Barbara film musique

Un Certain Regard par Mathieu Amalric : ‘Improviser autour de Barbara un paysage musical’
Mathieu Amalric a fait l’ouverture de Un Certain Regard (Cannes 2017) avec son film sur la chanteuse Barbara dans un mélange entre les images d’archives et l’incarnation de Jeanne Balibar. Nous avons pu recueillir le témoignage du réalisateur par téléphone.
Des biopics musicaux ont pu se dévoiler à Cannes sous une forme plus inattendue que la biographie romancée d’un artiste. Mathieu Amalric qui fait l’ouverture d’Un Certain Regard cette année avec BARBARA annonce déjà qu’il ne s’agit pas vraiment d’un biopic sur la chanteuse.
Un meta-biopic
Dans la lignée des films “biopics” présentés à Cannes (dont nous avions évoqué les différentes formes), celui-ci se démarque fortement par sa grande sincérité. A mi-chemin entre documentaire et fiction, le film est un puzzle avec l’agencement de différents points de vue : la chanteuse au travail, un cinéaste prépare un documentaire sur Barbara, sa comédienne se mettant dans la peau de la chanteuse… on assiste à la construction d’une incarnation, quasiment à une réflexion sur ce qu’est un biopic.
Les chansons racontent la vie de Barbara
Le film se construit à partir des chansons de Barbara pour ne jamais s’écarter de la poésie, c’est sa beauté, et ne pas être dans l’approche intellectuelle, car comme nous l’affirme Amalric, “Barbara n’était pas une intellectuelle, elle aimait la chanson populaire”. Et c’est par ces chansons que des anecdotes sur sa vie émergent, dans une relation entre les paroles et la vie.
Mathieu Amalric : “Le cœur du récit, c’est la musique, la naissance des chansons. Elles racontent quelque chose de cette personne par sa musique et ses mots. L’idée était de trouver des dispositifs de fiction qui à chaque fois permettaient d’intégrer la musique sans que l’on soit dans une situation simplement d’un spectateur de concert. C’était très difficile. Par exemple, comment intégrer “Göttingen” alors que je voulais absolument qu’à un moment on apprenne que Barbara chantait cette chanson en allemand, et cela libérait Jeanne Balibar parce qu’en allemand elle pouvait avoir une écoute fraîche et non pas reprendre la chanson telle qu’on a l’habitude de l’entendre. Barbara a chanté une chanson “Les amours incestueuses” que personne ne connait. C’est une chanson qui raconte son thème de prédilection et dire que les amours incestueuses sont les plus belles, c’est choquant. On n’a pas besoin de faire une reconstitution où elle est violée par son père, comme dans tout biopic, c’est pris en charge par les paroles qui sont comme des dialogues. Les chansons sont un accélérateur de récit.”
Jeanne Balibar joue une actrice qui joue Barbara
Les chansons sont interprétées tantôt dans leur version originelle par Barbara, tantôt par l’actrice. Ce travail vocal est impressionnant tellement parfois on ne sait plus qui chante.
Mathieu Amalric : “C’était un gros travail en amont. J’ai donné une vingtaine de chansons à Jeanne, c’était un choix très large, elle a travaillé beaucoup plus de chansons qu’elle n’en chante au final effectivement dans le film. Et pour le spectateur, il y a aussi le plaisir d’avoir la vraie voix de Barbara dans le film et non pas que celle de Jeanne. Comment faire pour qu’elle ne soit jamais en comparaison et en compétition, qu’elle ne soit jamais en situation déceptive, ce qui est forcément le cas dans un biopic normal où une actrice interprète une chanteuse, car on veut la vraie voix. Du coup, dans mon film, j’ai décalé la chose, je filme le personnage de Brigitte qui travaille à incarner Barbara. On accepte donc que le personnage essaie des choses, tourne autour, cherche, les gens n’ont pas pitié d’elle.
L’unité musicale
Au-delà des chansons, le cinéaste s’est entouré d’une équipe pour la direction musicale, pour donner une cohérence à l’ensemble. Non seulement Elise Luguern a supervisé les titres existants (parmi lesquels, en plus des titres de Barbara, nous trouvons Wagner, Dvorak, Couperin…), mais il y a aussi des improvisations musicales à l’accordéon de Vincent Peirani. Aussi, la mélodie d’un morceau de Barbara, “Je ne sais pas dire”, s’inspire de “Humoresque” de Dvorak, et revient à plusieurs reprises dans le film, comme un thème, ce qui contribue à harmoniser un “récit”.
Mathieu Amalric : “On entre dans le personnage à travers les harmonies musicales, grâce au travail avec Françoise Rondeleux avec qui Jeanne a travaillé le chant, mais ce travail va au-delà du chant. Elle a travaillé autour de Fauré, Schumann, avec le pianiste Vincent Leterme, sous la direction de David Neerman. C’est pour cela qu’au générique on a mis ‘Druide vocal’ et ‘Recherches pianistiques’, parce que l’idée du projet était d’improviser autour de Barbara un paysage musical”.
Tracklist : [1] Chansons d’origine interprétées par Barbara :

