Albigéisme – notes

Quelques sources :

Historical and Archaeological Society of Perigord
Society of art and history of Sarlat and the Perigord Noir

La Société d’Art et d’Histoire de Sarlat et du Périgord Noir – SAHSPN [Etudes et Documents par auteur]
DESPONT, Jean-Jacques : – Eglise, hérésie et catharisme en Périgord au Moyen-Age, n° 14, 1983, p. 4-7.
BOURGÈS-AUDIVERT, Monique : – Le château de Cazenac (commune du Coux-et-Bigaroque), n° 131, 2012, p. 151-158.

La Société d’Art et d’Histoire de Sarlat et du Périgord Noir – SAHSPN [Etudes et Documents par theme]
Theme 4, Religion :
1983 / 14 Eglise, hérésie et catharisme en Périgord au M.A
1985 / 22 Chapellenies de Domme
Parallèlement à cette action religieuse, un moine périgourdin, lui aussi, s’est adressé à toute la chrétienté, dénonçant cette hérésie nouvelle.
Raymond de Castelnaud, évêque de Périgueux a été destitué pour avoir fait preuve de complaisance envers les Cathares.
Il se pourrait bien que la première terre Cathare de notre pays ait été le Périgord ?
Simon de Montfort a amené la Croisade à Sarlat et autour de Sarlat de 1209 à 1215 .
– Sarlat en 1209.
– A Biron, le plus éloigné au Sud en 1211/1212.
– Au Sud de Sarlat, Domme, Montfort et Beynac en 1214 puis Castelnaud en 1214/1215.
Dans cette contrée, la Croisade a pris des allures de duel entre Bernard de Casnac ( ou Cazenac) et Simon de Montfort.
Ils ont rivalisé de cruauté.
L’un n’ayant rien à envier à l’autre ! deux sanguinaires de la pire espèce.
Un bien grand groupe de malfaisants si on y ajoute la sadique Alix de Turenne et quelques routiers avec leur chef Martin d’Algaïs tout aussi féroce.
Ces évènements se situent au “seuil de la porte” vers le Catharisme.
Ils vont nous faire gravir les marches de l’escalier (de l’escalade?) vers les horreurs commises au cours de ces siècles de troubles.
voir : http://www.lemiroirdutemps.com/article-24025633.html
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LES CROISÉS À SARLAT (ville médiévale très animée)
Au Moyen Age, dans la région de Sarlat, en Dordogne, il y avait un très grand nombre d’hérétiques, les écrits de l’époque mélangent un peu ( beaucoup) les dualistes Cathares et l’hérésie Henricienne ( propagée par le moine Henri à Verfeil).
Saint Bernard avec des évêques d’Ostie et de Chartres sont venus évangéliser le sarladais au début du XIIe siècle.
Ils ont vite été persuadés que la situation était grave, lors de leur arrivée dans cette cité, elle était presque totalement décimée par la peste considérée comme le châtiment divin.
Bernard de Clairvaux a distribué aux malades des petits pains bénis et beaucoup ont été guéris. (?)
Les faits rapportés par les chroniqueurs de l’époque se ressemblent presque tous.
Ils emploient des métaphores pour désigner l’hérésie qui devient la peste et l’eucharistie qui devient des pains bénis.

Plus tard, au début du XIIIe, lors de la Croisade, Simon de Montfort est arrivé à l’Abbaye de Sarlat et il y a trouvé environ 150 personnes mutilées, victimes du cruel Bernard de Casnac, un cathare sanguinaire

Le clergé catholique a mentionné très souvent la présence des hérétiques dans leurs paroisses.
De l’époque Cathare il reste le clocher roman de la cathédrale St Sacerdos dont le vitrail est surmonté de cinq statues, la chapelle des Pénitents-Bleus et la Lanterne des Morts dans les jardins d’Enfers, le cimetière médiéval.
http://www.lemiroirdutemps.com/article-24111701.html

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LES CROISÉS À DOMME.
On ne sait pas vraiment à quelle date il faut situer lorigine du château de Domme-vieille (ou le château du roi).
Sur son rocher, bâti au-dessus des eaux de la Dordogne, on pensait au Moyen Age que c’était une des places les plus solides de Guyenne, on croyait vraiment qu’il était imprenable.
Il appartenait à Bernard de Casnac (ou de Cazenac).
Dès que Simon de Montfort a commencé à s’en approcher, tous les défenseurs ont pris la fuite et les Croisés n’ont eu aucun mal à s’en emparer sans combattre.
(Une “colonne” dans le cimetière (Le cimetière de Domme)
Bien entendu, comme à chaque fois Simon de Montfort a fait “nettoyer” cet endroit et raser le donjon.
Sur les remparts de Domme)
De ce château, il ne reste que quelques murailles, quelques escaliers et quelques caves.
En les regardant, on ne peut seulement “qu’imaginer” ce que pouvait être cette forteresse, par contre la bastide de Domme, construite sur l’ordre de Philippe le Hardi (fin du XIIIe et début du XIVe) est magnifique et bien conservée.
(La maison du batteur de monnaie de Philippe le Hardi)
Dans les rues de ce petit village, en se promenant, on peut voir la “Porte des Tours” qui a été une prison Templière du Périgord (les Templiers ont été exécutés aussi un peu plus tard). (La prison des templiers)
Sur les murs on voit d’innombrables inscriptions, des gravures et des écrits de Templiers prisonniers.
(Les templiers ont laissé des messages gravés à jamais sur les murs de leur prison)
Ce sont des murs couverts de témoignages remarquables sans aucun doute uniques dans les prisons de cette époque.
http://www.lemiroirdutemps.com/article-24114517.html
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LES CROISÉS AU CHÂTEAU DE MONTFORT.
Quand les Croisés ont commencé à vouloir “nettoyer” le Périgord, personne ne pouvait prévoir que tout tournerait autour de deux hommes rivalisant de crauté et qu’ils allaient se livrer une sorte de “duel”, même si quelques autres sanguinaires en ont fait tout autant.
D’un côté Simon de Montfort dont le côté impitoyable n’est plus à démontrer.
De l’autre côté Bernard de Casnac (ou Cazenac) et son épouse Alix de Turenne, tous les deux n’avaient rien à lui envier.
L’abbé Pierre des Vaux de Cernay (auteur de “Histoire des Albigeois”) raconte que Bernard de Casnac coupait les mains et les pieds, puis il crevait les yeux des hommes qu’il capturait tandis que son épouse Alix de Turenne tranchait les seins et les pouces des femmes.
En quittant la place de Domme, Simon de Montfort a remonté le cours de la Dordogne pour attaquer les terres de son adversaire principal dans le château de Montfort (homonymie, Simon de Montfort était originaire de Montfort l’Amaury)
En arrivant devant la forteresse, il la trouva vide mais bien entendu comme d’habitude, il la fit totalement détruire et toutes les pierres ont été jetées dans la rivière.
Selon la légende (?), le chef des Croisés aurait fait brûler Blanche la fille de Bernard et d’Alix et depuis ce jour elle hanterait ces lieux sous la forme d’une flamme.
http://www.lemiroirdutemps.com/article-24115382.html
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LES CROISÉS AU CHÂTEAU DE BIRON.
Biron se trouve très au Sud, à la frontière du Périgord, il a donc été le premier site victime des méfaits de la Croisade.
Lors de la bataille de Castelnaudary, Simon de Montfort avait été aidé par une vingtaine de routiers commandés par Martin d’Algaïs, courageux mais très cruel, rallié à la Croisade simplement par intérêt.
A la suite de ces combats, avec ses compagnons Martin d’Algaïs a quitté en douce le chef des Croisés qui ne pensait qu’à se venger.
Simon de Montfort avait appris que Martin d’Algaïs était au château de Biron, il a décidé d’en faire le siège, “marchandant” comme ce n’est pas permis, il a réussi à se faire “livrer” son traître en laissant la vie sauve aux défenseurs de la place.
Simon de Montfort a fait subir au chef des routiers le sort réservé aux traîtres, il a été pendu, mais avant de le faire pendre, il l’a fait traîner pare un cheval sur tout le campement.
Le château de Biron, conquis a été donné à Arnaud de Montaigu.
Louis VIII l’a rendu aux Gontaut quelques années plus tard.
Cette baronnie est restée durant 24 générations la propriété de la famille Gontaut, c’est à dire du XIIe siècle jusqu’en 1938.
C’est un cas de figure très rare (peut-être unique ?) qui a permis à cet édifice de conserver un ensemble harmonieux, malgré le mélange rajouté aux “passages” des diverses époques laissant chacune l’empreinte de leur style.
Il reste le vieux donjon du XIIe et la tour carrée de l’église romane du faubourg Notre-Dame dans le village ( XIIIe).
Tous ces lieux sont encore imprégnés du souvenir de Martin d’Algaïs et de Simon de Montfort.
http://www.lemiroirdutemps.com/article-24113670.html
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LES CROISES DE GOURDON VERS SAINT-CIRQ-LAPOPIE.(46)
ou l’inquisition triomphale en Quercy.
Gourdon est une jolie petite cité médiévale du Lot, voisine du Périgord.
En 1241, son seigneur le troubadour Bertrand 1er de Gourdon a été malmené par les inquisiteurs Pierre Celani et Guilhem Arnauld parce qu’il avait protégé des Cathares.
Cette année-là, il y a eu 232 condamnations pour cette seule ville.
Avant la Croisade on trouvait à Gourdon une “Maison Cathare” et le diacre Guiraud de Gourdon y était né.
Tout près de Gourdon, Concorés a conservé l’église de Linars (Sud de Gourdon) dont le couvent catholique abritait une “Maison Cathare” protégée par le Seigneur de Milhac.

http://www.lemiroirdutemps.com/tag/catharisme-lot/

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1208 – Croisade contre les Albigeois prêchée par le pape Innocent III.

1210-1212 – Raoul de Lastours, devient évêque de Périgueux. L’une de ses
préoccupations majeures est de mater l’hérésie cathare. Simon de Montfort est
la principale figure de la croisade contre les Albigeois. Il fait de
fréquentes incursions dans le Quercy et le Périgord. Les troupes cathares se
réfugient dans le château de Biron. L’armée de Simon de Montfort assiège le
château du sire de Bigaroque, Martin d’Algaïs. Moyennant la vie sauve pour
tous, les assiégés livrent Martin d’Algaïs à Simon de Montfort. Le prisonnier
est traîné derrière un cheval, puis pendu. Destruction de Domme. Mais le
catharisme est encore très présent en Périgord puisque, en 1217, le pape
désigne le cardinal Bertrand pour chasser le catharisme du Midi, en
particulier de l’Agenais et du Périgord. De même, en 1223, Raoul de Lastours,
évêque de Périgueux note que « la plus grande partie du diocèse est infectée
par la contagion de la déviation hérétique ».

