Ballade des pendus

The Ballade des pendus, literally “ballad of the hanged”, also known as Epitaphe Villon or Frères humains, is the best-known poem by François Villon.
It is commonly acknowledged, although not clearly established, that Villon wrote it in prison while he awaited his execution. It was published posthumously in 1489 by Antoine Vérard.

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La Ballade des pendus est le poème de François Villon le plus connu. Il est communément admis, même si ce fait n’est pas clairement établi, que Villon le composa lors de son incarcération en l’attente de son exécution à la suite de l’affaire Ferrebouc où un notaire pontifical fut blessé au cours d’une rixe.
Ce poème est un appel à la charité chrétienne, valeur très respectée au Moyen Âge (Car, si pitié de nous pauvres avez, / Dieu en aura plus tost de vous merciz., car si vous avez pitié de nous/Dieu aura plus vite pitié de vous-aussi). La rédemption est au cœur de la ballade. Villon reconnaît qu’il s’est trop occupé de son être de chair au détriment de sa spiritualité. Ce constat est renforcé par la description très crue et insupportable des corps pourrissants (qui fut probablement inspirée par le spectacle macabre du charnier des innocents) qui produit un fort contraste avec l’évocation des thèmes religieux. Les pendus exhortent d’abord les passants à prier pour eux, puis dans l’appel, la prière se généralise à tous les humains.
Il s’agit d’une grande ballade (3 dizains, 1 quintil, vers décasyllabiques)
•Tous les vers du poème comportent 10 syllabes (décasyllabes).
•Répétition du dernier vers dans chaque strophe (car c’est une Ballade).
•Les trois premières strophes comportent 10 vers et sont suivies d’un envoi de 5 vers.
•Les rimes reviennent aux mêmes endroits dans chacune des strophes.
•Présence de nombreux enjambements.

Frères Humains a été l’objet d’adaptations en chanson, généralement sous le titre « La Ballade des pendus ». Jacques Douai (1957), Monique Morelli, Serge Reggiani (1968), Léo Ferré (1980) et Bernard Lavilliers (2003) en ont chacun donné une interprétation différente. Le poème a également inspiré à Rimbaud « Le Bal des pendus » . . .

Une ballade Ballade désigne, au sens ancien, un poème médiéval à forme fixe composé de trois couplets et d’une demi-strophe appelée envoi, chacune étant terminée par un vers refrain . . .

Ballade : Elle présente deux variantes :
•soit 3 dizains rimés pareillement et un Envoi de 5 vers (décasyllabes) ABABB CCDCD;
•soit 3 huitains rimés pareillement et un Envoi de 4 vers (octosyllabes) ABAB BCBC.
L’Envoi (dernière strophe) doit commencer par un vocatif et ses rimes sont semblables à celles de la seconde moitié des strophes précédentes.
Versification

Frères humains, qui après nous vivez,
N’ayez les cœurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six:
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça [depuis longtemps] dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s’en rie;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!

Si frères vous clamons, pas n’en devez
Avoir dédain [mépris], quoique fûmes occis [tués]
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n’ont pas bon sens rassis[réfléchi].
Excusez-nous, puisque sommes transis [trépassés],
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie [cesser couler],
Nous préservant de l’infernale foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous harie [tourmente],
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!

La pluie nous a débués [trempís] et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis.
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés [crevés],
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charrie [agite],
Plus becquetés d’oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!

Envoi ;
Prince Jésus, qui sur tous a maistrie [autorité],
Garde qu’Enfer n’ait de nous seigneurie:
A lui n’ayons que faire ne [ni] que soudre [acquitter].
Hommes, ici n’a point de moquerie;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!

bacdefrancais 

villonepitaph

A voir aussi :
La Ballade de la geôle de Reading
par Oscar Wilde traduit de l’anglais par Paul Bensimon dans,
Oscar Wilde : « Œuvres » Editions Gallimard (La Pléiade), 1996.

In Memoriam C.T.W. ancien soldat du Royal Horse Guards
Obiit en la prison de Sa Majesté, Reading, Berkshire
Le 7 juillet 1896

Un poignant poème sur l’horreur de l’incarcération et sursaut de l’esprit contre l’injustice, mais également défense de l’art, en dépit de tout. C’est la dernière œuvre de Wilde.

