées – their lips all sucked in
s’il s’agissait d’un tic – it was (a matter of) a tic
à dodeliner – balancer/secouer/remuer = swing/shake/stir
Ils étaient affaissés, mornes – They were slumped, dull
j’aurais voulu ne plus l’entendre – I would have liked
elle a secoué la tête – she shook her head
a bredouillé quelque chose – she mumbled something
il m’a renseigné – he informed me
Elle reniflait – She sniffed
Je n’avais plus sommeil – I did not sleep anymore
et les reins me faisaient mal – my kidneys hurt me.
À présent le silence m’était pénible – Now the silence pained me
quelques-uns des vieillards suçaient l’intérieur de leurs joues –
– some of the old men sucked the inside of their cheeks
et laissaient échapper ces clappements bizarres –
– and let these strange clicks escape
###########
9 dec
Nous avons tous pris du café, servi par le concierge. Ensuite, je ne
sais plus. La nuit a passé. Je me souviens qu’à un moment j’ai ouvert
les yeux et j’ai vu que les [21] vieillards dormaient tassés sur euxmêmes,
à l’exception d’un seul qui, le menton sur le dos de ses mains
agrippées à la canne, me regardait fixement comme s’il n’attendait
que mon réveil. Puis j’ai encore dormi. Je me suis réveillé parce que
j’avais de plus en plus mal aux reins. Le jour glissait sur la verrière.
Peu après, l’un des vieillards s’est réveillé et il a beaucoup toussé. Il
crachait dans un grand mouchoir à carreaux et chacun de ses crachats
était comme un arrachement. Il a réveillé les autres et le concierge a
dit qu’ils devraient partir. Ils se sont levés. Cette veille incommode
leur avait fait des visages de cendre. En sortant, et à mon grand étonnement,
ils m’ont tous serré la main – comme si cette nuit où nous
n’avions pas échangé un mot avait accru notre intimité.
J’étais fatigué. Le concierge m’a conduit chez lui et j’ai pu faire un
peu de toilette. J’ai encore pris du café au lait qui était très bon.
Quand je suis sorti, le jour était complètement levé. Au-dessus des
collines qui séparent Marengo de la mer, le ciel était plein de rougeurs.
Et le vent qui passait au-dessus d’elles apportait ici une odeur de sel.
C’était une belle journée qui se préparait. [22] Il y avait longtemps
que j’étais allé à la campagne et je sentais quel plaisir j’aurais pris à
me promener s’il n’y avait pas eu maman.
Mais j’ai attendu dans la cour, sous un platane. Je respirais l’odeur
de la terre fraîche et je n’avais plus sommeil. J’ai pensé aux collègues
du bureau. À cette heure, ils se levaient pour aller au travail : pour moi
c’était toujours l’heure la plus difficile. J’ai encore réfléchi un peu à
Albert Camus, L’étranger. Roman (1942) 16
ces choses, mais j’ai été distrait par une cloche qui sonnait à l’intérieur,
des bâtiments. Il y a eu du remue-ménage derrière les fenêtres,
puis tout s’est calmé. Le soleil était monté un peu plus dans le ciel : il
commençait à chauffer mes pieds. Le concierge a traversé la cour et
m’a dit que le directeur me demandait. Je suis allé dans son bureau. Il
m’a fait signer un certain nombre de pièces. J’ai vu qu’il était habillé
de noir avec un pantalon rayé. Il a pris le téléphone en main et il m’a
interpellé : « Les employés des pompes funèbres sont là depuis un moment.
Je vais leur demander de venir fermer la bière. Voulez-vous auparavant
voir votre mère une dernière fois ? » J’ai dit non. Il a ordonné
dans le téléphone en baissant la [23] voix : « Figeac, dites aux
hommes qu’ils peuvent aller. »
Ensuite il m’a dit qu’il assisterait à l’enterrement et je l’ai remercié.
Il s’est assis derrière son bureau, il a croisé ses petites jambes.
Il m’a averti que moi et lui serions seuls, avec l’infirmière de service.
En principe, les pensionnaires ne devaient pas assister aux enterrements.
Il les laissait seulement veiller : « C’est une question d’humanité
», a-t-il remarqué. Mais en l’espèce, il avait accordé l’autorisation
de suivre le convoi à un vieil ami de maman : « Thomas Pérez. » Ici, le
directeur a souri. Il m’a dit : « Vous comprenez, c’est un sentiment un
peu puéril. Mais lui et votre mère ne se quittaient guère. À l’asile, on
les plaisantait, on disait à Pérez : « C’est votre fiancée. » Lui riait. Ça
leur faisait plaisir. Et le fait est que la mort de Mme Meursault l’a
beaucoup affecté. Je n’ai pas cru devoir lui refuser l’autorisation.
Mais sur le conseil du médecin visiteur, je lui ai interdit la veillée
d’hier. »
Nous sommes restés silencieux assez longtemps. Le directeur s’est
levé et a regardé par la fenêtre de son bureau. À un moment, il a observé
: « Voilà déjà le curé [24] de Marengo. Il est en avance. » Il m’a
prévenu qu’il faudrait au moins trois quarts d’heure de marche pour
aller à l’église qui est au village même. Nous sommes descendus. Devant
le bâtiment, il y avait le curé et deux enfants de choeur. L’un de
ceux-ci tenait un encensoir et le prêtre se baissait vers lui pour régler
la longueur de la chaîne d’argent. Quand nous sommes arrivés, le prêAlbert
Camus, L’étranger. Roman (1942) 17
tre s’est relevé. Il m’a appelé « mon fils » et m’a dit quelques mots. Il
est entré ; je l’ai suivi.
J’ai vu d’un coup que les vis de la bière étaient enfoncées et qu’il y
avait quatre hommes noirs dans la pièce. J’ai entendu en même temps
le directeur me dire que la voiture attendait sur la route et le prêtre
commencer ses prières. À partir de ce moment, tout est allé très vite.
Les hommes se sont avancés vers la bière avec un drap. Le prêtre, ses
suivants, le directeur et moi-même sommes sortis. Devant la porte, il y
avait une dame que je ne connaissais pas : « M. Meursault », a dit le
directeur. Je n’ai pas entendu le nom de cette dame et j’ai compris
seulement qu’elle était infirmière déléguée. Elle a incliné sans un sourire
son visage osseux et long. Puis nous nous [25] sommes rangés pour
laisser passer le corps. Nous avons suivi les porteurs et nous sommes
sortis de l’asile. Devant la porte, il y avait la voiture. Vernie, oblongue
et brillante, elle faisait penser à un plumier. À côté d’elle, il y avait