1214 – Les troupes de Simon de Montfort s’emparent du château de Beynac et le
démolissent. Cette même année, Simon de Montfort s’empare du château de
Castelnaud appartenant à un seigneur ayant adopté la religion cathare, Bernard
de Casnac. Simon de Montfort décide de garder cette place forte et y installe
une garnison afin de pouvoir contenir les révoltes éventuelles. L’année
suivante Bernard de Casnac reprend son château.
Vers 1215 – Originaire de Salagnac et âgé d’environ 75 ans, le troubadour
Bertran de Born meurt à l’abbaye cistercienne de Dalon. Il aura célèbré
l’amour et la guerre.

1223 – La ville de Sarlat obtient l’autorisation d’élire des consuls.

1229 – Le traité de Paris entre Saint Louis, roi de France, et Raymond VII,
comte de Toulouse, met fin à la croisade des Albigeois.

1244 – Le catharisme est définitivement extirpé après la prise de Monségur.

https://espritdepays.com/histoire-du-perigord/dates-cles-de-lhistoire-perigord

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Chateau de Fenelon
Le premier château est bâti autour de l’an mil, par une famille noble du nom de Fénelon, vassale des puissants vicomtes de Turenne.
Le château deviendra un repère cathare au xiie siècle et au xiiie siècle
Malgré les prêches de saint Bernard a Sarlat, l’hérésie s’étend dans le Périgord tandis que les seigneurs de Fénelon épousent ce nouveau dogme… En 1208 le pape innocent III lance la croisade contre les cathares dont Simon de Montfort prend la tête. Assez curieusement Fénelon passe à travers les mailles du filet dans un premier temps et, au début de l’inquisition, en 1233, le château de Fénelon est le dernier refuge des “Parfaits”. mais cette situation ne pouvait durer, les inquisiteurs qui siègent à Gourdon traduisent devant leur tribunal le seigneur Amalvin de Fénelon et son épouse Lucie, ils sont alors condamnés pour avoir accueilli et adoré des “Parfaits” et participé à leur culte. Obligés d’abjurer leurs fautes pour échapper à le sentence fatale, ils doivent partir en pèlerinage a Constantinople avec obligation de porter la marque d’infamie, ces fameuses croix cousues sur les vêtements.

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The text of this Cathar hymn contains an encoded message, Joana being the medieval Cathar church, which has been weakened and finally eliminated in Southern France.

Texte occitan:
1. Can lou bouyè ben de laoura, Planto soun agulhado, A.E.I.O.U. Planto soun agulhado.
2. Troubo sa femno al pè del foc, Touto déscounsoulado.
3. “Se ‘n es malaouto digas oc, Te faren un poutadzé.
4. Amb uno rabo un caoulét, Uno laouzéto magro.”
5. “Quan séraï morto rébound mé, Al pus pirou de la cabo.
6. Méttras mous pès à la parét, Lou cap jous la canèlo.
7. E lous roumious que passaran, Prendran d’aïgo ségnado.”
8. E diran: “Cal es mort aïci, Es la paouro Joana.
9. Que ‘n es anado al paradis, Al cèl ambé sas cabros.”

Traduction française:
Quand le bouvier vient de labourer, plante son aiguillon,
trouve sa femme au pied du feu, toute déconfite.
“Si tu es malade dis-oui! Nous te ferons un potage
avec une rave, un chou, une alouette maigre.”
“Quand je serai morte, enterre-moi au plus profond de la cave.
Tu mettras mes pieds contre la muraille et la tête sous la cannelle.
Et les pèlerins qui passeront prendront de l’eau bénite
et diront: ‘Qui est mort ici? C’est la pauvre Joana,
qui s’est en allée en paradis, au ciel, avec ses chèvres.’ ”

Engl. translation:
When the herdsman comes back from work, plants his fork,
finds his wife at the foot of fire, all discomfited.
“If you’re ill say yes! We will make a soup
with kohlrabi, a cabbage, a thin lark.”
“When I die, bury me deep in the cellar.
Put my feet against the wall, my head in the tap.
And the pilgrims will take the holy water
and say, ‘Who died here? It is the poor Joana,
who went to paradise, to heaven with her goats. ‘”
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Beynac
Only just forgotten the English king and his period of occupation, another army descended the valley and approached Beynac (1214). This time it was Simon de Montfort, the terrible knight and his army whose objective was to destroy all who supported the Cathares. We are now in the “Albigeois” crusades. Like their neighbours, the fortress was put under seige and, even if Beynac had been called “The devil’s arch” by the monk Pierre des Vaux de Cernay, the real reason for this conquest was to simply recover the lands governed by the Count of Toulouse who was acknowledged to be the principal protector of the Cathare religion.

Chateau de Montfort
The castle clings to a promontory overlooking the Cingle de Montfort (Montfort Meander) on the Dordogne River. Its grandiose setting “aroused the envy of those who wished to rule Périgord”[1] so that its history is a long series of battles and sieges. It was taken and razed to the ground by Simon de Montfort in 1214.