« C’est mon chant du cygne (…) je suis devenu la ruine, l’effondrement de ce que j’eus naguère de merveilleux, de brillant et de terriblement invraisemblable (…). Je ne pense pas que je me remette jamais à écrire : la joie de vivre s’est enfuie et, avec la volonté, c’est la base de l’art. »
À sa mort Wilde « nous laissait, royal héritage, De Profundis et la Ballade…» Cet héritage prédit Camus « annonçait aux initiés qu’un grand artistes, né depuis peu, venait de mourir.

Brother humans who live after us,
Have not your hearts hardened against us,
For, if you take pity on us poor fellows,
God will sooner have mercy on you.
You see us bound here, we five or six:
As for the flesh, that we nurtured too much,
It is already long ago consumed, and rotting,
And we, the bones, become ashes and powder.
Of our pain let no one make fun,
But pray God that he would pardon us all!

If we call you brothers, you must not
Scorn it, albeit we were executed
By law of the land. However, you know
That all men have not calm common sense.
Forgive us, since we have passed over,
Regarding the son of the Virgin Mary,
May his grace not run dry for us,
Saving us from the fires of Hell.
We are dead, let no one harass us,
But pray God that he would pardon us all!

Rain has soaked and washed us
And the sun has parched and blackened us;
Magpies and crows have dug out our eyes,
And plucked out our beards and eyebrows.
We never sit for a moment;
Now here, now there, as the wind changes,
At its pleasure, without cease it moves us,
More pockmarked by birds than thimbles are.
Do not then be of our confraternity,
But pray God that he would pardon us all!

Send off :
Prince Jesus, who has mastery of all,
Protect us that Hell would have no power over us:
With which, we would have nothing to do nor settle.
Men, there is not an iota of mockery here,
But pray God that he would pardon us all!

Notes :

Vers 4 : merciz : « miséricorde » (à rapprocher de l’anglais « mercy » qui en a conservé le sens). Le « z » final (qui équivaut à un « s ») a été rajouté par Villon par analogie du cas sujet du type li murs (comme cela était admis dans la versification médiévale) pour faciliter la rime

Vers 6, 7 et 8 : nourrie (…) pourrie (…) pouldre : ces trois rimes se retrouvent au huitain CLXIV du Testament qui décrit le charnier des innocents et qui par ailleurs se termine par : « Plaise au doulx Jesus les absouldre! ».

Vers 7 : dévorée : peut signifier « mangée (par les oiseaux) », mais aussi et c’est le sens premier : « décomposée »

Deuxième strophe : Villon dévoile enfin la cause du décès des corps parlant (par justice), après avoir laissé le doute dans la première strophe pour laisser le lecteur les prendre en horreur et en pitié.

Vers 13 : Par justice : double sens : « Ce n’est que justice » et « Par décision de justice ». Justice pourrait aussi être une allégorie (très présentes dans la poésie des XIVe siècle et XVe siècle), mais l’absence de majuscule incite à ne retenir que ces deux premiers sens.

Vers 14 : Que tous hommes n’ont pas le sens rassiz voir le Lais vers 2 et 3 : Je, François Villon, escollier, /Considérant, de sens rassis, ….

Vers 15 : transis : un transi est une représentation d’un corps en décomposition que l’on trouvait couramment dans les livres d’heures et sur les tombeaux au XVe siècle.

Vers 19 : harie du verbe harier : moquer, insulter

Vers 23 : cavez participe passé de caver qui signifie « creuser des galeries » et s’applique plus spécifiquement aux animaux fouisseurs (taupes…)

Vers 26-27: le rythme de ces vers suggère une harmonie imitative qui imite le mouvement du vent

Vers 28 : Plus becquetez d’oiseaulx que dez à couldre : réminiscence du Dit de la mort, poème anonyme où le corps est picoté [par les vers, cette fois] comme ung day pour coudre.

Envoi : Les morts n’ont maintenant plus besoin des vivants pour intercéder et interpellent directement Jésus, tout en incluant les vivants dans leurs prières.

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La Ballade de la geôle de Reading [Lecture en Francais – 
écouter 0 => 1m 10s  et  38m 10s =>
]