“Je ne sais pas dire” #


Je ne sais pas dire “Je t’aime.”.
Je ne sais pas, je ne sais pas.
Je ne peux pas dire “Je t’aime.”.
Je ne peux pas, je ne peux pas.
Je l’ai dit tant de fois pour rire.
On ne rit pas de ces mots-là.
Aujourd’hui que je veux le dire,
Je n’ose pas, je n’ose pas.
Alors, j’ai fait cette musique
Qui mieux que moi te le dira.

Pour une larme, pour un sourire
Qui pourraient venir de toi,
Je ferais le mieux et le pire
Mais je ferais n’importe quoi.
Pourtant le jour et la nuit même,
Quand j’ai le mal d’amour pour toi,
Là, simplement dire “Je t’aime.”
Je n’ose pas, je n’ose pas,
Alors, écoute ma musique
Qui mieux que moi te le dira.

Je sais ta bouche sur ma bouche.
Je sais tes yeux, ton rire, ta voix.
Je sais le feu quand tu me touches
Et je sais le bruit de ton pas.
Je saurais, sur moi, dévêtue,
Entre mille, quelle est ta main nue,
Mais simplement dire “Je t’aime.”,
Je ne sais pas, je ne sais pas.

C’est trop bête, je vais le dire.
C’est rien, ces deux mots-là
Mais j’ai peur de te voir sourire.
Surtout, ne me regarde pas.
Tiens, au piano, je vais le dire,
Amoureuse du bout des doigts.
Au piano, je pourrais le dire.
Ecoute-moi, regarde-moi.

Je ne peux pas,
Je ne sais pas,
Je n’ose pas.
Je t’aime, je t’aime, je t’aime…

“A mourir pour mourir” #

At the beginning of her recording career, in 1964, Barbara,(Monique Serf) age 34, announced, with this spirited song, that she would rather die young and beautiful than fade away into old age. The song is from the 1965 LP “Barbara Chante Barbara, ” Philips 77.806. It won the Grand Prix International du Disque, Acadamie Charles Cros. Barbara remained one of France’s most beloved and beautiful stars of French Chanson, writing and performing her own songs until she died in 1997 at the age of 67, at the start of old age. Credit to philipchek of YouTube and Paris for help with this translation.

 

 

“Une petite cantate” #

Une petite cantate du bout des doigts
Obsédante et maladroite monte vers toi
Une petite cantate que nous jouions autrefois
Seule je la joue maladroite
Si mi la ré sol do fa

Cette petite cantate fa sol do fa
Était pas si maladroite quand c’était toi
Les notes couraient facile heureuses au bout de tes doigts
Moi j’étais là malhabile
Si mi la ré sol do fa

Mais tu es partie fragile vers l’au-delà
Et je reste, malhabile fa sol do fa
Je te revois souriante assise à ce piano-là
Disant bon je joue, toi chante,
Chante chante-la pour moi

Si mi la ré si mi la ré si sol do fa
Si mi la ré si mi la ré si sol do fa

“Ma plus belle histoire d’amour” #

Du plus loin, que me revienne,
L´ombre de mes amours anciennes,
Du plus loin, du premier rendez-vous,
Du temps des premières peines,
Lors, j´avais quinze ans, à peine,
Cœur tout blanc, et griffes aux genoux,
Que ce furent, j´étais précoce,
De tendres amours de gosse,
Ou les morsures d´un amour fou,
Du plus loin qu´il m´en souvienne,
Si depuis, j´ai dit “je t´aime”,
Ma plus belle histoire d´amour, c´est vous,