Cazenac
https://www.editions-jclattes.fr/le-talisman-cathare-9782709630955
Au début du XIIIe siècle, dans leur château du Périgord, Bernard de Cazenac et son épouse, Alix de Turenne, seigneurs cathares alliés du comte de Toulouse, laissent s’épanouir leur passion aux rythmes des cours d’amour des troubadours, des tournois et des fêtes. Leur univers harmonieux s’effondre avec l’arrivée de la croisade menée par Simon de Montfort, venu extirper l’hérésie et conquérir les riches terres du sud de la France.
Bien loin de la non- violence prêchée par sa religion, Bernard rivalise de férocité avec le chef des croisés lors d’affrontements sans pitié. Alix, forte de sa foi qui affirme l’égalité entre hommes et femmes, se révèle une combattante farouche et implacable. Ravagé par la guerre et les bûchers, le comté de Toulouse se désintègre peu à peu.
Frappée dans sa chair, Alix prend le voile des femmes cathares et gagne Montségur. Bernard aspire à la rejoindre mais il doit auparavant renoncer au métier des armes. Le loup pourra-t-il se faire agneau, selon la parole de l’Evangile ? Le chevalier saura-t-il unir en lui l’amour de Dieu et le profond sentiment qui l’attache à sa femme ? Des rives de la Dordogne jusqu’aux montagnes des Pyrénées, un long chemin attend celui qui porte à son cou le talisman cathare, un précieux bijou qui recèle le secret des origines de sa religion.
A travers le destin romancé de deux personnages emblématiques de l’épopée cathare, Jean-Luc Aubarbier, en pénétrant les arcanes de ce christianisme différent, nous fait toucher du doigt sa beauté et ses contradictions, tout en nous plongeant dans l’univers dramatique d’une civilisation qui s’éteint.
Il y a huit cents ans, en 1209, commençait la croisade contre les Cathares…
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https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k34234d/f366.image

~~~~~~~~~~~~ PARTIE 1   BNF  Page 270 -281~~~~~~~~~~~~~~~~~

Title : Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord

Author : Société historique et archéologique du Périgord. Auteur du texte

Publisher : (Périgueux) Publication date : 1900
Description : 1900 : Collection numérique : Fonds régional : Aquitaine
Rights : public domain Identifier : ark:/12148/bpt6k34234d
Source : Bibliothèque nationale de France
Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb344240391
Date of online availability : 15/10/2007

LES DEUX EXPÉDITIONS

DE SIMON DE MONTFORT

EN SARLADAIS

Article A

Simon de Montfort, qui répandit en Languedoc tant de sang et tant de ruines, a mené deux fois en Périgord sa redoutable armée; il a, dans chacune de ces deux expéditions, infligé de terribles réprésailles aux puissants seigneurs qui, dans notre province, avaient embrassé la cause de l’hérésie et persécuté leurs tenanciers restés fidèles à la foi.
L’illustre chef de la croisade des Albigeois n’eut pas besoin de porter la guerre au delà des rives de la Dordogne ; il ne frappa qu’un très petit nombre de châtelains. Ceux qu’il alla châtier ainsi au fond de leurs repaires (= in the depths of their lairs) avaient-ils mérité le courroux (=wrath) du célèbre croisé ? C’est ce que nous essaierons de clairement exposer aux lecteurs du Bulletin.

En examinant avec eux ce que fut dans le Bas-Périgord cette guerre religieuse si diversement appréciée, nous pourrons en conclure, avec quelque certitude, ce qu’elle dut être dans tout le midi de la France.

L’impartiale histoire cherche aujourd’hui, mieux que’ jamais, dans les documents contemporains, à formuler un jugement définitif sur Simon le Montfort et sur sa croisade; il sera sans doute intéressant de retrouver, chez les écrivains du treizième siècle, quelle fut la marche suivie par les croisés dans le pays sarladais.

I

Les doctrines manichéennes qui, vers l’an 1200, envahirent tout le sud de l’Europe, avaient, dès le commencement du douzième siècle, trouvé des adeptes en Aquitaine parmi les plus illustres seigneurs de la province (1); et les diverses causes qui facilitèrent le développement de cette dangereuse hérésie, sur tout le Languedoc, avaient aussi tristement exercé leur funeste influence sur le pays que gouvernaient les ducs d’Aquitaine.
Le luxe et le bien-être s’étaient considérablement répandus.dans toutes les classes de la société, sous la dynastie de ces grands vassaux de la couronne qui portèrent tous les dix le nom de Guillaume ils se répandirent, avec la même rapidité, dans toute la Provence, sous la libérale impulsion des comtes de Saint-Gilles; l’hérésie manichéenne faisait les mêmes progrès. (1) {Chanson de la Croisade, vers 125}

La contagion devint, en peu d’années, tellement redoutable, (= formidable) que le souverain-pontife dut envoyer l’illustre fondateur de Citeaux au milieu de ces populations engagées ainsi dans l’erreur, afin qu’il les convertit avec sa persuasive éloquence.

Le séjour de saint Bernard est constaté dans les villes de Bergerac, Périgueux, Sarlat et Cahors (1) {Revue des Questions historiques}. Tous les historiens et tous les chroniqueurs ont raconté le miracle de la multiplication des pains, que ce grand saint accomplit en 1145 à Sarlat, alors que le moine Gerbert était abbé du monastère de Saint-Sauveur.

Tandis que la paix régna dans le midi de la France pendant toute la durée du douzième siècle, la guerre ne cessa pas d’occuper les Aquitains, à partir du jour (1153) où la dernière héritière des ducs Guillaume, la reine Eléonore, épouse divorcée du roi de France, Louis VII, fit, par un second mariage, entrer son duché sous le pouvoir despotique des rois d’Angleterre.  Un trop illustre guerrier a dit “La guerre fait partie de l’ordre de choses établi par Dieu. Sans elle, le monde tomberait en pourriture et se perdrait dans le matérialisme.”  (2) { Maréchal de Moltke. Correspondance.}
Le Languedoc du treizième siècle justifie cette sentence.

Sous le beau ciel de Provence, la noblesse, folle de plaisirs, vivait au milieu d’une extraordinaire abondance et pouvait satisfaire tous ses caprices. Le clergé: passionné pour les arts, construisait de splendides édifices, revêtait des ornements somptueux, meublait ses abbayes et ses évêchés avec le luxe des plus brillants palais ; la bourgeoisie, enrichie par le commerce et par l’agriculture, étalait autant de faste que les plus riches seigneurs.

Au milieu des fêtes et des réjouissances publiques, dont les chroniques du temps nous ont raconté les largesses, les mœurs s’étaient sensiblement relâchées, les pratiques religieuses avaient été partout négligées.

Le contact prolongé des Provençaux avec l’islamisme, pendant le long séjour des Sarrazins en Septimanie et pendant les premières croisades en Orient, avait aussi puissamment contribué à pervertir toutes nos provinces méridionales, où le chaud soleil du midi facilitait les progrès de la contagion;  elles s’étaient corrompues dans le matérialisme, suivant l’expression du maréchal de Moltke.

Les seigneurs d’Aquitaine, toujours en guerre pour la conservation de leurs privilèges, menacés par l’autocratie des monarques anglais, Henri II, Richard-Coeur-de-Lion, Jean Sans-Terre, avaient conservé, dans l’activité d’une lutte incessante, les vertus guerrières de leurs ancêtres; ils avaient oublié sous la tente les doctrines manichéenes mises un moment en pratique par les ducs Guillaume IX et Guillaume X, échappant ainsi aux terribles sentences des papes et aux dures représailles de Simon de Montfort.

Cependant, l’hérésie finit par gagner cette faible partie du Périgord qui est située au sud de la Dordogne et qui, par ses relations fréquentes avec la comté de Toulouse, devait subir la funeste (= disastrous) influence des Manichéens; mais aussitôt que Simon de Montfort connut ces progrès menaçants, il s’empressa de porter lui-même le fer sur la plaie (= iron on the wound), afin d’arrêter l’invasion du mal par sa rigoureuse énergie.

On sait en quoi consistait l’erreur manichéenne, qui naquit vers le onzième siècle, sous le soleil d’Afrique et qui s’étendit assez rapidement en Asie, pour traverser l’Europe, en s’arrétant principalement chez les Bulgares et se répandre ensuite dans tout le midi de la France.

Les Manichéens admettaient deux divinités contraires: le Dieu du bien, créateur de l’esprit, et le Dieu du mal, créateur de la matière. Ces deux divinités étaient également puissantes ; elles dirigeaient le monde; on ne pouvait pas échapper à leur influence.
Le Dieu du bien interdisait le mariage comme étant en opposition avec les lois de l’Esprit tandis que le Dieu du mal portait tous les hommes à la débauche avec une irrésistible autorité.

Il est aisé de deviner quelles devaient ètre les conséquences d’une pareille hérésie, au milieu de populations enrichies par un sol très fertile et entraînées aux pires passions par des théories contraires aux bonnes mœurs.

Bientôt le clergé n’eut plus assez d’influence pour enrayer ce fléau (= to stop this scourge) dangereux ; il finit par succomber lui-même. Tandis (= while)  que les chefs de diocèses voyaient leurs églises abandonnées par la majeure partie des fidèles, les Manichéens, qu’on appelai Albigeois, parce que cette province était, en France, le principal foyer de l’erreur, choisirent entr’eux des évèques chargés de propager la funeste doctrine.

Pendant plus d’un demi-siècle, les souverains pontifes cherchèrent en vain à ramener les égarés par la douceur et la persuasion tous les efforts des légats et des prédicateurs restèrent sans résultats.

Le pape Innocent III, voyant que le mal pénétrait simultanément en Allemagne, en Italie, en France et en Espagne, jugea nécessaire de frapper un grand coup sur le principal foyer de l’erreur, afin de sauver la chrétienté menacée. Il décréta qu’une grande croisade serait armée contre les Albigeois.  Les croisés furent tout d’abord commandés par un légat du pape, Arnaud-Amaury, abbé de Citeaux.

On a dit bien souvent que cette croisade des Albigeois, engagée sous un prétexte religieux, fut, en réalité, une injuste conquète entreprisé par le roi de Frauce, pour soumettre à sa domination les provinces méridionales du royaume, restées jusqu’à ce jour indépendantes du pouvoir central.

Cette accusation n’est assurément pas exacte en ce qui concerne l’origine et les débuts de la guerre; mais l’entrainement de la victoire a fait souvent dévier (=to deviate) les plus sages et les plus fermes résolutions ; il en fut sans doute ainsi pour la croisade des Albigeois.

Philippe-Auguste, invité par le Souverain Pontife à prendre le commandement des armées de la Foi, refusa cette glorieuse mission qui devait cependant consolider son autorité sur tout le midi de la France.

Le choix des nobles combattants se porta sur un puissant seigneur, vassal du roi d’Angleterre, Simon de Montfort, comte de Leicester. Si la majeure partie de son armée fut recrutée dans les provinces septentrionales (= the northern), cela tient à ce qu’il sembla naturellement plus logique, alors qu’on allait combattre les hérétiques du midi, de chercher les croisés dans le nord du royaume, au lieu de les prendre dans le pays même où l’on allait porter la guerre.

