Adieu aux Dames

Clément Marot naquit à Cahors [1496 -1544].

Poète savant, sans prétendre à l’érudition, comme les poètes de la Pléiade, Marot connaît bien l’antiquité latine. Poète de l’amour, comme tous ceux de son siècle, homme du monde à l’exquise courtoisie qui exprime avec l’emphase nécessaire la beauté de la grande amie, de la belle dame, et la ferveur d’un sentiment presque toujours idéal et platonique, il chante ainsi le Partement d’Anne.
Mais il fut aussi un écrivain religieux très sincère qui renonça à la carrière confortable et brillante de poète de cour, de flatteur aimable et choyé du roi, pour rejoindre les indisciplines et les réformés en un exil volontaire et définitif. C’est avec une parfaite humilité qu’il s’est consacre à la traduction des Psaumes, composant ainsi des chants populaires que les protestants adoptèrent dans leurs églises dès 1542.
En fait, Marot est avant tout un poète de circonstance : c’est là sa véritable originalité, et l’explication de la variété de sujets et de tons dans sa poésie. Il n’a jamais été si personnel, si original, si indépendant, que dans les innombrables poèmes écrits sous la pression des événements, dans une intention bien définie : être délivré de prison, obtenir une faveur, de l’argent, un cheval .. a Voir

Adieu aux Dames de la Cour.

Adieu la cour, adieu les dames,
Adieu les filles et les femmes,
Adieu vous dis pour quelques temps,
Adieu vos plaisants passe-temps ;
Adieu le bal, adieu la danse,
Adieu mesure, adieu cadence,
Tambourin, hautbois et violons,
Puisqu’à la guerre nous allons.
Adieu les regards gracieux,
Messagers des cœurs soucieux ;
Adieu les profondes pensées,
Satisfaites ou offensées ;
Adieu les harmonieux sons
De rondeaux, dizains et chansons ;
Adieu piteux département,
Adieu regrets, adieu tourment,
Adieu la lettre, adieu le page,
Adieu la cour et l’équipage,
Adieu l’amitié si loyale,
Qu’on la pourrait dire royale,
Etant gardée en ferme foi
Par ferme cœur digne de roi.

Adieu ma mie la dernière,
En vertus et beauté première ;
Je vous prie me rendre à présent
Le cœur dont je vous fis présent,
Pour, en la guerre où il faut être,
En faire service à mon maître.
Or quand de vous se souviendra,
L’aiguillon d’honneur l’époindra
Aux armes et vertueux faits :
Et s’il en sortait quelque effet
Digne d’une louange entière,
Vous en seriez seule héritière.
De votre cœur donc se souvienne,
Car si Dieu veut que je revienne,
Je le rendrai en ce beau lieu.
Or je fais fin à mon adieu.

Notes:

On cherche des explications –

Adieu mesure, adieu cadence,

Adieu les profondes pensées,
Satisfaites ou offensées ;

Adieu les harmonieux sons
De rondeaux, dizains et chansons ;

Adieu piteux département,

Je vous prie me rendre à présent
Le cœur dont je vous fis présent,

Or quand de vous se souviendra,
L’aiguillon d’honneur l’époindra
Aux armes et vertueux faits :

Et s’il en sortait quelque effet
Digne d’une louange entière,

Vous en seriez seule héritière.
De votre cœur donc se souvienne,