C´est vrai, je ne fus pas sage,
Et j´ai tourné bien des pages,
Sans les lire, blanches, et puis rien dessus,
C´est vrai, je ne fus pas sage,
Et mes guerriers de passage,
A peine vus, déjà disparus,
Mais à travers leur visage,
C´était déjà votre image,
C´était vous déjà et le cœur nu,
Je refaisais mes bagages,
Et poursuivais mon mirage,
Ma plus belle histoire d´amour, c´est vous,

Sur la longue route,
Qui menait vers vous,
Sur la longue route,
J´allais le cœur fou,
Le vent de décembre,
Me gelait au cou,
Qu´importait décembre,
Si c´était pour vous,

Elle fut longue la route,
Mais je l´ai faite, la route,
Celle-là, qui menait jusqu´à vous,
Et je ne suis pas parjure,
Si ce soir, je vous jure,
Que, pour vous, je l´eus faite à genoux,
Il en eut fallu bien d´autres,
Que quelques mauvais apôtres,
Que l´hiver ou la neige à mon cou,
Pour que je perde patience,
Et j´ai calmé ma violence,
Ma plus belle histoire d´amour, c´est vous,

Mais tant d’hiver et d’automne
De nuit, de jour, et personne,
Vous n´étiez jamais au rendez-vous,
Et de vous, perdant courage,
Soudain, me prenait la rage,
Mon Dieu, que j´avais besoin de vous,
Que le Diable vous emporte,
D´autres m´ont ouvert leur porte,
Heureuse, je m´en allais loin de vous,
Oui, je vous fus infidèle,
Mais vous revenais quand même,
Ma plus belle histoire d´amour, c´est vous,

J´ai pleuré mes larmes,
Mais qu´il me fut doux,
Oh, qu´il me fut doux,
Ce premier sourire de vous,
Et pour une larme,
Qui venait de vous,
J´ai pleuré d´amour,
Vous souvenez-vous?

Ce fut, un soir, en septembre,
Vous étiez venus m´attendre,
Ici même, vous en souvenez-vous?
A vous regarder sourire,
A vous aimer, sans rien dire,
C´est là que j´ai compris, tout à coup,
J´avais fini mon voyage,
Et j´ai posé mes bagages,
Vous étiez venus au rendez-vous,
Qu´importe ce qu´on peut en dire,
Je tenais à vous le dire,
Ce soir je vous remercie de vous,
Qu´importe ce qu´on peut en dire,
Je suis venue pour vous dire,
Ma plus belle histoire d´amour, c´est vous…

“Attendez que ma joie revienne” #

Attendez que ma joie revienne
Et que se meure le souvenir
De cet amour de tant de peine
Qui n’en finit pas de mourir.
Avant de me dire je t’aime,
Avant que je puisse vous le dire,
Attendez que ma joie revienne,
Qu’au matin je puisse sourire.

Laissez-moi. Le chagrin m’emporte
Et je vogue sur mon délire.
Laissez-moi. Ouvrez cette porte.
Laissez-moi. Je vais revenir.
J’attendrai que ma joie revienne
Et que soit mort le souvenir
De cet amour de tant de peine
Pour lequel j’ai voulu mourir.
J’attendrai que ma joie revienne,
Qu’au matin je puisse sourire,
Que le vent ait séché ma peine
Et la nuit calmé mon délire.

Il est, paraît-il, un rivage
Où l’on guérit du mal d’aimer.
Les amours mortes y font naufrage,
Epaves mortes du passé.
Si tu veux que ma joie revienne,
Qu’au matin, je puisse sourire
Vers ce pays où meurt la peine,
Je t’en prie, laisse-moi partir.
Il faut de mes amours anciennes
Que périsse le souvenir
Pour que, libérée de ma chaîne,
Vers toi, je puisse revenir.

Alors, je t’en fais la promesse,
Ensemble nous irons cueillir
Au jardin fou de la tendresse
La fleur d’amour qui va s’ouvrir
Mais c’est trop tôt pour dire je t’aime,
Trop tôt pour te l’entendre dire.
La voix que j’entends, c’est la sienne.
Ils sont vivants, mes souvenirs.
Pardonne-moi : c’est lui que j’aime.
Le passé ne veut pas mourir.