Cependant, de nombreux contingents méridionaux vinrent plus tard s’engager dans la croisade, démontrant ainsi, par leur seule présence (= mere presence), que la guerre était bien réellement dirigée contre les hérétiques Albigeois et non contre des provinces indépendantes dont on voulait faire la conquête.

La Chanson de la Croisade, composée pendant que la guerre suivait son cours passionnant et dramatique, énumère en de nombreux passages les combattants croisés et place dans leurs rangs des Poitevins, des Gascons, des Rouergais, (1) {La Chanson de la Croisade, vers 285, 2552, etc}.
des Caoursins, des Agenaie, Il (2) { id. id. vers 1965..}

Le traducteur de ce long et intéressant poëme, M. Paul Meyer, dit, il est vrai, que les Poitevins et Gascons figurent dans les vers du poëte pour les besoins de la rime (3) {id. id. tome 2. P. 14, en Dote,} Mais il sera facile de combattre son opinion en donnant les noms de quelques-uns des puissants seigneurs du midi qui prirent rang dans l’armée de Simon de Montfort; nous pouvons citer (4) { id. id. vers 804 et s.}

Martin d’Algays, sénéchal du Périgord, et Gérard de Pépieux, qui ne passèrent dans l’armée des hérétiques qu’après avoir souvent combattu dans les armées de la Foi. Archambaud II, comte de Périgord, neveu de la belle Maenz de Montignac, qui fut longtemps la dame aimée de Bertrand de Born.

Amanieu V d’Albret, Guy comte d’Auvergne, Raymond III, vicomte de Turenne, Bertrand cle Gourdon, Jordan de Lisle, le comte de Fézensac et d’Armagnac, Bertrand de Castelnaud-Montratier, Arnaud de Montaigu, Bertrand de Cardaillac et son fils Guillaume, évêque de Cahors, etc., elc. Chacun de ces puissants seigneurs avait évidemment mené derrière lui de nombreux contingents féodaux, puisque les nobles barons, tels que ceux dont les chroniques contemporaines ont signalé la présence dans les rangs des croisés, ne se rendaient jamais à la guerre sans amener avec eux leurs parents et leurs vassaux.

Diverses circonstances, mentionnées dans les chroniques ou dans d’autres documents de la même date, prouvent aussi, d’une maniére incontestable, qu’en ce temps-là les provinces méridionales n’ont pas, en général, regardé la croisade des Albigeois comme étant une guerre de conquête.

Pierre de Vaux-Cernay raconte (1) {Chapitre 55. Hist. des A lbigeo1s}. que Simon de Montfort, après s’ètre emparé de Béziers, de Carcassonne et d’un grand nombre de villes et de châteaux, se vit, à la suite d’un échec, obligé de lever le siège de Toulouse (1211); il alla commettre le dégât vers Auterive, Varilhes et Foix. Pendant ce temps; une députation de Caoursins fut envoyée vers lui, chargée de lui présenter les voeux du Quercy et de l’inviter à se rendre à Cahors, où les nobles châtelains de la province voulaient lui rendre hommage.

Les députés trouvèrent le chef des croisés à Pamiers; ils furent accueillis avec la plus grande courtoisie. Simon leur déclara qu’il avait fait à Notre-Dame le serment solennel d’aller la remercier dans son sanctuaire de Roc-Amadour, si elle obtenait en sa faveur une grande victoire sur les hérétiques ; il leur manifesta son ardent désir de réaliser bientôt son vœu et il promit de s’arrêter à Cahors.

Une semblable démarche, faite au nom d’une province tout entière, prouve bien que l’armée croisée n’était pas alors considérée comme une armée d’invasion. Peu de temps après, Simon, victorieux dans de nombreuses rencontres, fit son pieux pèlerinage. Il reçut, dans la ville da Cahors, le serment de fidélité des Caoursins, et tout le Quercy l’accompagna jusqu’à Roc-Amadour, où il alla s’agenouiller pieusement devant la Vierge Noire miraculeuse. Les croisés purent amener leurs chevaux boire dans les eaux de la Dordogne mais leur valeureux chef ne les conduisit pas encore jusque sur le sol périgourdin.

II

Lorsque Simon de Montfort se dirigea vers Roc-Amadour pour accomplir son vœu, il avait pu croire que les Albigeois, découragés par ses nombreuses victoires, s’étaient résignés à poser leurs armes. Dans cet espoir, il avait commis l’imprudence de licencier la majeure partie de son armée.

A cette nouvelle, Raymond VI, comte de Toulouse, reprit aussitôt courage, il appela ses vassaux et ses alliés et sollicita l’assistance énergique de tous les ennemis de la Foi.

Du fond de l’Aquitaine, un noble et turbulent vassal du roi d’Angleterre, le troubadour Savary de Mauléon, sénéchal du Poitou, conduisit en Languedoc une nombreuse chevalerie qui traversa le Périgord, se dirigeant vers Toulouse ; il avait déjà, en maintes circonstances, montré, dans ses serments féodaux et dans ses serments d’amour, une égale infidélité; il ne faut donc pas s’étonner qu’il soit aussi devenu parjure à sa foi en embrassant l’hérésie manichéenne et en allant combattre dans les rangs des Albigeois.

La Chanson de la Croisade  (1){ Chanson de la Croisade vers 1920.}  signale son passage à Bergerac, où il rencontra peut-étre ses deux amis, Elias Rudel, seigneur de Bergerac et Géraud Rudel, seigneur de Blaye, avec lesquels il avait composé des tenson qui sont parvenues jusqu’à nous (2) { Hist. litt. des troubadours, t. 2}.

En ce moment l’armée des hérétiques comprenait plus de deux cent mille combattants (3) { Chanson de la Croisade, vers 1953, chiffre fort exagéré, croyons-nous}.

En apprenant cette redoutable concentration de troupes, Simon de Montfort s’empressa de rappeler ses fidèles croisés.

L’un des premiers qui répondit à son appel fut un autre seigneur d’Aquitaine, Martin d’Algays, que Jean-Sans-Terre avait fait sénéchal de Gascogne et du Périgord (4) { Bulletin de la Soc. arch. du Périgord}.

Le troubadour Hugues de St-Cyr raconte que ce puissant chàtelain n’était autre chose qu’un routier, pouvant mener avec lui mille brigands (=robbers) à cheval et deux mille à pied (1) { Razo d’un sirventés de Bertrand de Born   AI dous nou }.

Parmi les plus anciennes et les plus nobles familles de France, combien devraient trouver ainsi, dans la première page d’une exacte généalogie, quelque redoutable bandit comme ce sénéchal d’Aquitaine ?

Martin d’Algays, châtelain de Bigarroque et de Biron, avait épousé la fille de Henri de Gontaut, l’un des plus puissants barons du Périgord ; il avait de nombreux vassaux sous ses ordres; les plus brillantes destinées semblaient réservées à ses héritiers. Il perdit tout dans une odieuse trahison.

Simon de Montfort, après avoir rassemblé son armée, la dirigeait de nouveau vers Toulouse, lorsque dans les champs de Saint-Martin (2) { Chanson de la Croisade, vers 2, 100.}, entre Carcassonne et Castelnaudary, ses troupes rencontrèrent un fort contingent d’Albigeois. Un grand combat s’engagea, pendant lequel Martin d’Algays se tint constamment au repos derrière un bois épais. Les croisés furent victorieux.

Appelé à justifier son attitude dans cette bataille, le seigneur de Bigarroque et de Biron affirma qu’il n’était pas resté dans l’inaction; mais qu’il avait poursuivi des routiers (=mercenaries), à la téte de sa cavalerie. Peu de jours après, il cessa de dissimuler ses sentiments en faveur (=he ceased to conceal his feelings for the h.) des hérétiques, car il passa ouvertement dans l’armée de Raymond VI. Le comte de Toulouse lui fit un chaleureux accueil et l’envoya tenir garnison dans son château de Biron, avec la mission de recruter des partisans en Périgord.

Martin d’Algays revint en toute hâte dans son repaire (=den), dont il augmenta les moyens de défense ; il s’attacha très activement à répandre l’hérésie autour de Biron et jusque sur les bords de la Dordogne, où se trouvait la châtellenie de Bigarroque; il persécutait tous ceux qui étaient assez hardis (=bold) pour résister à  sa propagande manichéene et trop faibles pour résister à ses violences ; on lui attribue l’incendie de nombreux édifices religieux et notamment celui de l’église de Belvès.

Pendant que le célèbre routier accomplissait tous ces méfaits, Simon de Montfort continuait sa marche victorieuse il s’emparait de Thouels, Cahuzac, St-Antonin, Moissac, et venait mettre le siège devant le château de Penne (1) {Chanson de la Croisade, v. 2,420.} défendu par Ugo d’Alfar. Cette puissante forteresse, qui dominait la vallée du Lot, passait alors pour imprenable; le chef des croisés dut, pour s’en emparer, l’investir rigoureusement de tous côtés et priver ainsi les assiégés de toute relation avec l’extérieur; c’était au plus fort de l’été. Penne résista pendant cinquante deux jours, du 4 juin au 25 juillet 1212 mais la chaleur accablante (=overwhelming), la soif et les épidémies forcèrent les Albigeois à livrer la place.

Tandis que les croisés poursuivaient avec de grandes fatigues ce long et pénible siège, de nombreux seigneurs du Périgord et de la Saintonge (2) {Chanson de la Croisade, v. 2,450 et suivants.} , vinrent porter leurs clameurs auprès de Simon de Montfort, et lui représenter que Martin d’Algays, après avoir honteusement trahi la cause de Dieu et mis entre les mains des hérétiques ses forteresses de Bigarroque et de Biron, désolait tout le pays riverain de la Dordogne et commettait d’épouvantables {=terrible) actes de cruauté contre les monuments religieux et contre tous ceux qui ne voulaient pas servir les Albigeois. Ils le supplièrent de venir au plus vite chatiér ce tyran suivant l’énormité de ses crimes.

Alors eut lieu la première expédition de Simon de Montfort en Sarladais (3) { Biron et Bigarroque faisaient partie du diocèse de Sarlat}.

Le chef de la croisade, après avoir établi une garnison dans le château de Penne, se dirigea vers Biron ; il emmenait avec lui son frère Guy, comte de Montfort, Foucaud de Merlis, monté sur un cheval liard (=grisâtre), Jean de Merlis, son frère, qui portait un mantel gris et vairé (=veiled), le chantre (=cantor) de Paris Nicolas de Vitré, et foule d’autres barons. Le comte et ses barons s’en vont par la grande route au chàteau de Biron, l’oriflamme (=flamme doré) levé  (1) { Chanson de la Croisade, v. ??}  St-Dominique, l’illustre fondateur de l’ordre des Frères prêcheurs, était avec eux.

Pierre de Vaux-Cernay raconte qu’il faisait aussi partie de l’expédition, ainsi que Guy, évêque de Carcassonne, accompagnant la comtesse Simon de Montfort (2) { Recueil des Historiens de la Gaule, tome XIX, page 65. i.}

La prise de Biron n’arrèta pas longtemps les croisés. Les habitants du pays, effrayës par les menaces de Simon de Montfort, et peut-être aussi peu sympathiques à leur chàtelain, livrèrent à l’armée de la Foi le traître et sa forteresse. Ce rapide succès nous semble démontrer une fois de plus que la croisade n’était pas alors considérée dans le pays comme une guerre de conquête; car les seigneurs du Périgord, dont les sentiments d’indépendance se montraient en ce temps-là dans de nombreuses circonstances, n’auraient certainement pas facilité par leur concours (=concurrence) la victoire des croisés, si le comte Simon de Montfort avait eu l’attitude d’un conquérant.