l’ordonnateur, petit homme aux habits ridicules, et un vieillard à l’allure
empruntée. J’ai compris que c’était M. Pérez. Il avait un feutre
mou à la calotte ronde et aux ailes larges (il l’a ôté quand la bière a
passé la porte), un costume dont le pantalon tirebouchonnait sur les
souliers et un noeud d’étoffe noire trop petit pour sa chemise à grand
col blanc. Ses lèvres tremblaient au-dessous d’un nez truffé de points
noirs. Ses cheveux blancs assez fins laissaient passer de curieuses
oreilles ballantes et mal ourlées dont la couleur rouge sang dans ce
visage blafard me frappa. L’ordonnateur nous donna nos places. Le
curé marchait en avant, puis la voiture. Autour d’elle, les quatre hommes.
Derrière, le directeur, moi-même et, fermant la marche, l’infirmière
déléguée et M. Pérez.
Le ciel était déjà plein de soleil. Il commençait à peser sur la terre
et la chaleur augmentait rapidement. Je ne sais pas [26] pourquoi nous
avons attendu assez longtemps avant de nous mettre en marche.
J’avais chaud sous mes vêtements sombres. Le petit vieux, qui s’était
recouvert, a de nouveau ôté son chapeau. Je m’étais un peu tourné de
son côté, et je le regardais lorsque le directeur m’a parlé de lui. Il m’a
dit que souvent ma mère et M. Pérez allaient se promener le soir jusAlbert
Camus, L’étranger. Roman (1942) 18
qu’au village, accompagnés d’une infirmière. Je regardais la campagne
autour de moi. À travers les lignes de cyprès qui menaient aux collines
près du ciel, cette terre rousse et verte, ces maisons rares et bien
dessinées, je comprenais maman. Le soir, dans ce pays, devait être
comme une trêve mélancolique. Aujourd’hui, le soleil débordant qui faisait
tressaillir le paysage le rendait inhumain et déprimant.
Nous nous sommes mis en marche. C’est à ce moment que je me suis
aperçu que Pérez claudiquait légèrement. La voiture, peu à peu, prenait
de la vitesse et le vieillard perdait du terrain. L’un des hommes qui
entouraient la voiture s’était laissé dépasser aussi et marchait maintenant
à mon niveau. J’étais surpris de la rapidité avec laquelle le soleil
montait dans le ciel. [27] Je me suis aperçu qu’il y avait déjà longtemps
que la campagne bourdonnait du chant des insectes et de crépitements
d’herbe. La sueur coulait sur mes joues. Comme je n’avais pas
de chapeau, je m’éventais avec mon mouchoir. L’employé des pompes
funèbres m’a dit alors quelque chose que je n’ai pas entendu. En même
temps, il s’essuyait le crâne avec un mouchoir qu’il tenait dans sa main
gauche, la main droite soulevant le bord de sa casquette. Je lui ai dit :
« Comment ? »Il a répété en montrant le ciel : « Ça tape. » J’ai dit :
« Oui. »Un peu après, il m’a demandée : « C’est votre mère qui est
là ? » J’ai encore dit : « Oui. » « Elle était vieille ? » J’ai répondu :
« Comme ça », parce que je ne savais pas le chiffre exact. Ensuite, il
s’est tu. Je me suis retourné et j’ai vu le vieux Pérez à une cinquantaine
de mètres derrière nous. Il se hâtait en balançant son feutre à
bout de bras. J’ai regardé aussi le directeur. Il marchait avec beaucoup
de dignité, sans un geste inutile. Quelques gouttes de sueur perlaient
sur son front, mais il ne les essuyait pas.
Il me semblait que le convoi marchait un peu plus vite. Autour de
moi, c’était [28] toujours la même campagne lumineuse gorgée de soleil.
L’éclat du ciel était insoutenable. À un moment donné, nous sommes
passés sur une partie de la route qui avait été récemment refaite.
Le soleil avait fait éclater le goudron. Les pieds y enfonçaient et laissaient
ouverte sa pulpe brillante. Au-dessus de la voiture, le chapeau
du cocher, en cuir bouilli, semblait avoir été pétri dans cette boue noiAlbert
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re. J’étais un peu perdu entre le ciel bleu et blanc et la monotonie de
ces couleurs, noir gluant du goudron ouvert, noir terne des habits, noir
laque de la voiture. Tout cela, le soleil, l’odeur de cuir et de crottin de
la voiture, celle du vernis et celle de l’encens, la fatigue d’une nuit
d’insomnie, me troublait le regard et les idées. Je me suis retourné
une fois de plus : Pérez m’a paru très loin, perdu dans une nuée de
chaleur, puis je ne l’ai plus aperçu. Je l’ai cherché du regard et j’ai vu
qu’il avait quitté la route et pris à travers champs. J’ai constaté aussi
que devant moi la route tournait. J’ai compris que Pérez qui connaissait
le pays coupait au plus court pour nous rattraper. Au tournant il
nous avait rejoints. Puis nous l’avons perdu. Il a repris encore à travers
champs et comme cela plusieurs [29] fois. Moi, je sentais le sang
qui me battait aux tempes.
Tout s’est passé ensuite avec tant de précipitation, de certitude et
de naturel, que je ne me souviens plus de rien. Une chose seulement : à
l’entrée du village, l’infirmière déléguée m’a parlé. Elle avait une voix
singulière qui n’allait pas avec son visage, une voix mélodieuse et
tremblante. Elle m’a dit : « Si on va doucement, on risque une insolation.
Mais si on va trop vite, on est en transpiration et dans l’église on
attrape un chaud et froid. » Elle avait raison. Il n’y avait pas d’issue.
J’ai encore gardé quelques images de cette journée : par exemple, le
visage de Pérez quand, pour la dernière fois, il nous a rejoints près du
village. De grosses larmes d’énervement et de peine ruisselaient sur
ses joues. Mais, à cause des rides, elles ne s’écoulaient pas. Elles
s’étalaient, se rejoignaient et formaient un vernis d’eau sur ce visage
détruit. Il y a eu encore l’église et les villageois sur les trottoirs, les
géraniums rouges sur les tombes du cimetière, l’évanouissement de
Pérez (on eût dit un pantin disloqué), la terre couleur de sang qui roulait
sur la bière de maman, la chair blanche des racines qui s’y mêlaient,
encore du [30] monde, des voix, le village, l’attente devant un
café, l’incessant ronflement du moteur, et ma joie quand l’autobus est
entré dans le nid de lumières d’Alger et que j’ai pensé que j’allais me
coucher et dormir pendant douze heures.