“Il suffit de passer le pont” # (Georges Brassens)

Il suffit de passer le pont
C’est tout de suite l’aventure
Laisse-moi tenir ton jupon
J’t’emmèn’ visiter la nature
L’herbe est douce à Pâques fleuries
Jetons mes sabots, tes galoches
Et, légers comme des cabris
Courons après les sons de cloches
Ding din don ! les matines sonnent
En l’honneur de notre bonheur
Ding din dong ! faut l’dire à personne
J’ai graissé la patte au sonneur

Laisse-moi tenir ton jupon
Courons, guilleret, guillerette
Il suffit de passer le pont
Et c’est le royaum’ des fleurettes
Entre tout’s les bell’s que voici
Je devin’ cell’ que tu préfères
C’est pas l’coqu’licot, Dieu merci
Ni l’coucou, mais la primevère
J’en vois un’ blottie sous les feuilles
Elle est en velours comm’ tes joues
Fais le guet pendant qu’je la cueille
” Je n’ai jamais aimé que vous ”

Il suffit de trois petits bonds
C’est tout de suit’ la tarantelle
Laisse-moi tenir ton jupon
J’saurai ménager tes dentelles
J’ai graissé la patte au berger
Pour lui fair’ jouer une aubade
Lors, ma mie, sans croire au danger
Faisons mille et une gambades
Ton pied frappe et frappe la mousse
Si l’chardon s’y pique dedans
Ne pleure pas, ma mie qui souffre
Je te l’enlève avec les dents

On n’a plus rien à se cacher
On peut s’aimer comm’ bon nous semble
Et tant mieux si c’est un péché
Nous irons en enfer ensemble
Il suffit de passer le pont
Laisse-moi tenir ton jupon

“Du bout des lèvres” #

Dites-le-moi du bout des lèvres.
Moi, je l’entends du bout du coeur.
Moins fort, calmez donc cette fièvre.
Oui, j’écoute.
Oh, dites-le-moi doucement.
Murmurez-le-moi simplement.
Je vous écouterais bien mieux
Sans doute
Si vous parlez du bout des lèvres.
J’entends très bien du bout du coeur
Et je peux continuer mon rêve,
Mon rêve.

Que l’amour soit à mon oreille,
Doux comme le chant des abeilles,
En été, un jour, au soleil,
Au soleil.
Regarde, dans le soir qui se penche
Là-bas, le voilier qui balance.
Qu’elle est jolie, sa voile blanche
Qui danse.

Je vous le dis du bout des lèvres :
Vous m’agacez du bout du coeur.
Vos cris me dérangent, je rêve,
Je rêve.
Venez donc me parler d’amour
A voix basse, dans ce contre-jour
Et faites-moi, je vous en prie,
Silence.

Prenons plutôt le soir qui penche,
Là-bas, ce voilier qui balance.
Qu’elle est jolie, sa voile blanche
Qui danse.
Je vous dirai du bout des lèvres :
“Je vous aime du bout du coeur.”
Et nous pourrons vivre mon rêve
Mon rêve

“Amours monstrueuses” #  (paroles introuvable)

 

“Dis quand reviendras-tu ? #

Voilà combien de jours, voilà combien de nuits…
Voilà combien de temps que tu es reparti !
Tu m’as dit ;
Cette fois, c’est le dernier voyage,
Pour nos coeurs déchirés, c’est le dernier naufrage.
Au printemps, tu verras, je serai de retour.
Le printemps, c’est joli, pour se parler d’amour :
(Version Femme : Je ne suis pas de cell’s qui meurent de chagrin,)
Nous irons voir ensemble les jardins refleuris,
(Je n’ai pas la vertu des femmes de marins.)
Et déambulerons dans les rues de Paris !

Dis !
Quand reviendras-tu ?
Dis ! au moins le sais-tu ?
Que tout le temps qui passe
Ne se rattrape guère…
Que tout le temps perdu
Ne se rattrape plus !

Le printemps s’est enfui depuis longtemps déjà,
Craquent les feuilles mortes, brûl’nt les feux de bois…
A voir Paris si beau en cette fin d’automne,
Soudain je m’alanguis, je rêve, je frissonne…
Je tangue, je chavire, et comme la rengaine ;
Je vais, je viens, je vire, je tourne, je me traîne…
(V.F. Je ne suis pas de cell’s qui meurent de chagrin,)
Ton image me hante, je te parle tout bas…
(Je n’ai pas la vertu des femmes de marins.)
Et j’ai le mal d’amour et j’ai le mal de Toi !