Après s’ètre ainsi facilement emparé du château de Biron, Simon voulut infliger à Martin d’Algays un châtiment qui servît d’exemple à tous ceux qui, dans la suite, pourraient être tentés d’abandonner l’armée des croisés pour embrasser l’hérésie.

Il le condamna au cruel supplice des traîtres, que Cbarlemagne avait fait subir à Ganelon. Le coupable était attaché par les pieds et par les mains à quatre chevaux ardents, que des sergents excitaient, en présence de l’armée tout entière rangée en bataille.

Tous ses nerfs sont affreusement tendus

Tous ses membres s’arrachent de son corps.

Le sang clair ruisselle sur l’herbe verte,

Ganelon meurt en felon et en làche  (3) {Chansôn de Roland, vers 3,970.}

Mais avant que l’écartmement fût complet, Simon de Montfort fit enlever Martin d’Algays aux chevaux qui le déchiraient, et le fit pendre au sommet d’un grand arbre (1) {Pierre de Vaux Cernay (Bouquet P.66  A}, afin que tous les habitants du pays pussent bien voir quel était le supplice réservé à ceux qui trahiraient leur foi (aoùt 1212).

Les châteaux de Biron et de Bigarroque furent placés sous la garde d’Arnauld de Montaigut, qui les rendit peu après au seigneur de Gontaut, et les croisés reprirent la route de Toulouse.

(à suivre)   R. DE BOYSSON.

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~~~~~~~~~~~~ ARTICLE B   BNF  Page 357 – 367~~~~~~~~~~~~~~

R. de Boysson, Les deux expéditions de Simon de Montfort en Sarladais (p. 357-367)

Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord,  1900, tome 27

Title : Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord

Author : Société historique et archéologique du Périgord.  et L’Auteur

Publisher : (Périgueux) Publication date : 1900

Language : français Format : Nombre total de vues : 31165  Rights : public domain

Description : Collection numérique : Fonds régional : Aquitaine

Identifier : ark:/12148/bpt6k34234d

Source : Bibliothèque nationale de France

Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb344240391

Date of online availability : 15/10/2007

LES DEUX EXPÉDITIONS

DE SIMON DE MONTFORT

EN SARLADAIS.

Article B

II I

La première expédition de Simon de Montfort en Périgord nous est racontée par la Chanson de la Croisade des Albigeois et par Pierre de Vaux-Cernay;

la seconde expédition, quoique plus longue et beaucoup plus importante que la première, n’est même pas mentionnée dans la chanson, tandis que Pierre de Vaux-Cernay nous la donne en tous ses détails.

D’où provient la regrettable lacune de la chronique rimée ?

Il est aujourd’hui parfaitement établi que la Chanson de la Croisade a été composée par deux auteurs différents de style et de jugement. Le premier, dont l’œuvre s’arréte à l’an 1213, était favorable à Simon de Montfort; le second, qui continue le récit à partir de 1214, était, suivant l’expression du traducteur, M. Paul Meyer, « un ennemi acharné de la croisade (1) {Chanson de la Croisade,  Introduction P. XXXVIII }.

Il est possible que le continuateur n’ait repris l’oeuvre interrompue qu’après un délai de quelques mois, pendant lesquels aurait eu lieu la seconde campagne de Simon de Montfort en Périgord.

Il est aussi possible que cet « ennemi acharné de la croisade ait voulu laisser ignorées des lecteurs toutes les épouvantables cruautés qui appelèrent les croisés en Sarladais. Si l’autorité des renseignements du poète manque à notre récit, le silence absolu qu’il a gardé sur cette audacieuse expédition ne doit cependant pas faire révoquer en doute l’intéressante chronique du moine de Vaux-Cernay. Lorsque les croisés eurent fait expier à Martin d’Algays son infàme trahison, ils revinrent en Languedoc et s’emparèrent sans coup férir (were seized of without striking a blow) de Moissac, d’Auterive et de Muret. Simon de Montfort, avant d’être proclamé comte de Toulouse par la force de ses armes et par octroi (=grant) du Saint Siège, jugea nécessaire de réunir à Pamiers un parlement, où les trois ordres seraient convoqués. Dans cette mémorable assemblée, et sous la direction du chef de la croisade, fit rédigée (=he wrote ) la loi constitutionnelle du pays conquis, dont l’original est parvenu jusqu’à  nous sous le titre de Charte de Pamiers (2) {Dom Vaissette, 1  XXII, P. 34 }.

Cependant la conquéte n’était pas encore à l’abri de toutes les attaques; les hérétiques ne désarmaient pas. Au commencement de septembre 1213, profitant d’une absence de Simon de Montfort, les Albigeois parurent devant Muret, où l’armée de la Foi n’avait laissé qu’une très faible garnison. Les hérétiques avaient à leur tète Pierre II, roi d’Aragon, et Raymond VI, comte de Toulouse.

Raymond VI voulait s’emparer immédiatement de la ville et faire ses défenseurs prisonniers.  Pierre II savait que Simon de Montfort avait licencié récemment la majeure partie de son armée; ses troupes étaient dix fois supérieures en nombre à tout ce que pouvait réunir le chef de la croisade;  il voulut attendre l’arrivée de son redoutable adversaire pour rendre sa défaite plus humiliante et plus complète.

Mais le comté de Montfort arriva sans être signalé; il fondit (=he melted /flowed over?) à l’improviste (=suddenly) sur les Albigeois, et telle fut la vigueur de son attaque que les ennemis de la Foi furent mis en déroute et massacrés, sans que l’armée de Simon de Montfort eût perdu un seul homme.

La célèbre victoire de Muret fut longtemps regardée comme un véritable miracle (12 septembre 1213). Ce brillant fait d’armes assura le succès définitif de la Croisade. Pierre II fut tué pendant la bataille; les comtes de Toulouse, de Foix et de Roussillon firent leur soumission. Simon de Montfort n’eut plus qu’à promener ses armées victorieuses dans les diocèses qui manifestaient encore quelques velléités (=hints) de résistance.

Alors eut lieu la seconde expédition des croisés en Sarladais.

Entraînés par Martin d’Algays, sénéchal du Périgord, quelques châtelains riverains de la Dordogne avaient embrassé l’albigéisme. Soit pour obéir à quelque mot d’ordre de leur société secrète, soit pour venger la mort si dramatique du seigneur de Bigarroque et de Biron ils exerçaient autour d’eux sur les églises et sur les chrétiens les plus cruelles représailles; ils faisaient subir les plus redoutables supplices à ceux de leurs voisins ou tenanciers qui manifestaient leur attachement à la cause des croisés; ils livraient leurs biens au pillage ou à l’incendie. Ils soulevaient ainsi parmi les défenseurs de la Foi une bien légitime indignation.

Irrités par toutes les infamies (= actes honteux)  que commettaient les hérétiques, les châtelains restés fidèles à l’Église et les moines du Sarladais envoyèrent des députés à Simon de Montfort pour le supplier de venir châtier les coupables. Le chef de la croisade était alors en Agenais, assiégeant Casseneuil pour la seconde fois. Les députés le trouvèrent sous les remparts de la ville, dont il allait s’emparer dans un dernier assaut. Les Sarladais étaient conduits par Raymond III, vicomte de Turenne, qui rendit hommage à Simon en présence de toute son armée et jura de le servir tous les ans, pendant un mois, avec dix chevaliers et dix servants d’armes. (1) { Bibl. nat. Coli. Doat, p. 7o}.

Aussitôt que les portes de Casseneuil eurent été livrées aux croisés (=delivered to the crusaders) (18 août 1214), Simon de Montfort se dirigea en toute hâte vers Sarlat.

Il s’arrèta sur les bords de la Dordogne, en face du puissant chàteau de Domme, qui couronnait une colline escarpée (=steep), dont les rochers se dressent à pic jusqu’à cent vingt-cinq mètres au-dessus du niveau de la rivière.

C’était aux premiers jours de septembre 1214. Le pays où s’étaient arrêtés les croisés présentait un coup d’oeil superbe ; la plaine, riche et fertile, arrosée par un beau fleuve aux eaux claires et limpides comme une eau de source, constituait pour ces guerriers le plus beau gite d’étape qu’ils aient jamais rencontré.

La ville de Domme, dont on voit aujourd’hui les rues désertes alignées au cordeau (=des rues bien droits), n’existait pas encore sur ce plateau rocheux, Philippe-le-Hardi devait (=must have), quelques années plus tard, en 1280, édifier une importante place d’armes (=fortified), bien souvent assiégée, mais qui n’a cependant pas perdu dans ces luttes féodales son enceinte fortifiée, ses trois portes monumentales, ses embrasures (=openings) casematées (barricadées)  et sa tour du gal.

La puissante forteresse que Simon de Montfort allait assiéger s’élevait entre le plateau sur lequel est bâtie la ville de Domme et les ruines du château royal qui dominent la plaine de Cénac. Elle s’élevait sur une plate-forme occupée aujourd’hui par un moulin à vent; les derniers vestiges de sa seconde enceinte se voient encore au nord du moulin. Quand l’hérétique châtelain apprit que Simon de Montfort, maître de Casseueuil, conduisait son armée vers Domme, il se rappela le châtiment infligé à Martin d’Algays et prit la fuite.

Les croisés, en arrivant en vue de sa citadelle, ne trouvèrent que de fervents catholiques, groupés sous la protection du prieur de Notre-Dame de Cénac, monastère bénédictin récemment construit par l’abbé de Moissac.

Simon gravit la pente escarpée (=climbs the steep slope) qui menait au château de Domme.      “C’était une forteresse noble et très puissante, dominant le fleuve appelé Dordogne et bâti sur le site le plus merveilleux qu’on puisse voir. Aussitôt notre comte fit miner et détruire la tour du château, qui était extrêmement  élevée, admirablement belle et fortifiée jusqu’à son sommet » (1).  {Receuil des hist. de la Gaule  l. 19 P. 98}

Le comte de Montfort établit son armée dans le château découronné (=beheaded) et sur le plateau environnant. De ce camp retranché, il dominait toute la vallée et surveillait tout le pays environnant. Il reçut, peu de jours après, au milieu de ses troupes, le serment de fidélité des habitants de La Roque Gageac et de leur suzerain (=overlord) Hélie de Union, abbé de St. Sauveur et chapelain du cardinal de Saint-Laurent (2) {B.N. fonds Perigord, LXX }.

Il alla visiter ce vénérable abbé dans son monastère de Sarlat, où il fut accueilli avec la plus grande joie. Tant de crimes étaient commis chaque jour dans ce pays sarladais, que l’arrivée des croisés fut regardée comme un bienfait (=blessing) du Ciel.

L’abbé Hélie fit visiter au chef de la croisade l’hôpital, où les victimes des Albigeois avaient été recueillies (=gathered) et soignées à ses frais.

A une demi-lieue de Domme, se trouvait une autre forteresse d’une puissance remarquable, qui s’appelait Montfort;  le châtelain, Bernard de Cazenac, seigneur d’Aillac, de Montfort et de Castelnaud, avait épousé Alix de Turenne, sœur de Raymond III, vicomte de Turenne, et veuve de Guillaume de Gourdon.