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L’Étranger lu par Michael Lonsdale

Catégorie : Actualités et politique
Titre : The Last Man – Artiste : Clint Mansell

Album : The Fountain OST
Soundtrack: Clint Mansell – The Last Man.
Ajoutée le 6 avr. 2014

Le style (suite):
L’écriture du roman, particulièrement neutre et blanche, fait la part belle au passé composé, dont Sartre dira qu’il « accentue la solitude de chaque unité phrastique ». Ce style ajoute donc à la solitude de ce personnage face au monde et à lui-même.

On note la tendance de Camus à jeter des passerelles entre ses différentes œuvres. En prison, Meursault remarque un article de journal qui constitue en fait l’intrigue de la pièce de théâtre Le Malentendu.
De même, quelques années plus tard dans La Peste, est évoquée « une arrestation récente qui avait fait du bruit à Alger. Il s’agissait d’un jeune employé de commerce qui avait tué un Arabe sur une plage ».

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A new translation by andra Smith (2012) :
Sandra Smith was born and raised in New York City and now teaches French Literature and Language at the University of Cambridge. Her translation is based on close listening to a recording of Camus reading his work aloud on French radio in 1954 . . .
She says :
“The success of Suite française allowed me to truly become a literary translator. I subsequently translated eleven more novels by Némirovsky, a new version of Camus’ L’Étranger (published as The Outsider in 2012), The Necklace and Other Stories, . . .”
That first sentence :
“I chose “My mother” because I thought about how someone would tell another person that his mother had died. Meursault is speaking to the reader directly. “My mother died today” seemed to me the way it would work, and also implied the closeness of “maman” you get in the French.”

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