Dis !
Quand reviendras-tu ?
Dis ! au moins le sais-tu ?
Que tout le temps qui passe
Ne se rattrape guère…
Que tout le temps perdu
Ne se rattrape plus !

J’ai beau t’aimer encor, j’ai beau t’aimer toujours.
J’ai beau n’aimer que toi, j’ai beau t’aimer d’amour…
Si tu ne comprends pas qu’il te faut revenir,
Je ferai de nous deux, mes plus beaux souvenirs…
Je reprendrai la rout’, le Monde m’émerveill’.
J’irai me réchauffer à un autre Soleil…
(V.F. Je ne suis pas de cell’s qui meurent de chagrin,)
Je ne suis pas de ceux qui meurent de chagrin…
(Je n’ai pas la ver-tu des femmes de marins.)
Je n’ai pas la vertu des Chevaliers anciens.

Dis !
Quand reviendras-tu ?
Dis ! au moins le sais-tu ?
Que tout le temps qui passe
Ne se rattrape guère…
Que tout le temps perdu
Ne se rattrape plus !

“La Promenade” (avec Jacques Brel) #  [at 1hr 25mins]

Je m’aperçus, dans les reflets
D’une vitrine sans secret,
Qu’ j’étais suivie par un monsieur
Je l’ai regardé dans les yeux
C’était, si mes souvenirs sont bons,
Avenue de la Provocation
Nous marchâmes au pas emboîté
Dans les ruelles du quartier
J’avais peur et le désirais
Mais m’accosterait-il jamais?
C’était, je crois, ne vous déplaise,
Avenue des Intentions Mauvaises
Il m’a pris la main sans m’ prévenir
Entre nos paumes, j’ai cru sentir
Naître un désir mêlé de peur
Nos deux mains battaient comme un cœur
Cela s’ passait, à mon souvenir,
Rue Notre-Dame-du-Désir
Nous évitâmes, non sans raison,
La place du Qu’en-dira-t-on
Et nous nous sommes réfugiés
Dans un hôtel à bon marché
C’était, vous l’avez deviné,
Dans la p’tite rue des Grands Péchés
L’eau claire qui nourrit les amants
Noie l’amour, efface les serments
Il est parti en oubliant
De payer le loyer d’un an!
Et moi, je me suis installée
Impasse de la Fidélité

“L’aigle noir” #

Un beau jour,
Ou peut-être une nuit
Près d’un lac, je m’étais endormie
Quand soudain, semblant crever le ciel
Et venant de nulle part,
Surgit un aigle noir.

Lentement, les ailes déployées,
Lentement, je le vis tournoyer.
Près de moi, dans un bruissement d’ailes,
Comme tombé du ciel,
L’oiseau vint se poser.

Il avait les yeux couleur rubis
Et des plumes couleur de la nuit.
À son front, brillant de mille feux,
L’oiseau roi couronné
Portait un diamant bleu.

De son bec, il a touché ma joue.
Dans ma main, il a glissé son cou.
C’est alors que je l’ai reconnu :
Surgissant du passé,
Il m’était revenu.

Dis l’oiseau, O dis, emmène-moi.
Retournons au pays d’autrefois,
Comme avant, dans mes rêves d’enfant,
Pour cueillir en tremblant
Des étoiles, des étoiles.

Comme avant, dans mes rêves d’enfant,
Comme avant, sur un nuage blanc,
Comme avant, allumer le soleil,
Être faiseur de pluie
Et faire des merveilles.

L’aigle noir, dans un bruissement d’ailes
Prit son vol pour regagner le ciel.
Quatre plumes, couleur de la nuit,
Une larme, ou peut-être un rubis.
J’avais froid, il ne me restait rien.
L’oiseau m’avait laissée
Seule avec mon chagrin.

Un beau jour, ou était-ce une nuit
Près d’un lac je m’étais endormie.
Quand soudain, semblant crever le ciel
Et venant de nulle part
Surgit un aigle noir.