Bertrand de Gourdon, frère de Guillaume, et Raymond III de Turenne étaient restés fidèles à leur foi, tandis que Bernard et Alix, devenus hérétiques, mettaient, comme tous les parjures, une violence diabolique à la propagande de leurs erreurs (=and, like all perjurers, put a devilish violence  propagating their errors).

La dame de Montfort, dont le troubadour Raymond Jordan, vicomte de St-Antonin, a bien souvent chanté la beauté, était la sœur de Maheut de Montignac, qui fut la dame aimée de Bertrand de Born. L’illustre troubadour d’Hautefort a comme Raymond Jordan, célébré dans des vers harmonieux les qualités d’Alix de Turenne. Dans une de ses chansons amoureuses, bien connue sous le nom de La domna soisseubuda (1){Poésies de Bertrand de Born, Thomas}., il a poétiquement vanté la douceur d’Alix

Mi donz n’Aelis deman / Son adreit parlar gaban : Quem do a mi donz ajuda / pois non er fada ni muda.  [Trad.] => A madame Alix je demande / son doux parler spirituel / qu’elle m’accorde cette faveur / et ma dame ne sera ni folle ni muette

Page 374

mais la chanson fut composée en 1185, et nous sommes en 1214. Ces trente années ont singulièrement transformé le caractère de celle qui était alors la dame de Gourdon, et qui depuis est devenue dame de Cazenac et châtelaine de Montfort. Le moine Pierre de Vaux-Cernay, dans son Histoire des Albigeois, parle d’elle en ces termes. (2) {Histoire des Albigeois.}

Le sire de Montfort et sa femme étaient les plus malfaisants seigneurs de la contrée ils volaient et pillaient les églises; ils dépouillaient les pèlerins (3); ils attaquaient les veuves et les orphelins ils mutilaient sans aucun motif les gens les plus paisibles, à tel point que, dans un monastère tenu par les moines noire, à Sarlat, nous avons pu voir cent cinquante hommes ou femmes, à qui l’on avait scié les mains ou les pieds, crevé les yeux ou coupé d’autres  membres, sur les ordres du tyran de Montfort et de sa femme car la femme de ce maudit tyran, ayant elle-mème perdu toute compassion, faisait arracher les mamelles aux pauvres femmes, ou leur faisait enlever les doigts des mains pour les mettre dans l’impossibilité de gagner leur vie.   (3) {De très nombreux pèlerins traversaient alors ce pays, allant de Cadouin à Rocamadour où on venait de découvrir le corps de Zachée.}

Ainsi que le seigneur de Domme, Bernard de Cazenac n’osa pas affronter la justice du chef de la croisade.  Il prind la fuite la desrobée et laissa sa maison vuide et sans deffense (1). { Chronique du chanoine Tarde, p. 72.}

Checked to this point Sat eve~~~~~~~~~~~~~~

Simon de Montfort, établi sur le plateau de Domme, chargea l’évêque Guy de Carcassonne de faire raser sous ses yeux les tours et les remparts de Montfort.  C’était ce même évêque guerrier que nous avons déjà vu suivant, ainsi que Pierre de Vaux-Cernay, la première expédition des croisés en Périgord. Il se mit aussitôt en mesure d’exécuter l’ordre de Simon.

Les murs étaient tellement solides et les pierres étaient liées entr’elles par un ciment tellement parfait, qu’on ne pouvait pas procéder à la démolition aussi vite que le souhaitait le chef de la croisade. Il fallut de longs jours pour mener cè travail à bonne fin les croisés, qui en avaient été chargés, partaient le matin de Domme et revenaient tous les soirs au camp car l’armée était restée sur l’emplacement du château de Domme d’où s’exerçait plus utilement la garde du pays (2) {Pierre de Vaux-Cernay.}

Le château de Montfort fut donc ruiné de fond en comble par les croisés. Bernard de Cazenac quitta momentanément le Périgord et alla se mettre au service de Raymond VI, comte de Toulouse.

Il arriva avec bonne compagnie et cœur vaillant pour défendre la ville et combattre avec ses défenseurs. Jamais vous ne vites son pareil pour la droiture, ni chevalier d’un mérite plus accompli. Il a sens et largesse et cœur d’empereur. Il dirige parage et guide valeur (3) {Chanson de la Croisade, v. 7688 et s. Ne pas oublier que l’auteur de la seconde partie de la chanson est ennemi acharné de la croisade. »

Il servait encore dans les rangs des Albigeois lorsque Simon de Montfort fut tué sous les remparts de Toulouse  (4) {Chanson de la Croisade, v. 8599}.  Les cris de guerre qui s’étaient fait le plus souvent entendre pendant le siège étaient  Toulouse  Comminges  Cazenac  Creixel  Villemur

Bernard de Cazenac avait donc échappé par la fuite au châtiment que méritaient ses innombrables forfaits; mais le chef de la croisade le punit dans sa fortune et celle de sa race, en le dépouillant de ses fiefs de Montfort et d’Aillac, qui furent donnés à Raymond III vicomte de Turenne, à la charge de servir une rente viagère aux victimes de son beaufrère (1){Le comte de Gourgues. Le Saint Suaire de Cadouin, p. 253}.

Raymond III dut relever immédiatement le château de Montfort, car au milieu des ruines fort intéressantes de ce puissant manoir, on distingue encore de très belles constructions du treizième siècle..

Dans un acte de partage, daté de 1251, et parvenu jusqu’à nous, le vicomte de Turenne est qualilié seigneur d’Aillac et de Montfort, qui sont restés dans cette même farnille jusqu’èIl 1664 :  ils furent alors vendus au duc de Roquelaure.  La troisième forteresse du terrible albigeois, Castelnaud, située à une lieue en aval de Domme, est qualifiée par Pierre de Vaux-Cernay « Arche de Satan, arca Satanœ. » Cette place forte et bien munie, fut prise le lendemain et le comte de Montfort se résout de la garder et y mettre une garnison, pour arrêter ceux qui voudraient brasser quelque révolte (2){ Chronique du chanoine Tarde}.  Mais il ne la garda pas longtemps. Bernard de Cazenac la reprit par surprise en 1215.  Castelnaud passa peu d’années après, par un mariage dans la famille de Caumont La Foree, qui l’a conservé jusqu’à la Révolution de 1789. Ses ruines imposantes et pittoresques, semblables aux vieux châteaux démantelés des bords du Rhin, présentent encore des vestiges importants de la forteresse conquise par Simon de Montfort.

Au cours de cette seconde expédition des croisés en Périgord, Domme, Montfort et Caslelnaud furent abandonnés sans coup férir au redoutable chef de la croisade leurs chatelains avaient échappé par une fuite rapide au juste châtimment infligé sous les murs de Biron à Martin d’Algays.

Note – can we arrive at a more balanced view of the relative merits of Simon and Bernard????????

Il avait auprès de Castelnau un quatrième chateau-fort assez puissant, qui s’appelait Baynac. Le seigneur était le pire de tous ;  il était » le plus terrible des routiers et le plus violent des oppresseurs d’églises. Notre comte lui donna le choix entre ces deux propositions ou bien restituer dans le délai fixé par le comte et par les évêques tout le produit de ses nombreuses rapines, ou bien voir raser les tours de sa forteresse.

Une trêve de plusieurs jours lui fut accordée pour lui permettre de fixer son choix.

A l’expiration du délai convenu, le chàtelain de Baynac ne fit aucune restitution; Simon de Montfort se mit aussitôt en mesure de démolir ses remparts. Le tyran prétendit que sa forteresse devait être respectée, parce que seul dans la province il avait soutenu le roi de France contre le roi d’Angleterre. Le comte savait bien que son allégation était fausse et frivole il ne voulut pas modifler ses ordres.  Alors le sire de Baynac porta ses plaintes devant le roi de France mais il ne put rien obtenir (1) { Pierre de Vaux-Cernay}.

Une autre chronique dit :

La fameuse tour, appelée des Sarrazins, fut brûlée, malgré la reccommandation de Philippe-Auguste au comte de Montfort de ménager en la personne de Gaillard de Baynac l’allié du roi de France. (2){ Bib. nat fonds Périgord. Domme-Baynac}.

Il paraît assez vraisemblable que le roi de France intervint en faveur du sire de Baynac; car, plus heureux que Martin d’Algays, Bernard de Cazenac et le seigneur de Domme, il put conserver la chatellenie et la transmettre à ses héritiers naturels, qui la possèdent encore aujourd’hui.   (1) Chronique du chanoine Tarde, p. 72.

La puissante forteresse de Baynac est l’une des plus remarquables du Périgord par son style féodal, par son excellent état de conservation et par son style merveilleux. Ces quatre chàteaux (Domme, Montfort, Castelnaud et Baynac avaient été la retraite de l’hérésie et tyrannie par l’espace de plusieurs ans mais après que les trois furent rasés et la garnison laissée à Castelnaud, la paix et repos s’en suivirent, non seulement au détroit sarladais, mais aussi en tout le Périgord et Quercy. (1){ Chronique du chanoine Tarde, p. 72.}

Simon de Montfort se dirigea vers Rodez, en passant par Rocamadour, où il s’arrèta pour délibérer sur l’extirpation définitive des Albigeois et la répression des routiers (= mercenaires) (2) { Lettre pastorale de l’évêque de Cahors sur l’histoire de Rocamadour, p- 09}.

Cette étude consciencieuse et rapide sur les combais livrés en Périgord, pendant la croisade des Albigeois, a été faite d’après les documents contemporains publiés jusqu’à ce jour et notamment d’après la Chanson de la Croisade, la chronique de Guillaume de Puylaurens et l’histoire de la croisade par Pierre de Vaux. Cernay.

Depuis que Simon de Montfort « a rétabli la paix et repos en tout le Périgord et Quercy, » avec la sauvage énergie qui parfois a terni sa mémoire, d’autres guerres nationales ou civiles ont maintes fois ravagé les riches campagnes arrosées par la Dordogne.

Les longues luttes soutenues contre les Anglais ont répandu le sang et les ruines pendant deux cents ans ; les guerres religieuses du temps de la Réforme ont aussi cruellement troublé la province; la période révolutionnaire des dernières années du dix-huitième siècle a détruit force chàteaux et monastères.

Toutes ces transformations sociales ou politiques ont bouleversé le Périgord, en laissant subsister dans l’énergique langage du pays des souvenirs inconscients et cependant assez remarquables des quelques années pendant lesquelles l’albigéisme fut propagé parmi nos ancétres. Il n’est pas rare d’entendre encore dans nos campagnes les paysans jurer par ces deux blasphèmes manichéens Doublé Diou ou Millo Doublé.

Il est cependant très juste d’ajouter que l’hérésie n’a subsisté que sous cette forme peu dangereuse.

Nos populations n’ont méme pas, comme celles de Languedoc, gardé au fond du cœur une haine traditionnelle contre Simon de Montfort et sa croisade. Les deux expéditions faites par le célèbre capitaine au détroit sarladais n’ont laissé dans les chroniques locales que des souvenirs confus.

Cette indulgence du Périgord pour le chef de la croisade des Albigeois nous paraît justifiée; car les représailles rigoureuses exercées par les croisés contre les hérétiques n’ont ordinairement frappé que des traîtres odieux ou des tyrans bien dignes des plus cruels supplices. Elles ont toujours porté sur les plus puissants parmi les coupables. La croisade délivra d’une bien redoutable persécution les monastères, les églises, les chatelains paisibles, les bourgeois et le menu peuple, bien souvent victimes des cruautés atroces de ces Albigeois.

Les historiens modernes reviennent presque tous aujourd’hui sur l’appréciation défavorable à Simon de Montfort qui longtemps a prévalu (=prevailed) dans l’Université de France.

Le jugement définitif à porter sur la croisade des Albigeois nous parait être parfaitement rendu dans cette phrase de l’Hislôire de l’Europe, par Lavisse et Rambaud :  Organisés en sociétés secrètes, les Albigeois en vinrent aux pires excès. Des évêques furent expulsés de leur siège, des abbés chassés de leurs monastères, des prêtres égorgés. Les progrès de l’hérésie  devinrent inquiétants (1) { Histoire générale de l’Europe, i. II, p. 272.}

Un jour viendra bientôt où Simon de Montfort, mieux connu, sera, malgré quelques incontestables abus de la force, regardé par tous les hommes de bonne foi comme un grand capitaine et comme un grand chrétien.

R. DE BOYSSON.

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Le Talisman Cathare (Romans historiques) par Jean-Luc Aubarbier

Extrait : Périgord, printemps 1214.

Le moine cheminait sous le chaud soleil printanier ; les ardeurs de Phébus donnaient des rougeurs à sa tonsure. Comme à son habitude, il soliloquait en marchant. «Ah ! Si j’avais une mule, je serais depuis longtemps à l’abri, dans le frais monastère de Sarlat.»
Sa longue errance depuis Assise, en Italie, l’avait accoutumé à parler seul, à s’offrir la compagnie des mots à défaut de celle des humains. Il philosophait comme pour se convaincre, prêchait comme pour se convertir à une foi nouvelle. Il parlait aux oiseaux des bois et aux bêtes des champs, comme son maître, il Poverello, le bon François, son ami. C’est lui qui l’avait persuadé de gagner le comté de Toulouse où, semblait-il, se menait le combat théologique pour la pauvreté.

«Des gens aux étranges croyances, mais se disant chrétiens, vivent dans le dénuement et dans le respect absolu de leurs engagements, lui avait-il expliqué. Nos savants les nomment “cathares”, les “purs”, à cause de leur intransigeance, et ils ressemblent fort à nos patarins italiens. D’autres, sous l’influence du moine lyonnais Pierre Valdès, expérimentent la simplicité des premiers temps de l’Évangile. Notre sainte mère l’Église englobe d’une même haine vaudois et cathares, alors qu’elle encourage ces orgueilleux dominicains qui font de la pauvreté leur fonds de commerce. Je veux que tu rencontres ces gens ; nous avons sûrement à apprendre d’eux.»

Augustin avait gagné le royaume de France, traversant un comté à feu et à sang, du Rhône jusqu’à la Garonne, depuis que le pape Innocent III avait lancé, cinq ans plus tôt, la première croisade jamais levée contre un pays chrétien. Exposées en proie, les riches terres de Raymond VI avaient suscité l’avidité des barons du nord de la France qui s’étaient jetés sur elles avec la férocité de bêtes fauves.
«Des bêtes bien plus dangereuses que le loup apprivoisé par mon maître à Gubbio», songeait Augustin.

Français, Bourguignons, Champenois, Lorrains, Normands, Picards et Bretons, auxquels s’ajoutèrent Flamands et Teutons, déboulèrent sur le vaste comté, le plus florissant et le plus cultivé du royaume, pour le piller sans vergogne. Les grands seigneurs, un peu honteux de se trouver partie prenante dans cette croisade mal engagée et qui portait atteinte à leur honneur, n’offrirent au souverain pontife que les quarante jours dus à l’host. Le premier acte de ce combat douteux n’avait-il pas vu le massacre des vingt mille habitants de Béziers, tous passés au fil de l’épée alors que la ville comptait essentiellement de bons catholiques. Mais ces catholiques-là se sentaient bien plus proches des hérétiques qu’ils côtoyaient, leurs amis, leurs parents parfois, que de ces étrangers venus du Nord qui parlaient des langues barbares.

Présentation de l’éditeur
Au début du XIIIe siècle, dans leur château du Périgord, Bernard de Cazenac et son épouse, Alix de Turenne, seigneurs cathares alliés du comte de Toulouse, laissent s’épanouir leur passion aux rythmes des cours d’amour des troubadours, des tournois et des fêtes. Leur univers harmonieux s’effondre avec l’arrivée de la croisade menée par Simon de Montfort, venu extirper l’hérésie et conquérir les riches terres du sud de la France.
Bien loin de la non- violence prêchée par sa religion, Bernard rivalise de férocité avec le chef des croisés lors d’affrontements sans pitié. Alix, forte de sa foi qui affirme l’égalité entre hommes et femmes, se révèle une combattante farouche et implacable. Ravagé par la guerre et les bûchers, le comté de Toulouse se désintègre peu à peu.

Frappée dans sa chair, Alix prend le voile des femmes cathares et gagne Montségur. Bernard aspire à la rejoindre mais il doit auparavant renoncer au métier des armes. Le loup pourra-t-il se faire agneau, selon la parole de l’Evangile ? Le chevalier saura-t-il unir en lui l’amour de Dieu et le profond sentiment qui l’attache à sa femme ? Des rives de la Dordogne jusqu’aux montagnes des Pyrénées, un long chemin attend celui qui porte à son cou le talisman cathare, un précieux bijou qui recèle le secret des origines de sa religion.

A travers le destin romancé de deux personnages emblématiques de l’épopée cathare, Jean-Luc Aubarbier, en pénétrant les arcanes de ce christianisme différent, nous fait toucher du doigt sa beauté et ses contradictions, tout en nous plongeant dans l’univers dramatique d’une civilisation qui s’éteint.

Il y a huit cents ans, en 1209, commençait la croisade contre les Cathares…

” (…) l’auteur signe une fiction très proche de la réalité. ” Ouest France

Biographie de l’auteur
Libraire à Sarlat, ville où il est né en 1955, Jean-Luc Aubarbier est également conférencier et chroniqueur littéraire. Passionné par la philosophie et l’histoire des religions, il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont La France des Templiers (éditions Sud-Ouest). Il a publié plusieurs romans, dont Les Démons de soeur Philomène et L’Honneur des Hautefort, aux éditions Lattès.

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http://club.cathares.org/(S(hdpqov3mxd50yrkihld1n2o1))/archivesPlatesformes.aspx?fichier=plateforme0037.html&entree=ok&userName=decouverte&password=njpup5r6i4duwfphigtz&email=decouverte@cathares.org

Courrier du 2 Janvier 1998 à 0 h 43, de Philippe Valmont :

Bonjour,

Dans le compte-rendu du procès de l’inquisiteur Peire Sillani (alias Silvani), procès qui eu lieu à Gourdon-en-quercy en 1241, vous trouverez des nombreux renseignements très concrets sur le quotidiens des cathares, puisque les accusations font mentions soit de l’hébergement, soit de la nourriture données à des cathares et des vaudoix …

Le message original fait partie du Fonds Doat (B.N. manuscrits, registre 21, folio 185 recto à 213 verso). Ce message est très bien détaillé (et traduit du Latin) dans l’ouvrage de M. Conti sur la ville de Gourdon.

Bonne continuation.

Philippe Valmont
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Bonjour,

N’imaginez pas que les cathares fondaient des micro-sociétés ou des communautés de vie indépendantes du reste du Monde, mais reproduisant peu ou prou les modèles familiaux normaux. Imaginez-les plutôt comme des moines ou des moniales qui, au lieu de se retirer du monde dans des monastères en clôture (totalement indépendants du Siècle, du monde), pratiquaient leur religion et donc leur Règle (non-violence, abstinence, continence, prédication, travail, vérité) dans les castra et les bourgs des régions qui les abritaient, par communautés séparées par sexes, dans ce que l’on nommait des maisons (tout à la fois lieux de vie, centres de catéchèse, ateliers de travail et espaces de débat).

Comme les moines ou les moniales catholiques ils étaient absolument chastes mais cela n’avait que peu d’influence sur la démographie d’une population parmi laquelle les cathares, hommes et femmes, membres du clergé cathare en somme, étaient bien évidemment minoritaires.

Puis : on devenait cathare par choix, adulte, après souvent une vie dans le monde, charnelle … Rien n’interdisait – et on en a de multiples exemples – à une femme de la petite noblesse occitane d’être mère ou grand-mère puis de choisir une fin de vie religieuse au sein d’une “maison” de femmes cathares.

Nicolas Gouzy
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l’abbaye nouvelle

Inculpé de catharisme, Guillaume de Gourdon, probablement
pour attirer la clémence des inquisiteurs, avait légué en 1242
à l’abbé d’Obazine une partie de ses terres de la seigneurie
de Salviac. Les moines cisterciens venus de Corrèze construi-
sirent l’abbaye nouvelle au-dessus de la vallée du Céou.
Malheureusement, celle-ci eut tôt fait de subir les conséquences
de la crise économique et spirituelle de l’ordre. Abandonné
pendant la guerre de Cent Ans, le monastère tomba peu à peu
en ruine. Aujourd’hui, il subsiste l’église érigée au-dessus d’une
salle basse voûtée, ancien cellier et les vestiges de murs épars
situés autour de l’aire du cloître.

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Bernard de Casnac (Cosnac ou Cazenac) était seigneur de Castelnaud au début du xiiie siècle. Il possédait aussi les châteaux de Domme, Aillac et Monfort.

Il se marie avec Alix de Turenne, une des « trois dames de Turenne », sœur du vicomte de Turenne Raymond III, égérie des troubadours de l’époque.

Après avoir pris sans effort et détruit Domme puis Montfort, Simon de Montfort, à la tête de la croisade contre les Albigeois se présente devant Castelnaud en 1214. Il décide de garder cette place forte et y installe une garnison afin de pouvoir contenir les révoltes éventuelles.

L’année suivante Bernard de Casnac reprend le château. Il surprend le gouverneur et fait pendre toute la garnison. Maître des lieux, une nouvelle fois, il est chassé définitivement quelques mois plus tard par l’armée de l’archevêque de Bordeaux qui brûle le château primitif.

Au début du XIIIème, le château de Montfort était occupé par un seigneur ayant adopté la religion cathare, Bernard de Casnac.

Assisté en cette oeuvre par son épouse Alix de Turenne, Bernard de Casnac avait entrepris de découper en morceaux tous les Catholiques des environs.

Mais la simple suspicion de l’hérésie cathare suffisait en ce temps là à faire venir de très loin le redoutable Simon de Montfort. Ce dernier mit le siège en 1214 et pour une fois se rendit utile en délivrant le pays d’aussi méchantes gens.

Le château de Montfort …assiègé par Simon de Montfort ! Il s’agit en fait d’une pure homonymie.

Selon la légende, la fille de Bernard de Casnac aurait été brûlée vive et hanterait encore le château.

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CADOUIN

XVIII ° Colloque 20 aout 2011 “Cadouin et l’hérésie cathare”

https://abbaye-de-cadouin.com/wp-content/uploads/2017/03/colloque2011.pdf