“Sans bagages” #

Le jour où tu viendras, le jour où tu viendras,
Le jour où tu viendras, ne prends pas tes bagages.
Que m’importe, après tout, ce qu’il y aurait dedans,
Je te reconnaitrai à lire ton visage.
Il y a tant et tant de temps que je t’attends.
Tu me tendras les mains, je n’aurai qu’à les prendre
Et consoler les voix qui pleurent dans ta voix.
Je t’apprivoiserai, les lumières éteintes.
Tu n’auras rien à dire, je reconnaitrai bien

Le tout petit garçon, le regard solitaire
Qui cachait ses chagrins dans les jardins perdus,
Qui ne savait jouer qu’aux billes ou à la guerre,
Qui avait tout donné et n’avait rien reçu.

Si je venais vers toi, je viendrais sans bagages.
Que t’importe, après tout, ce qu’il y aurait dedans.
Tu me reconnaîtrais à lire mon visage.
Il y a tant et tant de temps que tu m’attends.
Je te tendrai les mains, tu n’aurais qu’à les prendre
Et consoler les voix qui pleurent dans ma voix.
Tu m’apprivoiserais, les lumières éteintes.
Je n’aurais rien à dire, tu reconnaîtrais bien

La toute petite fille, aux cheveux en bataille
Qui cachait ses chagrins dans les jardins perdus
Et qui aimait la pluie et le vent et la paille
Et le frais de la nuit et les jeux défendus.

Quand viendra ce jour-là, sans passé, sans bagages,
Nous partirons ensemble vers un nouveau printemps
Qui mêlera nos corps, nos mains et nos visages.
Il y a tant et tant de temps que l’on s’attend.
A quoi bon se redire les rêves de l’enfance,
A quoi bon se redire les illusions perdues?
Quand viendra ce jour-là, nous partirons ensemble,
A jamais retrouvés, à jamais reconnus.

Le jour où tu viendras, le jour où tu viendras,
Il y a tant et tant de temps que je t’attends…

“Perlimpinpin” par Lou Casa #

Pour qui, comment quand et pourquoi ?
Contre qui ? Comment ? Contre quoi ?
C’en est assez de vos violences.
D’où venez-vous ?
Où allez-vous ?
Qui êtes-vous ?
Qui priez-vous ?
Je vous prie de faire silence.
Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
S’il faut absolument qu’on soit
Contre quelqu’un ou quelque chose,
Je suis pour le soleil couchant
En haut des collines désertes.
Je suis pour les forêts profondes,
Car un enfant qui pleure,
Qu’il soit de n’importe où,
Est un enfant qui pleure,
Car un enfant qui meurt
Au bout de vos fusils
Est un enfant qui meurt.
Que c’est abominable d’avoir à choisir
Entre deux innocences !
Que c’est abominable d’avoir pour ennemis
Les rires de l’enfance !
Pour qui, comment, quand et combien ?
Contre qui ? Comment et combien ?
À en perdre le goût de vivre,
Le goût de l’eau, le goût du pain
Et celui du Perlimpinpin
Dans le square des Batignolles !
Mais pour rien, mais pour presque rien,
Pour être avec vous et c’est bien !
Et pour une rose entr’ouverte,
Et pour une respiration,
Et pour un souffle d’abandon,
Et pour ce jardin qui frissonne !
Rien avoir, mais passionnément,
Ne rien se dire éperdument,
Mais tout donner avec ivresse
Et riche de dépossession,
N’avoir que sa vérité,
Posséder toutes les richesses,
Ne pas parler de poésie,
Ne pas parler de poésie
En écrasant les fleurs sauvages
Et faire jouer la transparence
Au fond d’une cour au murs gris
Où l’aube n’a jamais sa chance.
Contre qui, comment, contre quoi ?
Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
Pour retrouver le goût de vivre,
Le goût de l’eau, le goût du pain
Et celui du Perlimpinpin
Dans le square des Batignolles.
Contre personne et contre rien,
Contre personne et contre rien,
Mais pour toutes les fleurs ouvertes,
Mais pour une respiration,
Mais pour un souffle d’abandon
Et pour ce jardin qui frissonne !
Et vivre passionnément,
Et ne se battre seulement
Qu’avec les feux de la tendresse
Et, riche de dépossession,
N’avoir que sa vérité,
Posséder toutes les richesses,
Ne plus parler de poésie,
Ne plus parler de poésie
Mais laisser vivre les fleurs sauvages
Et faire jouer la transparence
Au fond d’une cour aux murs gris
Où l’aube aurait enfin sa chance,
Vivre,
Vivre
Avec tendresse,
Vivre
Et donner
Avec ivresse !