CADOUIN ET L’HERESIE CATHARE  par Jean-Luc  Aubarbier

Le XVIII° colloque de Cadouin, réuni le 20 août 2011, avait choisi pour thème le catharisme.

Les autres intervenants: Richard Bordes, Jean Rigouste, Jean-Claude Dugros, Michel Carcenac, Brigitte et Gilles Delluc.

Ma contribution portait sur « Les origines du catharisme ». J’y rappelais les premières apparitions d’une nouvelle ‘hérésie’, vers 1020, en Aquitaine, parfaitement identifiable au catharisme. Puis je posais les deux hypothèses. Le catharisme peut être une transmission des gnoses chrétiennes antiques (présentes en Egypte au 2° et 3° siècle après JC. Les gnoses de Basilide et Valentin présentent les mêmes spécificités: dualisme, réincarnation, femmes prêtres. Le catharisme peut être une reconstitution locale dans le Midi toulousain, des gnoses, à partir des trois éléments de bases: christianisme tolérant, judaïsme kabbaliste et philosophie grecques (ramenée par les musulmans).

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Refs :

*  Bordes, Richard (1949-….)
Cathares et Vaudois [Texte imprimé] : en Périgord, Quercy et Agenais / Richard Bordes. – Cahors : l’Hydre éd., impr. 2005 (46-Cahors : Impr. France-Quercy). – 1 vol. (221 p.) : carte, couv. ill. en coul. ; 24 cm. – (Domaine historique).
Bibliogr. p. 209-212. Index. – DLE-20051209-57874. – 272.3 (21) . – ISBN 2-913703-30-5 (br.) : 18 EUR. – EAN 9782913703308.

*  l’article de Bernard Lesfargues « Bernard de Casnac », dans Troubadours et Cathares en Occitanie médiévale. Actes du colloque de Chancelade (24 et 25 août 2002), L’Hydre éditions, 2004, qui comprennent de nombreuses références.

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2  * Histoire de l’hérésie albigeoise de Pierre des Vaux de Cernay ;

Biron

CHAPITRE LXIII. [Histoire de l’hérésie des Albigeois, par Pierre des Vaux de Cernay]
Penne étant pris, et ayant reçu garnison des
nôtres, Montfort se décida à assiéger un château voisin, nommé
Biron[147], que le comte de Toulouse avait donné à ce traître, je veux
dire à Martin d’Algues, qui, comme nous l’avons dit plus haut, avait été
des nôtres, et s’en était ensuite traîtreusement séparé. Cet homme,
s’étant arrêté dans le susdit château de Biron, voulut y attendre notre
arrivée; ce que l’issue prouva être l’effet d’un juste jugement de Dieu.
Nos gens donc arrivèrent devant cette place, et, l’ayant attaquée, ils
enlevèrent de force et par escalade le faubourg, après avoir usé d’une
merveilleuse bravoure, et enduré mille travaux. Aussitôt les ennemis se
retranchèrent dans la forteresse, et, voyant qu’ils ne pouvaient
résister plus long-temps, ils demandèrent la paix, prêts à rendre le
château, pourvu qu’ils en pussent sortir la vie sauve; ce que le comte
ne voulait en aucune façon leur accorder. Toutefois, craignant que ledit
traître, savoir Martin d’Algues, dont la prise avait été son principal
motif pour assiéger Biron, n’échappât furtivement, il leur offrit de les
tenir quittes des angoisses d’une mort imminente, moyennant qu’ils lui
livreraient le perfide. Sur ce, ils coururent en hâte le saisir, et le
remirent en ses mains; et, lorsqu’il l’eut en son pouvoir, il lui offrit
de se confesser, ainsi que cet homme catholique avait coutume de le
faire à l’égard des autres condamnés; puis il le fit traîner dans les
rangs de l’armée, attaché à la queue d’un cheval, et, démembré qu’il
fut, il le fit pendre à un gibet, suivant ses mérites.

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Dome, Montfort, Castelnau et Bainac

CHAPITRE LXXX.   [Histoire de l’hérésie des Albigeois, par Pierre des Vaux de Cernay]

De la destruction du château de Dome, au diocèse de Périgueux,
lequel appartient à ce méchant tyran Gérard de Cahusac.
Ces choses ainsi menées, on fit savoir à notre comte qu’il y avait au
diocèse de Périgueux des châteaux habités par des ennemis de la paix et
de la foi, comme de fait ils l’étaient. Il forma donc le dessein de
marcher sus et de s’en emparer, afin que, par la grâce de Dieu et le
secours des pélerins, chassant les routiers et larrons, il rendît le
repos aux églises, ou, pour mieux dire, à tout le Périgord. D’ailleurs,
tous les ennemis du Christ et de notre comte, ayant appris que
Casseneuil était tombé en son pouvoir, furent frappés d’une telle
terreur qu’ils n’osèrent l’attendre en nulle forteresse, si puissante
qu’elle fût. L’armée donc, partant de Casseneuil, vint à l’un des
susdits châteaux appelé Dome[164], qu’elle trouva vide et sans
défenseurs. Or, c’était une place noble et bien forte, située sur la
Dordogne, dans un lieu très-agréable. Aussitôt notre comte en fit saper
et renverser la tour, laquelle était très-élevée, très-belle, et
fortifiée presque jusqu’à son faîte. À une demi-lieue était un autre
château quasi inexpugnable, appelé Montfort, dont le seigneur, ayant nom
Bernard de Casenac, homme très-cruel et plus méchant que tous les
autres, s’était enfui de peur, et avait abandonné son château. Et si
nombreuses étaient les cruautés, les rapines, les énormités de ce
scélérat, et si grandes qu’on pourrait à peine y croire ou même les
imaginer; outre qu’étant fait de cette sorte, le diable lui avait baillé
un aide semblable à lui, savoir sa femme, soeur du vicomte de Turenne,
seconde Jézabel, ou plutôt plus barbare cent fois que celle-ci, laquelle
dame était la pire entre toutes les méchantes femmes, et l’égale de son
mari en malice et férocité. Tous les deux donc, aussi pervers l’un que
l’autre, dépouillaient, voire détruisaient les églises, attaquaient les
pélerins, et dépeçaient les membres à leurs malheureuses victimes; si
bien que, dans un seul couvent de moines noirs, nommé Sarlat, les nôtres
trouvèrent cent cinquante hommes et femmes que le tyran et sa digne
moitié avaient mutilés, soit en leur coupant les mains ou les pieds,
soit en leur crevant les yeux ou leur taillant les autres membres. En
effet, la femme du bourreau, renonçant à toute pitié, faisait trancher
aux pauvres femmes ou les mamelles ou les pouces pour les empêcher de
travailler. Ô cruauté inouïe! Mais laissons cela, d’autant que nous ne
pourrions exprimer que la millième partie des crimes de ce Bernard et de
son épouse, et retournons à notre propos.

[Note 164: À neuf lieues de Cahors.]

Le château de Dome étant détruit et renversé, notre comte voulut aussi
ruiner celui de Montfort, lequel appartenait, comme nous l’avons dit, à
ce tyran: pourquoi l’évêque de Carcassonne, qui se livrait tout entier
au labeur de la cause du Christ, prenant avec lui une troupe de
pélerins, partit sur l’heure, et fit raser ce château, dont les murs
étaient si forts qu’on pouvait à peine les entamer, le ciment étant
devenu aussi dur que la pierre; en sorte que les nôtres furent obligés
d’employer bon nombre de jours à les jeter bas. Le matin, les pélerins
allaient à l’ouvrage, et le soir revenaient au camp; car l’armée ne
s’était point éloignée de Dome, où elle se trouvait plus commodément et
en meilleure position. Il y avait en outre près de Montfort un autre
castel, nommé Castelnau, qui égalait tous les autres en malice, et que
la crainte des Croisés avait fait abandonner de ses habitans. Le comte
décida de l’occuper, afin de pouvoir mieux contenir les perturbateurs,
et il fit comme il le voulait. Il y avait encore un quatrième château,
nommé Bainac, dont le seigneur était un très-méchant et très-dangereux
oppresseur de l’Église. Le comte lui donna le choix ou de restituer tout
ce qu’il avait enlevé injustement dans un terme qu’il lui fixa, ou de
faire raser ses remparts: pour quoi faire on lui accorda une trève de
plusieurs jours; mais comme, dans cet intervalle, il ne fit point
restitution de ses rapines, Montfort ordonna qu’on démolît la forteresse
de son château; ce qui fut exécuté pour la tour et pour les murailles,
malgré le tyran et à sa grande douleur, alléguant, comme il faisait,
qu’on ne devait ruiner sa citadelle, pour autant qu’il était le seul
dans le pays qui aidât le roi de France contre le roi des Anglais.
Toutefois, le comte sachant que ces allégations étaient vaines et du
tout frivoles, il ne voulut se désister de ses volontés premières: même
déjà le tyran avait exposé semblables prétentions au roi Philippe, dont
il ne put rien obtenir. De cette façon, furent subjugués ces quatre
châteaux, savoir, Dome, Montfort, Castelnau et Bainac, où, depuis cent
ans et plus, Satan avait établi résidence, et desquels était sortie
l’iniquité qui couvrit ces contrées. Ces places donc étant subjuguées
par les efforts des pélerins et la valeur experte du comte de Montfort,
la paix et la tranquillité furent rendues non seulement au Périgord,
mais encore au Quercy, à l’Agénois et au Limousin en grande partie.

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Livres

Les belles hérétiques. Être femme, noble et cathare   Castelnaud-la-Chapelle, l’Hydre éditions, 2001.
Castelnaud-la-Chapelle, l’Hydre éditions, 2004, p. 101-118.
 Castelnaud-la-Chapelle, l’Hydre éditions, 2001, p. 157-166.
«
Troubadours et Cathares en Occitanie Médiévale
Actes du colloque de Chancelade (24 et 25 août 2002),
 Actes des 4°Journées Scientifiques du Parc naturel régional du Haut-Languedoc – Des femmes cathares dans la société du Languedoc aux XIIème et XIVème s.
voir:      https://en.calameo.com/books/0004209535a4ec705c599
Cathares et Vaudois : en Périgord, Quercy et Agenais
Richard Bordes     Cahors : Hydre, c2005.     221 p. : map ; 24 cm.
Includes bibliographical references (p. [209]-212) and index.
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 La châtellenie de Bigaroque appartenait aux archevêques de Bordeaux. Ils devaient posséder la châtellenie en franc-alleu jusqu’en 1609, quand l’archevêque de Bordeaux fit hommage au roi de France des seigneuries de Belvès, Bigaroque, Couze, Mauzac et Milhac. La possession de la châtellenie de Bigaroque donnait des droits sur le monastère de Saint-Cyprien. Le castrum de Bigaroque est détruit en 1415.

Albert Vigié, Possessions des archevêques de Bordeaux en Périgord et principalement dans le Sarladais, dans Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1910, tome 37, p. 357-401 [archive], p. 444-456 [archive]

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  1. La genèse de la religion cathare, nom et caractéristiques ; (Théo)
  1. Les liens entre l’Église catholique et le pouvoir à l’époque ; (Ineke Beekhuis)
  2. l’Église catholique face au catharisme ; (Christine)
  3. La foi cathare dans la clandestinité (et l’Inquisition) ; (Houdijn)

Et le 23 octobre (chez Ineke Berbee) : 9.30 heures

  1. Les églises cathares (organisation de la religion), pratique, sacrements et rites ; (Evert)
  2. La vie des « Parfaits » et des « Parfaites » (travail, sexualité, vie apostolique, alimentation (Théa)
  3. Les croisades et le bilan des croisades ; (Ineke Berbee)
  4. L’histoire locale du Catharisme ; (John)

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